Extrait de l’acte I :
Un instant plus tôt, il n’aurait rien remarqué de tout cela.
« …Je suppose », admit-il après un silence, « que vous avez raison concernant ce mélange. » Ses yeux continuèrent de parcourir la foule. « Les différentes classes sociales se retrouvent effectivement ici. »
« Oui ! Venez ! » Avant même que Viktor n’ait le temps de répondre, Lucy l’entraîna à sa suite, se faufilant avec naturel au cœur de la foule.
« Ah— ! » Un cri de surprise, parfaitement indigne de lui, lui échappa. Sa canne manqua de glisser une nouvelle fois, et il resserra instinctivement sa prise sur le bras de Lucy pour conserver son équilibre. Son cœur s’emballa aussitôt, autant sous l’effet de l’effort que de l’inquiétude.
« Attendez une seconde ! » protesta-t-il en haussant légèrement la voix pour couvrir le brouhaha du marché. « Je ne suis pas vraiment fait pour me frayer un chemin dans une foule pareille ! »
Les passants les frôlaient de toutes parts. Des épaules heurtaient les siennes, des paniers lui effleuraient le bras. À plusieurs reprises, il dut ralentir pour éviter qu’un passant ne percute sa canne.
Il détestait cette sensation.
Être entouré d’autant d’inconnus, bousculé sans cesse, lui donnait l’impression d’être plus petit, encore plus vulnérable qu’il ne l’était déjà.
Devant lui, Lucy semblait pourtant évoluer dans cette agitation avec une aisance déconcertante. Elle riait doucement, se glissait d’un étal à l’autre, s’arrêtait quelques secondes pour admirer un objet avant de repartir aussitôt vers le suivant. Elle virevoltait entre les marchands comme un papillon porté par le vent.
Viktor la suivait tant bien que mal, peinant à suivre le rythme débordant d’énergie de Lucy tout en se frayant un chemin au milieu de la foule. Malgré tout, son regard commençait à s’attarder sur les différents étals.
Des montagnes de fruits et de légumes fraîchement récoltés.
Des rouleaux de tissus colorés ondulant sous la brise.
Des artisans occupés à façonner leurs créations sous les yeux des passants.