Comment désigner ses personnages?

Bonjour ! :blush:
Je lance ce sujet pour recueillir l’opinion général au sujet de ce que j’appellerai les «épithètes» tout au long de ce post. (Mais il y a peut-être pour cela un mot véritable que j’ignore)

Les épithètes sont ici toute les manières pour designer un personnage qui ne sont ni leur prénom, ni un pronom. Par exemple, «le sorcier» pour parler d’Harry Potter.
C’est à priori un bon moyen d’éviter les répétitions de nom et de pronoms, de limiter les risques de confusion entre deux personnages et aussi de mettre l’accent sur un aspect du personnage. J’en vois beaucoup en fanfictions, comme appeler occasionnelle son personnage selon sa couleur de cheveux. (Le blond, la rousse…)
Mais à titre personnel, j’ai un peu de problème avec l’utilisation de cette solution, surtout en ce qui concerne les personnages principaux Alors que ca cherche justement à éviter les répétitions, je trouve que ca devient au contraire redondant en insistant trop sur une facette du personnage (comme sa couleur de cheveux, son métier, sa nature…) qui est pourtant déjà connue du lecteur. Casemble aussi peu naturel dans la mesure où c’est souvent dissonant avec la narration et crée de la distance avec le personnage.

En effet, je pense qu’il vaut mieux designer son personnage de manière cohérente avec le point de vue de la narration et du protagonistes (raison pour laquelle je trouve qu’il vaut mieux éviter les épithètes pour son personnage principal)
Par exemple, si l’histoire suit le point de vue d’un enfant qui évoque son père, il serait étrange de l’appeler « le blond », « le trentenaire » ou le plombier.

Exemple :

*Allongé sur le sofa, Paul regardait le match. Samuel se glissa à travers l’embrasure de la porte :

— Dis ? Je pourrais aller au cinéma avec mes potes ? osa-t-il demander d’une voix assez forte pour couvrir celle du commentateur sportif.

— Ca dépend, grommela Paul. T’as de la monnaie ?

Samuel soupira. Jamais le trentenaire ne lui payerai la place.*

Un enfant ne perçoit pas son père comme étant trentenaire. Même si ça évite une répétition, ça semble déplacé.

Samuel soupira. Jamais son père ne lui payerai la place.

Ici, il y a plus de proximité avec le personnage. La narrateur et par extension, l’auteur, partagent avec lui sa manière de le percevoir.

Je me suis aussi demandé comment se debrouillaient les auteurs confirmés pour régler ce problème. Acceptez-ils les répétitions de noms ? Sinon, quels épithètes utilisaient-ils et dans quelle condition ?

Les auteurs anglophone ont moins de soucis à enchaîner les répétitions, sur conseil de @Fahliilyol, j’ai préféré concentrer mes recherches sur un corpus d’œuvres francophones.

Je n’ai hélas pas l’intégralité de ma bibliothèque sous la mains et parmi mes livres disponibles, seul trois sont des romans francophones.

Le Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti est écrit à la première personne. Le personnage principal n’est décrit que par le pronom « je ». C’est de la triche, il est exclu de l’étude comme tout autre roman à la première personne. (Mais si vous aimez l’histoire, la fantasy et les héros retors, lisez le Bâtard de Kosigan. Je recommande, j’en ferai un jour la présentation)

Dans Le Temps des Chimères , Bernard Weber n’hésite vraiment pas à répéter le nom des personnages : dans une discussion entre deux personnages féminins, les pronoms sont relativement rares pour éviter la confusion mais les personnages sont désignés par le nom quasiment à chaque paragraphe ou incise.
Les répétitions ne m’avaient pas choquée à ma première lecture, où je ne faisais pas attention à ca en particulier. Mais je n’était pas fan de base du style de Weber dans ce roman. J’aime peu les récits écrit au présent.

Le cas d’étude le plus intéressant que j’ai trouvé est OSS 117 : Boucan à Bucarest. La manière de l’auteur de gérer le problème est assez proche de ma manière de percevoir les choses.

Pour info, OSS 117 est une série de romans d’espionnage parfaitement sérieux. Les célèbres films avec Jean Dujardin dans le rôle titre les ont adaptés en en faisant des pastiches humoristique, mais qui ont peu en commun avec le ton très premier degré du matériau de base.

Trois personnages interviennent dans les extraits que j’ai analysé : Hubert (le personnage principal), Ziegler (l’antagoniste de cette aventure) et Marika (le rôle féminin de l’aventure.

Dans une discussion entre Marika et Ziegler, l’épithète « l’allemand » pour se référer à Ziegler est utilisé aussi souvent que son nom véritable. (Plus d’une dizaine de fois dans l’extrait) L’auteur n’utilise par contre que « Marika » pour la designer, sauf une fois où il lui préfère l’épithète"la jeune femme".

Autre extrait où Hubert, Ziegler et Marika sont présents : Hubert et Marika ne sont désignés que par leur nom. Ziegler, comme dans l’extrait précédent, est indifféremment designé par son nom (Ziegler) et l’épithète « l’allemand ».

Ne pas utilisé d’épithètes comme « l’espion » ou « le français » pour Hubert fait sens : c’est le personnage principal. Il est déjà connu des lecteurs, répéter son métier ou sa nationalité serait superflu. De plus, le lecteur vit l’histoire avec lui, utiliser seulement son nom permet d’éviter la distance que créerait l’usage de dénomination physiques, comme perçu par un observateur extérieur.

Pareil pour Marika : c’est elle qu’on suit quand Hubert est absent de la scène. Mais c’est un personnage secondaire, peu familière du lecteur. Utiliser « la jeune femme » dans l’une des premières scènes où elle apparaît permet de la caractériser facilement, mais nul besoin ensuite de le refaire trop souvent ensuite.

Quant à Ziegler, « l’allemand » crée de la distance et permet au lecteur de se placer du point de vue de Marika ou de Hubert, qui interagissent avec un individu dont ils connaissent peu de choses, à part sa nationalité qui est centrale dans le contexte d’une intrigue d’espionnage au temps de la Guerre Froide et qu’ils peuvent constater de manière objective. On s’imagine le personnage avec un fort accent.
Par ailleurs, le prénom de ce personnage est connu (Hans) mais utilisé seulement occasionnellement et toujours en complément de son nom de famille.
Le nom de famille de Hubert et Marika n’est jamais mentionné dans les extraits étudiés. Seuls leurs prénoms sont utilisés, ce qui crée de la proximité avec eux, mais de la distance pour Ziegler.

C’est un peu cette approche que j’essaie d’adopter dans mes fics : essayer d’adapter la narration au regard des personnages, même dans un récit à la troisième personne. Les répétitions de noms ne sont pas vraiment un problème : « Hubert » est dans Boucan a Bucarest répété à deux paragraphes d’intervalle, seulement séparé de trois lignes mais la redondance n’est pas spécialement perçu à la lecture comme le serait la répétition d’un verbe, qui saute à l’oeil nu.
S’il utilise des épithètes, c’est seulement une manière de caractériser certain personnages. Il pourrait certainement s’en passer, comme pour Hubert, mais « l’allemand » est en réalité plus un surnom qu’une manière d’éviter la répétition.
Les véritables épithètes, comme « la jeune femme » pour désigner Marika sont très rares et utilisé seulement dans un contexte situationnel très précis.

Voilà mon analyse et mon opinion en la matière. :thinking:Je suis curieux de savoir comment d’autres font pour leurs histoires. Réfléchissez vous à la meilleure manière de designer vos personnages dans la narration ? Cherchez vous à éviter les répétitions à tout prix ? Y faites vous attention lors de vos lectures ? Quel style adopte vos auteurs favoris ?

11 « J'aime »

Bonjour, Mademoiselle, Madame, Monsieur,

Ce sujet semble intéressant.

En effet, je trouve intéressant de désigner un personnage par son âge, par sa fonction (son métier, son métier, son rapport de famille (oncle, père, mari, fils, fille, beau-père), par son sexe, par son don (par exemple, Melinda Gordon de Ghost Whisperer est une passeuse d’âmes), par une caractéristique particulière, un accent, sa nationalité, entre autres; ou encore une combinaison de deux de ces éléments.

Par exemple, Carl Neely est désigné dans certaines de mes fictions sur Ghost Whisperer comme « Le jeune policier ». L’important est d’éviter la répétition de son nom et de son prénom, ou encore du pronom « il ».

En espérant que ce message puisse vous aider dans votre réflexion.

Je vous prie d’agréer, Mademoiselle, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.

1950m

3 « J'aime »

Très bonne question, et analyse super intéressante. J’admets que j’ai un peu de mal avec la répétition à outrance de certains épithètes.
Quand j’écris, ce n’est pas quelque chose que je fais très consciemment, mais j’ai l’impression que je vais privilégier le pronom tant qu’il ne crée pas de confusion. Il va d’abord y avoir désignation du personnage, souvent par son nom, autrement si je trouve plus pertinent de faire autrement, et une suite de « il » ou « elle » tant que je reste focalisé sur le même perso. Dès qu’on passe à un autre perso, il faut le préciser. Si le changement de « focus » est fréquent, dans une scène particulièrement rythmée par exemple, ou un dialogue, répéter les noms des personnages pourrait être lourd, et alors il peut être intéressant de trouver une autre manière de les désigner.
Et là je te rejoins totalement sur cet exemple:

Il ne faut pas mettre n’importe quoi.

En-dehors de ces cas de répétitions que l’on souhaite éviter, je pense aussi que l’utilisation d’un épithète, comme dans le cas de l’« allemand », peut être intéressante si elle a un sens, si on veut mettre en avant une caractéristique du personnage qui va justifier ses choix ou réactions immédiates. Mais ça demande une certaine prudence, je trouve une répétition du nom du personnage moins crispante que la même répétition d’un épithète, qui à force devient inévitablement cliché.

8 « J'aime »

Très bonne question et intéressante discussion ! Très pertinent pour nous, les auteurs de fanfictions ! :wink:

Pour ma part, au début, lorsque j’ai commencé à écrire, je variais très peu les mentions des personnages, les désignant soit par leurs noms et prénoms, soit par l’âge.

Depuis la review éclairante de BakApple, j’essaie de varier les manières de référer aux personnages, tantôt par des caractéristiques particulières du personnage, l’âge, sa fonction, sa nationalité, le lien avec un autre personnage (son époux, son épouse, son fils, etc.). En plus d’utiliser des dénominatifs plus usuels (par exemple, l’interlocuteur (il revient trop de fois sous ma plume :blush:) au cours du dialogue, ou encore ce dernier, celui-ci, etc.)

L’usage d’épithète peut se relever pertinent, s’il n’est pas employé ad nauseam, tout est une question d’un dosage équilibré. Si nous, en tant qu’auteur, considérons qu’il n’y a pas de redite ou de lourdeur dans l’emploi de ces épithètes et mentions des personnages, je ne pense pas qu’il devrait y avoir d’opposition de la part du lecteur.

De toute façon, dans l’Iliade et l’Odyssée, il y a bien maints épithètes qui reviennent constamment pour désigner les dieux ou héros, à l’instar des contes qui ont des formules répétitives conventionnelles (et personne ne s’en offusque).

J’ose espérer que j’ai enrichi, avec mes réflexions, ce sujet :wink:

À bientôt.

Amicalement vôtre,
B7B14

5 « J'aime »

Merci pour ce topic !
Tu as parfaitement présenté le sujet, et je te rejoins sur tous les points que tu as abordés.

Mon expérience en tant que lectrice a forgé mon avis sur cette question.
Désigner les personnages principaux par une foule de moyens détournés, est une façon de faire que je retrouve majoritairement dans des fanfictions, et je n’aime pas le rendu que cela donne. A mes yeux ça manque de naturel, alourdit un texte, et éloigne des personnages. Je suis particulièrement allergique quand un protagoniste est désigné par sa couleur de cheveux. C’est tellement réducteur !
A l’inverse, dans mes romans préférés, les personnages sont désignés par leur nom, leur pronom et c’est tout. Quitte à écrire leur prénom à chaque ligne si nécessaire. Et ça ne me gêne pas le moins du monde, au contraire ! Ça rend la lecture fluide, en allant à l’essentiel de la façon la plus directe possible.

A mon sens, la crainte de la répétition qui pousse les auteurs débutants à appeler leurs personnages autrement que par leur nom, est un faux problème. Certains mots ne comptent pas comme répétition, alors inutile de restreindre leur utilisation.

Pour ma part, je m’en tiens donc aux noms et pronoms et je n’hésite pas à en abuser. Mes mots d’ordre en écriture sont simplicité et efficacité. Quoi de mieux que d’appeler un chat un chat ?

Mes seules exceptions sont si je veux mettre ponctuellement l’accent sur une caractéristique ou une relation.
Ou pour les personnages tertiaires voir “figurants” dont on ne connait pas le nom. Dans ce cas là, un métier ou un trait physique me semblent tout indiqué.

10 « J'aime »

Je suis d’accord sur ce principe. Vouloir à tout prix éviter la répétition du nom d’un personnage nous amène parfois à utiliser des circonvolutions capillotractées, qui alourdissent le récit. Pour ma part, je me limite au nom et à une caractéristique (par exemple son rôle dans l’histoire) que j’essaie d’alterner au fil du récit.

Alors quand je fais ça, c’est en clin d’œil humoristique, parce que dans Good Omens, chacun sait à qui ça correspond :joy:

9 « J'aime »

Oui, très bon sujet ! :wink:

Justement, je m’étais fait une réflexion similaire et posé la même question il y a peu : globalement, dans les histoires en focalisation sur un personnage à la troisième personne du singulier, j’use très peu d’épithètes (encore moins d’une grande variété pour désigner un même personnage), me cantonnant à utiliser le pronom, le nom et éventuellement une ou deux caractéristiques remarquables (s’il y en a… sinon, je ne force pas et me contente du nom et du pronom :sweat_smile:) du personnage sur lequel est centré le récit.

Et, effectivement, la mise en avant de caractéristiques comme l’âge, la taille ou la couleur des cheveux peut souvent — mais pas toujours, y’a des auteurs qui gèrent ça avec talent et des moments où ça peut paraître « naturel » dans certaines histoires — sonner artificielle et alourdir la lecture. À moins que ce ne soit un élément fondamental du personnage et/ou naturel par rapport au point de vue adopté, j’évite de surutiliser ce style d’épithètes ; à force, la mise en avant systématique d’une même caractéristique devient juste une « répétition différente ». Comme pour tout, je suppose que l’important, c’est de doser.

À titre d’exemple, voir des termes comme « le sorcier », « le Survivant » ou « le gamin à la cicatrice » employés pour désigner Harry Potter ne choque pas la rétine et ça permet de varier les désignations. Par contre, faut faire preuve de parcimonie. Si dans un même passage, t’as dix épithètes différentes utilisées pour éviter les répétitions, et qu’on sent que ce n’est pas quelque chose qui coule de source mais une technique « forcée », il me semble que ça devient contre-productif : au lieu d’éviter la lourdeur, ça attire l’attention du lecteur sur le procédé/mécanisme d’écriture et risque de le faire sortir du récit ^^"

Après, je dirais que ça dépend beaucoup du type de narration et de l’effet recherché. Dans un récit épique, un conte ou une fresque historique, où le narrateur a une certaine distance, on peut se permettre une plus grande variété d’épithètes sans que cela ne paraisse étrange ou excessif. À l’inverse, dans une narration plus dramatique et/ou immersive, l’usage d’épithètes trop nombreuses peut créer une distance indésirable entre le lecteur et le personnage. D’ailleurs, je trouve intéressante ton analyse de Boucan à Bucarest et la façon dont l’utilisation reflète la proximité ou la distance avec les personnages. Je pense que c’est un bon exemple d’usage pertinent des épithètes.

Et, du coup, pour répondre à la question de comment font les écrivains que j’apprécie avec ce problème… Eh bien, après réflexion – et après avoir feuilleté au hasard quelques uns de mes bouquins préférés – je dirais qu’ils ne s’en soucient pas du tout xD Pas beaucoup d’exemple de francophones (j’en ai avec Camus ou Claudel mais sur de la première personne, donc ça ne compte pas vraiment) à part St Exupéry (pour Vol de nuit) mais que ce ce soit Marquez, Dostoïevski, Zweig, Beckett ou Faulkner (ahah, surtout Faulkner et j’adore Faulkner), ils ne sont pas timides sur la surabondance d’un même prénom/nom/pronom et ne cherchent visiblement pas à varier – ou même à en utiliser – les épithètes pour réduire le nombre de répétitions !

Bref, tout ça pour dire que les épithètes peuvent être un outil intéressant, mais comme pour beaucoup de trucs (c’est comme pour le sujet sur les verbes plats :stuck_out_tongue: ), il ne me semble pas y avoir de règle absolue en la matière. L’efficience de l’usage dépend du contexte, du ton du récit, du type de focalisation que tu veux faire, du style de narration, etc…

Perso, je n’y prête pas trop attention quand j’écris (souvent j’essaie de faire quelques tournures de phrases différentes pour tenter de réduire un peu la quantité de pronoms répétés, mais c’est tout), j’utilise des épithètes au petit bonheur la chance, quand ça me semble naturel de le faire mais, ça ne me gêne pas (et je ne considère pas que ça soit une erreur de style) d’abuser du pronom + nom du perso (et de ne pas du tout chercher à varier les épithètes dans d’autres textes). Si c’est juste pour éviter un type de répétition en en créant un autre, alors autant assumer la répétition « naturelle » de départ.

10 « J'aime »

Je plussoie les propos de mes camarades. J’essaie aussi d’eviter les répétitions des prénoms, surtout dans le même paragraphe.
Après il faut que ca soit pertinent.
Rien ne me fait plus bondir que : « repliqua le blond », « se défendit le brun »… sauf si le sujet de l’histoire est capillaire, je ne cpmprends pas le choix. Encore moins les noms de metiers… surtout dans des situations intimes et romantiques c’est trooooop bizarre.

D’un autre côté, les noms utilisés ainsi que les adjectifs choisis sont un moyen de faire une description discrète. Genre ni vue ni connue :sweat_smile:, ca peut être une astuce. Jamais testée consciemment, je me fourvoie peut-être du coup.

9 « J'aime »

Hello,

je n’ai pas pu me pencher avant sur cette discussion et je le déplore car le sujet me préoccupe aussi.

Je ne répète que ta phrase de conclusion mais je souscris à tout ou presque de ce que tu exposes.

J’ai une schizophrénie particulière qui me pousse à regarder les choses d’un oeil différent en tant que lectrice, en tant que bêta / correctrice et en tant que fanfiqueuse.

Lectrice. Globalement, les répétitions me font tiquer quand elle sont trop rapprochées. Si un prénom est utilisé à chaque ligne ou plusieurs fois par paragraphe, il faut qu’il y ait une très bonne justification à cela.
Par exemple, désambiguïser qui parle et à qui ont fait référence quand il y a deux personnes du même sexe dans le propos. Et que ça ne devienne pas une habitude.

En tant que bêta, je vais pousser un peu plus à utiliser d’autres épithètes, mais encore faut-il que cela m’apparaisse judicieux. Et en la matière, je crains que mes critères ne soient pas assez objectifs les pour caractériser. Je lis les textes à l’oral, c’est le seul critère qui vaille finalement : comment ça « sonne ». Est-ce que telle ou telle caractérisation ralentit la lecture ? Est-ce qu’elle est superflue ?

Pour moi-même, je suis assez scrupuleuse sur la question. C’est pour ça que mes chapitres sont travaillés aussi longtemps : pas parce qu’il me manque des idées, parce que je travaille les formules mais surtout parce que je fais la chasse au ni trop ni trop peu dans la désignation des personnages.

Il y a un cas de figure spécial : quand j’écrivais des Défis. :smiley: (notez le passé).
D’accord pour dire que repréciser quelle est la couleur de cheveux ou la tranche d’âge du héros n’a pas d’intérêt si un lecteur connaît le fandom.
Mais user du « niveau 3 secret perpétuel » qui donne des détails deci-delà, c’est de permettre à des non-familiers – assez courageux pour lire quand même – de visualiser un minimum.
Toute désignation d’âge ou de couleur de cheveux me semble très artificielle si c’est utilisé comme épithète
pour ne pas répéter les nom ou prénoms. Et c’est pire encore dans les dialogues. « répliqua le blond » c’est sans moi.
Et je me jette par la fenêtre quand je lis : « dit la rose » (coucou Sakura).
.

essayer d’adapter la narration au regard des personnages, même dans un récit à la troisième personne.

Ce qui m’amuse bien plus, c’est de faire passer la description des personnages… par les autres personnages. On rentre dans le cas de figure « désigner par une caractéristique basique quelqu’un qu’on ne connait pas bien ».

L’un de mes personnages favoris s’en fait une spécialité, en affublant tout un chacun de surnoms (irritants) plus ou moins justifiés. Ainsi pour une blonde précise qu’il aime chambrer, il ne dira pas « la blonde » mais « Boucles d’Or », pour un ennemi intime de longue date connu pour faire la tête tout le temps il dira « Ronchon 1er ».
Ce baptiseur invétéré s’est fait renommer « Capitaine Peroxyde » car il est blond platine (et pour ceux qui ne le savent pas, c’est un ingrédient essentiel pour décolorer les cheveux, le peroxyde), ou « Blondie Bear » (blondie pour la couleur du poil, bear pour le caractère général). Mieux : rien qu’en voyant ces surnoms, un fan sait automatiquement qui les prononce (c’est pratique) et en même temps, ils donnent des petits indices aux non-familiers.

J’adopte aussi les désignations géographiques comme l’Anglais, ou le Seigneur du Temps (parfois le Gallifréen) mais toujours à petites doses, et particulièrement quand ils sont vus par le prisme d’un autre personnage né ailleurs. Et puis toujours pas systématiquement.

Evidemment, des désignations alternatives voulant dire la même chose sont bien intéressantes en mode narrateur omniscient neutre dans ses jugements qui dira : la petite fille, la fillette, l’enfant, le bambin.

A mes yeux, des termes plus « colorés » qu’ils soient admiratifs ou dépréciatifs ne peuvent se justifier que si on est sur un POV de personnage (mal élevé) : la mioche, la gamine, le rejeton, l’avorton, le minus, voire « mini-me » ou le crouton pour un vieil homme… Là ça y va les épithètes ! Mais tous les personnages ne sont pas comme ça.

8 « J'aime »

Ce problème s’est sérieusement pour une de mes OS original, Le Cheval Gris . Les deux personnages sont anonymes (seulement désignés par leur nationalité respective) et les contraintes d’écritures impliquaient de faire des phrases assez courtes. :pensive: On risquait l’overdose de « il » incompréhensibles, surtout lors des scènes de duel à l’épée, où tout s’enchaine de façon rapide et nerveuse.

Mais j’ai réussi à régler le problème : j’ai changé le sexe de l’un des personnages. :sweat_smile:

3 « J'aime »

Sujet et analyse très intéressants, merci !

Ce problème du choix entre la répétition des noms/pronoms ou l’inclusion d’épithètes pour justement éviter l’usage trop fréquent des premiers pour parler des personnages est l’une de mes bêtes noires, une sorte de névrose dont je parviens avec peine à me délester.

Pour ma part, je n’écris plus en français désormais, mais en anglais, et j’ai constaté que les auteurs anglophones – que l’anglais soit leur langue maternelle ou non-- n’avaient en effet pas autant de scrupules que nous autres francophones à répéter les noms et pronoms des personnages d’une ligne à l’autre. Au départ, ça me gênait, ça parasitait ma lecture. Et je pensais surtout que c’était le fait de jeunes auteurs de fics inexpérimentés. Mais où etaient donc les épithètes et la créativité dans ces derniers, bon sang de bois ?!

Et puis ça m’a permis peu à peu d’ouvrir les yeux et de m’interroger sur cette notion névrotique des épithètes que l’on nous inculque dès la primaire à l’école française. Je me souviens en effet que l’on nous avait très tôt interdit d’utiliser des répétitions de mots dans nos rédactions et de toujours chercher des synonymes. Je dois dire que cette règle s’est imprégnée en moi d’une telle manière qu’il m’est difficile aujourd’hui de parvenir à m’en débarrasser sans culpabiliser. Voilà donc pourquoi je pestais au départ contre ces auteurs qui n’avaient que le nom ou le pronom de leur personnage à la bouche sans s’occuper de changer un peu parfois en le désignant par un épithète pour éviter d’alourdir le texte par des répétitions. Et puis, c’est étrange, mais il m’a fallu passer du français à l’anglais pour la rédaction de mes propres textes pour adopter comme une sorte de point de vue extérieur à mes propre style et processus d’écriture, pour comprendre à quel point les épithètes en fait pouvaient s’avérer lourds, inutiles et pompeux, bien plus souvent que les répétitions noms/pronoms.

Depuis, je me force à utiliser le combo noms/pronoms car même si je le préfère désormais, j’ai encore du mal à m’autoriser à les employer.

Comme j’écris surtout du slash M/M, je dois dire que le recours massif aux prénoms des persos sauve en fait vraiment la vie : quand vous avez un texte entier qui met en scène deux personnes de même sexe, forcément les pronoms sont les mêmes et le risque est d’embrouiller le lecteur.

« He ? His ? Him ? » Mais de qui qu’il parle l’auteur, de Robert ou d’Alain là ?

Donc, les désigner avant tout par Robert et Alain est de rigueur.
Cela dit, en guise d’épithètes, je m’en autorise quand même quelques-uns qui me paraissent parfaitement adéquats, comme « l’autre homme », « son ami », « son amant » (entre autres exemples), et qui permettent d’aérer un peu le texte en remplaçant un nom/pronom ou deux par autre chose qui reste léger et ne jure pas avec le reste du texte :

– Non, je n’ai pas faim, lui répondit l’autre homme/son ami/son amant/son frère/son interlocuteur, etc.

Sinon, il peut m’arriver aussi d’employer des épithètes pouvant désigner le protagoniste dans sa fonction, si tant est que celle-ci soit aussi souvent mise en avant dans l’oeuvre originale dont j’écris une fic :

Tantale demanda à Zeus s’il souhaitait manger.

– Non, je n’ai pas faim, répondit le dieu.

Mais cela dépend donc d’une part du contexte de l’oeuvre originale et du contexte interne de la fic également. C’est donc du cas par cas.

Enfin, il faut aussi souligner que certains auteurs ont toutefois un recours excessif au nom, répété à toutes les sauces là où il faudrait avant tout placer un pronom ou un épithète léger.

Bref, je ne crois pas en revanche qu’il soit pertinent de dire que cela est inhérent au français et que les normes stylistiques anglaises n’ont pas ce problème, car pour fréquenter aussi des forums de fanfics anglophones, la question soulevée par Elias de la pertinence d’employer des épithètes pour éviter la répétition à outrance des noms et pronoms revient malgré tout très souvent dans les sujets de discussion.

Je voulais toutefois insister sur le fait que le système scolaire français, du moins à une certaine époque (vu que je ne suis plus toute jeune et que je n’ai pas connaissance de comment les choses sont enseignées présentement), diabolisait les répétitions et nous poussait à employer des épithètes pour désigner les personnages. Je me souviens aussi qu’on nous interdisait de commencer une phrase par « car » ou « parce que ». Et bien sûr, en primaire, on écoute l’enseignant religieusement parce qu’on croit que tout ce qu’il dit est parole d’évangile.

Ce qui fait qu’aujourd’hui encore, j’ai dû mal à enfreindre cette règle que je trouve pourtant absurde (mais pas à l’époque, quand j’étais enfant et que logiquement, je ne remettais pas en question ce que l’école apprenait). On va dire que l’écriture en anglais est ma thérapie. Une seconde langue nous force à nous décentrer de nous-mêmes, à adopter ses normes et interroger la pertinence de celles que l’on tenait pour immuablement justes y compris jusque dans sa langue maternelle (le risque étant d’ailleurs de projeter et d’appliquer les normes de sa langue maternelle à une langue étrangère). En fait, écrire dans une autre langue me permet de prendre aussi de la distance avec ma propre pratique du français et d’assouplir cette dernière. Et c’est libérateur, je dois dire.

(Et au diable les vieux croûtons de l’Académie française, et leurs prescriptions sentant le formol.)

7 « J'aime »