Détester ses propres écrits?

Je me demandais, vous, en tant que écrivain/es, est ce que ça vous ai déjà arrivé ou est ce que ça vous arrive, d’écrire, de publier et puis au bout de quelques temps, vous détestiez ce que vous avez écrit, au point de vouloir supprimer, tellement vous êtes dégoutés.

Car personnellement, je suis face à cette non-acceptation de mes écrits. Je m’explique, je peux comprendre qu’à nos débuts, nos écrits sont littéralement « nuls », mais on peut éprouver de la nostalgie à revoir ce qu’on a pu écrire, d’ailleurs qu’est ce que je donnerai pour relire des histoires originales, que j’ai perdues dans un PC. Cependant, il y a des fanfics pour lesquelles je n’arrive pas à relire, je n’arrive pas recliquer dessus, c’est en ligne, je ne compte pas supprimer, mais j’ai une « allergie », si je puis dire. C’est plus fort que moi, j’ai deux ou trois fanfics comme ça, je peux pas. La honte ? Le rejet ? Ou me retrouver face à l’écriture de la gamine dépressive et au bord de la folie ?

Récemment, j’ai enfin fait le pas avec ma première fanfic. Cela faisait depuis 2014, que je l’avais pas relu. Je n’ai pas pu finir la lecture, après le premier paragraphe, j’étais mal à l’aise, les fautes, certes inévitables, mais je pouvais plus me lire. Je ne sais même pas ce qui se passe après, alors que c’est ma « création ».

Est ce psychologique (est-ce que ça se soigne ? xD) ? Ou c’est un processus naturel ? J’en sais rien, vraiment, ça me désole de ressentir ça pour ce que j’ai fait auparavant.

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Non je ne les déteste pas.

(Va, je ne te hais point !).

Mais ça vient peut être du fait que j’écris depuis finalement peu de temps, et que la moi d’il y a 6 ans n’est pas différente de la moi de maintenant.
Je ne peux pas parler d’évolution, au mieux de continuation.
Ce ne serait pas vrai si j’avais la vingtaine.
6 ans ça compte bien plus à cette période (m’a-t-il semblé)

Je ne me vois pas renier des travaux récents. Je les ai écrits par plaisir la plupart du temps.
Les fics originales que je faisais entre 15 et 23 ans par contre, ce serait sans doute la cata.
Et encore, faudrait vérifier. :face_with_hand_over_mouth:
.
Pour ton écriture, si elle est à vocation cathartique, peut-être que les textes deviennent insupportables parce que tu es « guérie » ?

S’ils sont le témoignage de souffrances ou d’angoisses, c’est un peu normal que tu n’aies pas envie d’y revenir…

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C’est ce que je me suis dit, pourtant, il y a des fanfics écrits à la même période où j’ai pu relire jusqu’au bout…Mon cerveau semble faire une sélection visiblement. x)

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Cc :blush:
Je peux comprendre ce que tu expliques, j’ai commencé à écrire en 2014 moi aussi c’est marrant :grin:.
Sauf qu’à l’époque effectivement ça n’allait pas du tout non plus (à croire que c’était l’année qui voulait ça ?). Donc en relisant mes productions de cette période (essentiellement des poèmes, et forcément tristes… ), celà me ramènait à beaucoup de souffrances, donc un jour j’ai tout effacé ! Comme dit @OldGirlNoraArlani je penses que c’est normal, voir même thérapeutique :sweat_smile:.
Si ça va mieux maintenant c’est le principal, après tu n’es ni obligée d’effacer ces productions, ni obligée de les relire :wink::wink::wink:, tu peux les garder comme un paquet de clopes quand on arrête de fumer, tu sais qu’il est là mais t’y retournes pas !

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Coucou Hal

Ton message m’a émue, c’est pour ça que je me permets de te tapoter un petit mot …

@bucky1984 m’ôte les mots de la bouche … J’aime beaucoup l’image du paquet de clopes. Pendant trois ans, j’en ai eu un dans la boîte à gants de la voiture. Et il y a desséché, je lui ai montré que j’étais plus forte que lui et que c’était moi qui décidais, pas lui ou son absence de … Bref …

Et oui, tu n’es pas obligée de relire, ou même d’aimer ce que tu as écrit. Après, avant d’effacer, laisse-toi peut-être un peu de temps, surtout si ces textes ont une forte portée émotionnelle pour toi.

Moi aussi j’ai relu ma première fic il y a peu de temps et … héhéhéhé … j’ai vu plein plein plein de choses qui ne me plaisaient pas. Du coup, j’ai mis dans un coin de ma tête que, quand j’aurais un peu de temps ou une panne d’inspiration, j’irai la réécrire. Ca aussi, ça peut faire du bien …

Peut-être que dans quelques temps, tu arriveras à les relire ces histoires qui te gênent … et qui sait, les reprendre peut-être pour les retravailler ?

Le fait que tu n’arrives pas à relire ces textes signifie peut-être que tu es tout simplement passée à autre chose, que tu vas mieux et que cette vilaine période est derrière toi … Ce qui compte, c’est la suite et les prochaines histoires qui vont naître ^^ !!!

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Merci pour la correction entre le « ces » et le « ses » j’avais un doute xD (il était tard, je venais de terminer mon taf, je savais plus écrire :rofl: )

Etrangement, ça ne m’est pas venue à l’idée de les effacer. C’est comme si les effacer, c’est renié ce que j’étais et ce que j’ai fait, même si les relire m’insupporte, j’irai pas jusque là.

j’y ai pensé aussi ! Réécrire mes anciennes fanfics, mais rapidement, c’était « trop ». Donc j’ai vite abandonné.

Vous avez sans aucun doute toutes raison. C’est juste que j’aurai aimé les relire sans difficulté, car j’attache quand même une importance à ce que j’ai pu écrire, c’était ma vie. Il est clair que ce n’est plus la même période et que j’ai tourné une page.

Merci à tous pour vos réponses.

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Ah ! Quelle excellente question que tu as posée là :smiley:

Pour tout te dire, oui ça m’est déjà arrivé de « détester » ce que j’ai écrit, au point d’avoir supprimé la fiction en question (la 1ère que j’ai publié ici en plus). Par contre, elle est toujours stockée dans mon ordinateur, au cas où je voudrais la continuer un jour.

Pourquoi ? Et bien, j’en sais trop rien en fait… Peut-être que je trouvais l’histoire un peu banale finalement, peut-être que ça me plaisait plus d’écrire dans un univers alternatif au lieu de rester dans le monde original, peut-être que j’avais honte de certaines chapitres/passages…

Je sais pas, je me suis posée beaucoup de question quant à cette fiction. Je la garde ? Je la garde pas ? Et si je la supprime, est-ce que je vais le regretter ?

Je dis pas que je me suis sentie mal ou bien quand je l’ai fait, ça m’a même laissé indifférente… Je crois que du moment que je l’ai toujours quelque part, ça me conforte dans mon choix.

Ça reste mon bébé malgré tout, la 1ère histoire que j’ai réécrite après tant d’années de silence, mais j’avoue que pour le moment, j’ai pas le courage d’aller la relire… je suis plongée dans d’autres projets ou j’y mets plus de cœur, contrairement à l’autre que j’écrivais sans me prendre la tête :wink:

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Ce que tu vis intérieurement quant à tes écrits me parle et me touche. Pour ma part, j’ai détesté mes écrits au point de les supprimer. C’était sur un blog, en 2007. J’avais un petit public, des gens dont j’appréciais également les écrits sur leurs blogs respectifs.

Et puis, à cause de raisons que nous dirons principalement liées à un perfectionnisme obsessionel-compulsif (qui quelques années plus tard me fera définitivement perdre la santé physique), à cette époque déchaîné et rendu absolument hors de contrôle par des conditions d’existence compliquées, je me suis mise brutalement à haïr mes textes. Je les voulais parfaits, mais d’une perfection qui relevait d’un fantasme irrationnel. J’ai tout supprimé sans rien sauvegarder, chose qui était jusqu’alors impensable pour moi qui gardais tout. Le soutien de mes amis bloggueurs de l’époque n’aura pas suffi à me faire revenir de la stratosphère où je planais complètement hors du temps et de la réalité. Je voulais, à travers mes écrits, exprimer l’idée d’une pureté ineffable. Conséquence de quoi, je me suis cassé les dents là-dessus, et je n’ai pratiquement plus rien pu écrire pendant des années, et tout ce que j’écrivais, que je parvienne au point final ou que j’abandonne en cours de route, était indigeste, nauséeux, tortueux, outrageusement intellectualiste et hermétique, car tout portait la trace de mon tourment moral.
J’avais perdu ma spontanéité, j’étais suppliciée par un absolu que je voulais exprimer mais qui était par définition indicible et inatteignable. Durant cette période, j’ai même eu le culot de retoucher à des textes rédigés en 2005-2006 et qui me semblaient toujours bons mais auxquels j’avais cependant fini par trouver un petit quelque chose qui clochait, comme le petit pois sous le matelas qui empêche de dormir. Grossière erreur : je n’ai pas conservé les originaux, et mes petites modifications ont eu pour effet de flinguer pour de bon les textes en question. Je le regrette encore aujourd’hui. On ne touche pas impunément aux élans premiers de la jeunesse, aussi mièvres puissent-ils nous paraître longtemps après que cet élan est passé. Aujourd’hui encore, je sens la goutte de sueur perler au coin de ma tempe chaque fois que je dois apporter quelques corrections à ma prose (et en l’occurrence, il ne s’agit plus que de fanfiction) : ne vais-je pas encore tout ■■■■■■ en l’air, sous prétexte d’améliorer un peu l’ensemble ? Où trouver la juste limite ? Saurai-je différentier le fond de la forme et savoir sur lequel des deux aspects il me faudra intervenir ?

Et puis il y a 2 ou 3 ans, j’ai découvert la fameuse « Wayback Machine » (je suis sur smartphone et ne peux donc mettre le lien) qui sauvegarde depuis des années sur ses serveurs des millions de pages web. J’y ai entré l’adresse de mon vieux blog de 2007 et ô miracle : la machine à remonter le temps en avait archivé quelques pages ! J’ai ainsi pu retrouver certains des textes que j’avais tant détestés. Je les ai relus, et j’ai été émue : car je ne les détestais plus. Ils étaient l’expression d’une insouciance et d’une candeur que j’avais subitement perdue presque aussitôt après les avoir publiés, et ce sont eux qui en avaient fait injustement les frais. J’ai pu alors comprendre, avec 12 ans de recul, ce qui s’était réellement joué pour moi à cette époque-là. J’avais maintenant acquis une hauteur suffisante pour de nouveau les apprécier comme j’avais su le faire au moment de leur rédaction et de leur publication et en même temps, je pouvais aussi comprendre pourquoi je m’étais mise à les haïr aussi rapidement et aussi brutalement. Toute cette expérience m’a appris l’indulgence et m’a réconciliée avec l’écriture, mais cela m’a pris presque 10 ans (je me suis remise à écrire aussi librement que jadis en 2016 seulement).

Mais l’écriture, comme toute forme d’art et même comme toute manière d’être et de voir, évolue nécessairement avec la personne qui la porte : l’âge, le vécu et la pratique nous font évoluer, nous nous améliorons, notre style change, notre point de vue sur les choses et notre état mental aussi… C’est donc normal de considérer ses œuvres passées d’un autre œil, comme si un autre que nous les avait commises. Normal donc aussi, de parfois ne plus les aimer, et de se sentir (très) mal à l’aise en les contemplant de nouveau. Mais ces œuvres ont marqué un point de notre histoire, et ont été un signe de ce que nous avons été à un instant T de notre vie. Elles sont l’expression, la cristallisation spontanée et complète de ces instants. Nous n’aurions donc pas pu faire mieux que ce que nous avons fait à ce moment-là, à cet instant précis. Mais parce que de par notre nature nous sommes en constante évolution, il est toutefois normal que nous soyons meilleurs que ce que nous avons été, d’où l’impression désagréable de décalage et de médiocrité (voire, de nullité) lorsque nous regardons nos productions passées. C’est une expérience à la fois extrêmement inconfortable et salutaire, car elle témoigne de ce que nous sommes en vie, et ce que que nous progressons le plus normalement du monde dans cette existence.

In fine, je comprends totalement ton sentiment d’allergie à l’encontre de tes anciens textes, et cette irrépressible pulsion qui te possède de vouloir les supprimer. Je n’aime pas donner des conseils non sollicités pas plus que des leçons de moraline à trois francs six sous (édit : c’est pourtant ce que j’ai fait éhontement sans m’en rendre compte juste au-dessus, oups !), aussi je n’ai rien d’autre à te livrer que mon témoignage on ne peut plus personnel et forcément fortement égocentré :stuck_out_tongue: .

Je te souhaite le meilleur !

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L’égocentrisme me va. On est ici pour parler de nous-même. xD

Je pense que c’est en partie pour cela que je fais une allergie à ce que j’ai pu écrire. Je découvre « inconsciemment » mon état mental au moment où j’ai écrit et sans doute, cela m’est insupportable. Découvrir « mes faiblesses », peut être. J’en sais rien. Il fut un temps où je n’avais pas le droit d’avoir des émotions : d’être en colère, triste, frustrée ou bien amère. Les émotions négatifs m’étaient interdits.

C’est tellement vrai ce que tu dis. A défaut d’avoir écrit une autobiographie, nous avons transmis notre cœur, notre âme, nos émotions, nous avons, en quelques sortes, donné une part de nous même à nos histoires, nos fanfics, nos mots.

A toi aussi :smiley:

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Je suis récemment retourné sur un serveur Discord que j’ai fréquenté y a un an et où j’avais publié quelques extraits. Ces écrits ne sont PAS si vieux que ça, et pourtant je peux te dire que j’ai rarement ressenti autant de malaise qu’en les relisant.

Récemment, j’ai compris pourquoi. En fait, la vaste majorité de ce que j’ai écrit entre 2017 et milieu 2020 était co-écrit avec mon ex. Avec qui la relation était… euuuuuuuuuuuh… intéressante, c’est le moins que l’on puisse dire. Intéressante dans le sens « c’était toxique, et en plus je ne pense pas pouvoir être de nouveau lié à une personne à ce point et c’est horrible ».

Du coup, on peut imaginer que je n’étais vraiment pas au mieux de ma forme à l’époque. Surtout qu’elle était très, très susceptible et considérait ces écrits comme « notre bébé » à tous les deux, et donc je ne pouvais officiellement les montrer à personne sans son aval. Et si on ne montre rien à personne, on ne peut pas obtenir de retours objectifs et on ne peut donc pas évoluer, en fait. Du coup, je passais le gros de mon temps à m’autocongratuler, puis je subissais des phases de doute que personne ne pouvait dissiper sauf elle, puisque je ne pouvais pas quérir l’aide d’un.e BL :clown_face:

J’ai vu quelques personnes dire que si un écrit a été cathartique, il sera difficile de le relire puisqu’on sera « guéri.e ». Je suis dans la situation inverse : j’ai dû attendre un an que la plaie se referme avant de retoucher aux bribes de worldbuilding qu’on avait élaborées ensemble. Le simple fait de relire certains extraits et de repenser à l’ambiance dans laquelle on coécrivait me rend encore physiquement malade, parfois.

Tout ça a eu un impact profondément négatif sur mon estime de moi en général.

Il faut ajouter à ça le fait que c’est une partie intégrante du processus de création artistique de penser « purée je suis un roi, je suis un dieu » puis de passer à « je ne fais que de la mer…credi, go pleurer ». C’est malsain, je dis pas le contraire, mais le fait d’être capable de détester ses écrits est plutôt bon signe, puisque ça signifie que tu commences à gagner la capacité de prendre du recul.

Tu manques peut-être juste un peu de confiance en toi, mais rien de bien méchant. L’amour naît de la haine, après tout. Ce que tu as aimé, ça arrive de le détester, et cette détestation va te faire aimer tes travaux futurs, qui seront meilleurs parce que tu auras progressé.

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