Bonjour !
Je lance ce sujet pour recueillir l’opinion général au sujet de ce que j’appellerai les «épithètes» tout au long de ce post. (Mais il y a peut-être pour cela un mot véritable que j’ignore)
Les épithètes sont ici toute les manières pour designer un personnage qui ne sont ni leur prénom, ni un pronom. Par exemple, «le sorcier» pour parler d’Harry Potter.
C’est à priori un bon moyen d’éviter les répétitions de nom et de pronoms, de limiter les risques de confusion entre deux personnages et aussi de mettre l’accent sur un aspect du personnage. J’en vois beaucoup en fanfictions, comme appeler occasionnelle son personnage selon sa couleur de cheveux. (Le blond, la rousse…)
Mais à titre personnel, j’ai un peu de problème avec l’utilisation de cette solution, surtout en ce qui concerne les personnages principaux Alors que ca cherche justement à éviter les répétitions, je trouve que ca devient au contraire redondant en insistant trop sur une facette du personnage (comme sa couleur de cheveux, son métier, sa nature…) qui est pourtant déjà connue du lecteur. Casemble aussi peu naturel dans la mesure où c’est souvent dissonant avec la narration et crée de la distance avec le personnage.
En effet, je pense qu’il vaut mieux designer son personnage de manière cohérente avec le point de vue de la narration et du protagonistes (raison pour laquelle je trouve qu’il vaut mieux éviter les épithètes pour son personnage principal)
Par exemple, si l’histoire suit le point de vue d’un enfant qui évoque son père, il serait étrange de l’appeler « le blond », « le trentenaire » ou le plombier.
Exemple :
*Allongé sur le sofa, Paul regardait le match. Samuel se glissa à travers l’embrasure de la porte :
— Dis ? Je pourrais aller au cinéma avec mes potes ? osa-t-il demander d’une voix assez forte pour couvrir celle du commentateur sportif.
— Ca dépend, grommela Paul. T’as de la monnaie ?
Samuel soupira. Jamais le trentenaire ne lui payerai la place.*
Un enfant ne perçoit pas son père comme étant trentenaire. Même si ça évite une répétition, ça semble déplacé.
Samuel soupira. Jamais son père ne lui payerai la place.
Ici, il y a plus de proximité avec le personnage. La narrateur et par extension, l’auteur, partagent avec lui sa manière de le percevoir.
Je me suis aussi demandé comment se debrouillaient les auteurs confirmés pour régler ce problème. Acceptez-ils les répétitions de noms ? Sinon, quels épithètes utilisaient-ils et dans quelle condition ?
Les auteurs anglophone ont moins de soucis à enchaîner les répétitions, sur conseil de @Fahliilyol, j’ai préféré concentrer mes recherches sur un corpus d’œuvres francophones.
Je n’ai hélas pas l’intégralité de ma bibliothèque sous la mains et parmi mes livres disponibles, seul trois sont des romans francophones.
Le Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti est écrit à la première personne. Le personnage principal n’est décrit que par le pronom « je ». C’est de la triche, il est exclu de l’étude comme tout autre roman à la première personne. (Mais si vous aimez l’histoire, la fantasy et les héros retors, lisez le Bâtard de Kosigan. Je recommande, j’en ferai un jour la présentation)
Dans Le Temps des Chimères , Bernard Weber n’hésite vraiment pas à répéter le nom des personnages : dans une discussion entre deux personnages féminins, les pronoms sont relativement rares pour éviter la confusion mais les personnages sont désignés par le nom quasiment à chaque paragraphe ou incise.
Les répétitions ne m’avaient pas choquée à ma première lecture, où je ne faisais pas attention à ca en particulier. Mais je n’était pas fan de base du style de Weber dans ce roman. J’aime peu les récits écrit au présent.
Le cas d’étude le plus intéressant que j’ai trouvé est OSS 117 : Boucan à Bucarest. La manière de l’auteur de gérer le problème est assez proche de ma manière de percevoir les choses.
Pour info, OSS 117 est une série de romans d’espionnage parfaitement sérieux. Les célèbres films avec Jean Dujardin dans le rôle titre les ont adaptés en en faisant des pastiches humoristique, mais qui ont peu en commun avec le ton très premier degré du matériau de base.
Trois personnages interviennent dans les extraits que j’ai analysé : Hubert (le personnage principal), Ziegler (l’antagoniste de cette aventure) et Marika (le rôle féminin de l’aventure.
Dans une discussion entre Marika et Ziegler, l’épithète « l’allemand » pour se référer à Ziegler est utilisé aussi souvent que son nom véritable. (Plus d’une dizaine de fois dans l’extrait) L’auteur n’utilise par contre que « Marika » pour la designer, sauf une fois où il lui préfère l’épithète"la jeune femme".
Autre extrait où Hubert, Ziegler et Marika sont présents : Hubert et Marika ne sont désignés que par leur nom. Ziegler, comme dans l’extrait précédent, est indifféremment designé par son nom (Ziegler) et l’épithète « l’allemand ».
Ne pas utilisé d’épithètes comme « l’espion » ou « le français » pour Hubert fait sens : c’est le personnage principal. Il est déjà connu des lecteurs, répéter son métier ou sa nationalité serait superflu. De plus, le lecteur vit l’histoire avec lui, utiliser seulement son nom permet d’éviter la distance que créerait l’usage de dénomination physiques, comme perçu par un observateur extérieur.
Pareil pour Marika : c’est elle qu’on suit quand Hubert est absent de la scène. Mais c’est un personnage secondaire, peu familière du lecteur. Utiliser « la jeune femme » dans l’une des premières scènes où elle apparaît permet de la caractériser facilement, mais nul besoin ensuite de le refaire trop souvent ensuite.
Quant à Ziegler, « l’allemand » crée de la distance et permet au lecteur de se placer du point de vue de Marika ou de Hubert, qui interagissent avec un individu dont ils connaissent peu de choses, à part sa nationalité qui est centrale dans le contexte d’une intrigue d’espionnage au temps de la Guerre Froide et qu’ils peuvent constater de manière objective. On s’imagine le personnage avec un fort accent.
Par ailleurs, le prénom de ce personnage est connu (Hans) mais utilisé seulement occasionnellement et toujours en complément de son nom de famille.
Le nom de famille de Hubert et Marika n’est jamais mentionné dans les extraits étudiés. Seuls leurs prénoms sont utilisés, ce qui crée de la proximité avec eux, mais de la distance pour Ziegler.
C’est un peu cette approche que j’essaie d’adopter dans mes fics : essayer d’adapter la narration au regard des personnages, même dans un récit à la troisième personne. Les répétitions de noms ne sont pas vraiment un problème : « Hubert » est dans Boucan a Bucarest répété à deux paragraphes d’intervalle, seulement séparé de trois lignes mais la redondance n’est pas spécialement perçu à la lecture comme le serait la répétition d’un verbe, qui saute à l’oeil nu.
S’il utilise des épithètes, c’est seulement une manière de caractériser certain personnages. Il pourrait certainement s’en passer, comme pour Hubert, mais « l’allemand » est en réalité plus un surnom qu’une manière d’éviter la répétition.
Les véritables épithètes, comme « la jeune femme » pour désigner Marika sont très rares et utilisé seulement dans un contexte situationnel très précis.
Voilà mon analyse et mon opinion en la matière. Je suis curieux de savoir comment d’autres font pour leurs histoires. Réfléchissez vous à la meilleure manière de designer vos personnages dans la narration ? Cherchez vous à éviter les répétitions à tout prix ? Y faites vous attention lors de vos lectures ? Quel style adopte vos auteurs favoris ?