Inspiration versus vol d'idées

Coucou les petits potes ^^

Alors je me permets de poster parce qu’une question me turlupine. Je lis masse d’interviews d’auteurices et, à chaque fois, je vois revenir l’inévitable « il faut lire, pas pour voler des idées mais pour connaître les tendances ».

SAUF QUE depuis que j’ai commencé à écrire, on m’a toujours dit que l’originalité n’était clairement pas une priorité, qu’il y aurait toujours quelque chose de similaire à mes histoires et qu’avoir des sources d’inspiration était une bonne chose.

Du coup, j’avoue être un peu perdu, voire avoir parfois l’impression qu’on frise le foutage de tête intégral, parce que c’est un peu un contresens. Je joue à énormément de RPGs, je lis beaucoup de Fantasy, je regarde masse de films et, parfois, il arrive que j’aime beaucoup une idée que je vois dans l’oeuvre en question et que j’aie envie de la remixer. Mais du coup, avec cette notion de « vol d’idées », j’ai en permanence l’impression de faire quelque chose d’illégal, de ne rien proposer de vraiment personnel, de « profiter » du succès des autres, de ne pas être légitime.

Ce qui m’amène à cette question : où situeriez-vous la limite entre inspiration et vol ? Et attention, je ne parle pas de plagier le texte d’une histoire, mais bien de ce qui concerne les idées. Qu’est-ce qui est du vol et qu’est-ce qui n’en est pas ?

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Houlà, question pointue à laquelle je ne suis pas certaine de pouvoir répondre… je suppose que l’inspiration, c’est quand tu te « sers » d’un concept de base mais que tu en dérives totalement, tandis que le vol serait de reprendre telle quelle l’idée sans rien modifier ou très peu.
Petit exemple trouvé au détour d’une recherche sur un bouquin que j’avais beaucoup apprécié : l’île des sorciers d’Anthony Horowitz.
Les deux tomes du bouquin mettent en scène un gamin maltraité par sa famille et envoyé dans une école de magie. Ce n’est pas sans rappeler Harry Potter, n’est-ce pas ? J.K Rowling s’en serait inspirée pour créer l’histoire du petit sorcier à lunettes. Il y a cependant quelques différences : David (le protagoniste de l’île des sorciers) vit avec ses parents, son père a été élevé « à la dure » et inculque d’une certaine façon la même éducation à son fils, qui, en plus, est le seul garçon de la famille. De plus, l’école se présente comme un établissement ultra-strict, et cette présentation change suivant les élèves (l’école devient un établissement pour jeunes filles dans la lettre qu’une amie de David a reçue, par exemple). Côté Harry Potter, on part sur un enfant unique élevé par son oncle et sa tante qui le haïssent pour ses pouvoirs et Poudlard se présente dès le départ comme une école de magie. L’idée de fond est donc semblable, mais les deux auteurs ont, pour moi en tous cas, écrit deux oeuvres si différentes qu’on ne peut pas parler de plagiat d’idée.
Pour moi, le plagiat aurait été si JK Rowling avait gardé l’idée d’Anthony Horowitz telle quelle, avec les mêmes enjeux. Là, on passe d’un garçon lambda à « celui qui a survécu », quand même. Même si, de base, les septièmes gamins de septièmes gamins sont un peu plus rares que les nés-moldus :thinking:

Après si quelqu’un a une autre approche, je serais curieuse de la connaître ^^

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J’imagine que cette question sur un site de fanfictions où l’on peut aussi poster des fictions originales demande qu’on réponde différemment en fonction du contexte :

S’il s’agit d’une fanfiction, je n’ai presqu’aucune limite, vu que de toutes façons l’auteur ne tirera aucun profit du texte. Alors ma seule limite c’est de ne pas copier-coller le texte d’un autre, ni écrire une histoire identique.
Je n’ai jamais vu cela, mais j’imagine que si je vois que quelqu’un a écrit une fanfiction Harry Potter ressemblant fortement à ma fanfiction, j’appelerai ça du plagiat, du vol.

Pour la fiction originale, je suis un peu plus pointilleuse. Oui j’ai des inspirations, par exemple j’adore le personnage de Lisbeth Salander dans Millénium et dans ma fiction La Fuite mes deux personnages principales s’inspirent quelque peu de son caractère. Pareil, parfois je fais des références à mes lectures, aux films que j’ai aimés (ou détestés), mais tant que l’histoire garde de son originalité, je ne pense pas qu’il s’agisse de vol.
Alors oui, si je vois une fiction dite originale où des vampires vivent un triangle amoureux et que le vampire féminin tombe enceinte… Alors clairement je crierai au plagiat Twilight (pour moi, Le Journal d’un vampire est vraiment à la limite du copier-coller)

Je t’invite à lire ce petit article que j’ai trouvé : « Plagiat, inspiration ou citation ? »

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Hello
je trouve que cette question est extrêmement compliquée.
Elle tend à mélanger pas mal de concepts (et c’est ce qui la rend difficile à aborder).

En ce qui me concerne, et au moins en fanfiction, j’ai tendance à considérer que cette activité est du vol d’idées par essence. On reprend des personnages, des univers, parfois des pans entiers d’une intrigue… Toutefois, l’objectif n’est pas autre (à mon sens) que récréatif. On joue. On continue à jouer aussi si on est un peu plus grand et qu’on envisage une réappropriation, en écrivant quelque chose de différent, une fic « UA » par exemple.
D’un certain point de vue, ce n’est pas si différent d’un enfant qui a un Faucon Millénium dans la main et qui le fait voler dans sa chambre à travers de supposés astéroïdes… Et qui n’a pas reproduit le son d’un sabre laser en faisant des moulinets ? :smiley:

Le texte donné juste au-dessus, rappelle que la fanfiction est illégale. Oui. Pourquoi toutes les plateformes sont-elles en ligne ? Pourquoi les propriétaires de ces plateformes ne sont-ils pas poursuivis pénalement et les auteurs non plus ?
Dès qu’on commence à brandir la légalité, c’est qu’on fait référence au droit d’auteur. Dès qu’on brandit la légalité et le droit, c’est qu’il y a un problème de rémunération.
Dans la mesure où la fanfiction ne fait que mettre par écrit les imaginations d’auteurs en herbe, je trouve qu’il n’est pas pertinent de parler de « vol d’idées » : il n’y a que ça là-dedans.

Allez me trouver un dramione original… :smiley:
On pourra en cherchant bien. Et longtemps.

Je suis d’accord avec le concept du « tout a sûrement déjà été fait » : il y a des millions de fanfics.
Et en plus, parfois, quand on fait original, ça n’intéresse personne parce que ce n’est pas au goût de la majorité…
.
Non mais ho – vous allez me dire – mais ma fanfic était super originale, j’ai fait un truc que personne n’a fait, c’est pas pour qu’on me le pique derrière (et qu’en plus l’autre fasse plus de vues que moi parce qu’il a sa communauté). :sob:
Réponse : c’est le jeu ma pauvre Lucette.
Quels moyens avons-nous de tout vérifier, sur toutes les plateformes (dans toutes les langues) que personne ne nous a « piqué » nos meilleures idées ? On va pas non plus passer notre vie à ça…

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Pour les fictions originales, là c’est plus délicat.
Etre auteur amateur, c’est la même chose qu’être auteur. Nos idées à la bases sont-elles originales (vraiment). N’a-t-on pas eu nous-mêmes une inspiration ? Comment nous la sommes-nous appropriée ? Que lui a-t-on apporté ?

Que pensez-vous de ceux qui ont utilisé pour la seconde fois « l’effet de caméra tournante » qu’on a vu dans le premier Matrix et que d’autres ont repris derrière (parce que c’était hypercool) ? Que pensez-vous de « l’effet Inception » sur les buildings qu’on a dans Doctor Strange ? Du genre de séquence « à la Quicksilver » qu’on retrouve pour Flash dans (khof) Justice League ?
C’est pas du vol ? :smiley:
Ce sont des cas où « ceux qui copient » ont moins de crédit que les « inventeurs ».

Dans les romans ou autres œuvres, quand on est amateur, on ne peut pas se prévaloir de la notoriété qui nous permet de gagner l’antériorité (et le prestige).
Au mieux on peut déposer son manuscrit chez un huissier ou un notaire (peut-être dans une enveloppe Soleau à l’INPI ?) certains disent qu’il suffit de s’auto-expédier son manuscrit par la poste car le cachet de la poste fait foi… (pour prouver que ça existait à telle date).

Je crois qu’il est compliqué de protéger une idée dans un domaine comme la fanfiction, un peu moins quand on est dans un domaine professionnel (car il y a un arsenal pour ça).

J’ai lu des caisses de fantasy arthurienne quand j’étais plus jeune, en le faisant, j’ai épuisé mon intérêt pour le genre, parce que c’était justement cela : un genre qui brassait les mêmes idées, peu ou prou les mêmes intrigues et dont les variations finissaient par m’apparaitre… inexistantes.
Tout était supposé être pourtant du roman original et soutenu par un éditeur…

Je pense que les auteurs ne devraient pas se sentir paralysés à la pensée de présenter par inadvertance quelque chose qui aurait déjà été fait. Il faut penser à Ulysse de James Joyce. C’est la même histoire, racontée par un autre auteur, avec un autre style et une autre patte. Et c’est pour ça qu’elle a de l’intérêt.
On a vu cinquante versions du Titanic, de l’explosion du Vésuve à Pompéi, d’épisodes tragiques des différentes guerres mondiales basées sur des faits historiques et dont l’intrigue (plus ou moins romancée) présentera des points communs énormes (forcément).

Meilleur conseil : ayez un bon style, faites en sorte que l’idée rebattue devienne un joyau entre vos mains et qui vaudra pour la manière dont vous l’avez façonnée. :slight_smile:

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Ah ! Ca tombe bien que ce sujet vienne enfin sur la table, parce que c’est une question qui est primordiale pour moi. J’ai horreur des histoires qui se contentent de copier quelque chose qui fonctionne simplement pour surfer sur son succès, sans ajouter aucun ingrédient original.

Et pourtant, c’est là que le bât blesse, puisqu’aucune histoire n’est vraiment originale. J’en ai pris pleinement conscience grâce à une vidéo récente postée YouTubeur que j’aime beaucoup, le Tropeur, un auteur qui donne par ailleurs beaucoup de merveilleux conseils d’écriture.

Il explique donc qu’il y a des types d’intrigues prédéfinies et que c’est finalement impossible d’en sortir. Chaque histoire pourra être assimilée à l’une de ces catégories.

Pour autant, est-ce réellement un problème de s’inspirer des genres, des auteurs ou des œuvres que l’on aime ? Je ne pense pas. Notre culture est ce qui nous construit, après tout. Mais il est vrai que la limite entre plagiat et inspiration peut parfois paraître assez floue. Et comme je l’ai dis, certains n’hésitent pas à surfer sur une tendance pour sortir une histoire qui suit un plan bien défini.

C’est le cas de nombreuses sociétés de production à Hollywood, qui ne font parfois que suivre les modes pour maximiser leurs chances de réussite. Je pense par exemple à Pearl Harbor, le film de Michael Bay, dont la recette est largement pompée sur celle de Titanic, qui fut, lui, un important succès : un film historique, une histoire d’amour à l’eau de rose, un drame réel qui leur tombe dessus, etc.

Cependant, comme le dit @OldGirlNoraArlani :

Je crois que c’est un fabuleux conseil, mais qui peut être très difficile à suivre, surtout lorsqu’on a l’impression que tout a été dit avant nous et en mieux. Mais cette impression ne doit pas nous décourager pour autant.

Par exemple, j’adore les histoires de gangsters et l’esthétique du film noir en général (c’est pas vraiment la même chose, mais bon…). J’ai eu récemment la chance d’acheter et de visionner le film Scarface. Pas la version de De Palma — que je n’ai malheureusement pas encore vue — mais celle de 1932 réalisée par Howard Hawks. J’avais entendu parler de ce film comme la référence des films de mafieux, et je dois bien avouer qu’il est fidèle à sa réputation. De fait, il est difficile de ne pas remarquer les nombreuses similitudes entre ce film et les autres qui ont suivi, à commencer par le remake de De Palma (ce qui est normal pour un remake, me direz-vous).

Pourtant, j’ai l’impression que De Palma a réussi à apporter sa propre touche, en modernisant l’histoire qu’il avait sous la main. Ainsi, chaque réalisateur, showrunner ou auteur a pu apporter sa touche à ce genre pourtant assez ancien, que ce soit dans Boardwalk Empire, par exemple, ou encore dans The Gentlemen de Guy Ritchie, qui est pour moi l’exemple le plus moderne et l’un des plus réussis de ce genre, grâce à sa réalisation fantastique. Il reste en revanche des codes ou des gimmicks, qui sont similaires dans tous ces films, car par définition, il s’agit d’un genre bien précis, qui obéit à des règles. C’est pour cela qu’il est difficile de dire si une œuvre en plagie une autre si elles font parties du même genre, tant les références entre elles sont nombreuses. Parfois, il peut s’agir d’un hommage, parfois il s’agit d’un trope. Bref, il y a des choses qui ne changent pas, et c’est très bien comme ça. D’autant plus que ça ne rend pas une œuvre mauvaise ou au contraire excellente. Chacun s’approprie une histoire, une époque ou un genre.

Dans le cas de la fanfiction, je dirais que cela dépend de la volonté du fanfiqueur et de tous les choix qu’il prend : choisir un OC ou personnage du fandom, écrire une histoire parallèle à l’histoire de base ou un UA, etc. Pour ma part, quand je pense à mes deux fanfictions sur BioShock, j’ai beau me dire que j’ai écrit une fanfiction un tant soit peu originale, il faut avouer qu’elles reprennent grosso modo les intrigues des jeux de la saga : un personnage est plongé dans une ville dystopique et doit s’en échapper à tout prix. D’ailleurs, les jeux reprennent finalement tous les codes des dystopies, dans lesquelles le but du personnage est bien souvent de s’en échapper. Donc, c’est finalement un peu le serpent qui se mord la queue.

Bref, désolé pour ce long texte ! Je pourrais encore en parler longtemps je pense, car c’est un sujet que j’aime énormément. Mais je vais m’arrêter là, au risque de vous ennuyer à mourir. :blush:

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D’ailleurs, regardez ce qu’on trouve sur cette obscure page Facebook que personne ne connaît :smiley:

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Hello!
Quel excellent post :slight_smile: la question de l’originalité d’une oeuvre, de sa légitimité et de son inscription dans un tissu littéraire plus large sont vraiment des interrogations intéressantes !!

En ce qui me concerne, et ça n’engage que moi, je pense qu’il est naïf de penser qu’une oeuvre peut-être complètement originale - pour la simple et bonne raison que nous sommes la somme de nos expériences et de notre « éducation » (au sens large - pas parental) et non pas des points isolés. Ce que je veux dire par là, c’est que notre culture et les archétypes qui la composent font intimement partie de nous et qu’inconsciemment, à chaque fois que l’on fait texte, on fait fatalement un intertexte. (je suis sciemment un peu polémique haha)

Je pourrais citer sans faire de recherche une bonne dizaine de romans qui sont tous des « fanfictions » mais qui - parce qu’ils ont maintenant entre… 500 et 50 ans, sont devenus des oeuvres à part entière. Pourtant, pour certains d’entre eux, j’utilise vraiment le terme de fanfiction au sens propre. Même personnages, même lieux, etc. Par exemple : il y a un certain nombre de romans édités et publiés dont le personnage principal est Sherlock Holmes… Et ça ne vient pas de Conan Doyle.
Tout ça pour dire que reprendre les personnages et les lieux d’une histoire ne constituent pas en tant que tel un vol.

Pour ce qui est de l’intrigue… C’est là que je pense qu’on peut en débattre pendant des heures. Il y a deux intellectuels qui s’étaient fightés par articles interposés pendant des années à propos de cette question d’originalité.
En gros, l’un d’entre eux avait posé comme cas (ou peut-être l’avait-il réellement fait, je ne me souviens plus) de publier un livre qui était mot pour mot le même qu’un classique. Je ne me rappelle plus non plus quel était le livre, mais je vais prendre comme exemple Faust.
La question c’est : si je publie maintenant Faust sans rien changer au texte de Goethe est-ce que je plagie ou pas ? est-ce que je suis auteur ou pas ?
L’argument de celui qui disait que faire ça était « original » c’était de dire qu’un Faust publié maintenant n’aurait pas le même impact. Le style, les idées, la forme et le fond - tout serait interprété extrêmement différemment…On pourrait se dire que j’ai fait le choix curieux d’utiliser une grammaire archaïsante, des termes désuets - etc et ça pourrait potentiellement changer l’interprétation du texte - qui en deviendrait, ainsi, un autre.
L’autre auteur disait que ça n’avait aucun sens et que Goethe resterait l’auteur même si je publiais à mon nom le même texte.
Bref (sorry hahah j’avais 15 min à tuer haha) l’originalité d’un texte et sa légitimité ne sont, comme ta question le supposait, pas des notions aussi évidentes qu’on pourrait le penser. Du moins d’un point de vue purement intellectuel.

Bien sûr, je pourrais sans doute tenter de publier Faust à mon nom, puisque c’est (à ma connaissance) dans le domaine public. Cela dit, évidemment que certains auteurs ne seraient vraiment pas ravis de me voir tenter un truc pareil avec leur gagne pain.
Je vais conclure ce pavé par un fait juridique datant de 1993 à la cour de versaille qui a tranché sur un cas où un livre francophone était trèèèèèèèèèès similaire à « autant en emporte le vent » et était jugé de « contrefaçon littéraire »
La cour d’appel a jugé que c’était irrecevable et a « innocenté » la contre-façon (Cour d Appel de Versailles Chambres Civiles Réunies 15 décembre 1993 FAITS ET PROCEDURE - PDF Free Download).
Pour citer un article que j’aime bien de Sophie Rabau: « les juges acceptent donc, dans ce jugement, de séparer création littéraire et orginialité absolue »

Faut que j’y aille et j’aurai pas le temps de me relire - désolée si ça ne veut rien dire haha ! Surtout qu’en gros…Y’a pas de réponse. Même du plagiat au sens stricte peut être qualifié d’oeuvre littéraire à part entière. Je dirais donc de pas trop s’en faire - de toute façon, tout a déjà été écrit d’une façon ou d’une autre!

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