Intrigue mollassonne ? Astuces de tension narrative

Voici quelques conseils empiriques d’un ancien membre et correcteur du site.
OldGirl


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par Yahiko, le 23 septembre 2016

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J’ai essayé de cogiter un peu sur les techniques pour « tendre le fil », et j’ai pu aboutir à une petite liste que j’ai séparé en deux parties.

La première que je nomme les procédés stylistiques où il est plus affaire de la façon de raconter l’histoire sans forcément changer la narration, le déroulement de l’histoire en tant que tel.
Et la seconde que je nomme les procédés narratifs, par opposition à la première, qui implique de modifier l’histoire, au moins dans son séquencement.

Techniques stylistiques

  • Le compte à rebours : Le principe de base est d’introduire une contrainte de temps, connue du lecteur, mais pas nécessairement des protagonistes. Ce n’est pas obligatoire cependant. Je pense notamment aux films où l’on sait que le compte à rebours est associé à l’explosion d’une bombe. C’est une technique archi-classique.

  • Le changement de rythme peut aider. J’essaie notamment de ne pas faire suivre un chapitre riche en action d’un autre chapitre riche en action, ou inversement, un chapitre contemplatif ou descriptif suivant un chapitre lui-même descriptif. Il y a des exceptions, et heureusement.

  • Le changement de point de vue qui permet de raconter l’intrigue selon différentes tonalités. J’adore faire ça, y comprit à l’intérieur d’un chapitre où changer les points de vue apporte même une dynamique au récit. Ce changement de point de vue n’est évidemment possible que lorsqu’il y a plusieurs personnages dignes d’intérêt dans la fiction.

  • Le cliffhanger : C’est une technique à la portée de tout le monde. Couper dans le vif à la fin d’un chapitre, ça ne demande pas beaucoup de talent et c’est sans doute pour ça qu’on peut l’observer si fréquemment chez les fanfiqueurs en herbe. J’ai moi-même usé et abusé de cette technique quand j’écrivais sur Naruto.
    Mais à la longue, on se rend compte que le suspense et la tension ainsi créés sont très artificiels. Fait de façon grossière, cela peut même être un aveu de faiblesse, soulignant en creux que l’histoire racontée n’a pas assez d’intérêt en elle-même. Après, cela n’exclut pas que certains cliffhangers soient judicieux.

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Procédés narratifs

  • Le mystère : un des procédés qu’on retrouve dans les séries télés pour captiver l’attention du spectateur. A petite dose, je trouve que c’est pas mal, mais quand c’est répétitif et que ça ne devient que l’unique moteur de l’intrigue, ça peut devenir vite lourdingue.
    Je pense par exemple à la série X-Files sur la fin, où ce n’était vraiment plus regardable : pour chaque mystère dévoilé, trois autres apparaissaient. On avait l’impression de régresser.
    Mais quand c’est bien fait, c’est jouissif. Je pense par exemple aux films de Hitchcock et à Vertigo en particulier.
    Je pense qu’une « ligne » de mystère dans une fiction est suffisante. Au-delà, il est facile de s’emmêler les pinceaux et de ne pas parvenir à résoudre les différents mystères soulevés avant la fin. Trop d’enchevêtrements peut aussi perdre le lecteur. Après, je parle pour moi évidemment. :stuck_out_tongue:

  • La menace latente : une autre façon d’amener le suspense. La menace peut être tout à fait identifiée, c’est donc différent du mystère, mais le lecteur ne sait pas quand est-ce qu’elle se concrétisera, si jamais elle se concrétise. Aux échecs ont dit souvent que « la menace est plus forte que l’exécution » et je trouve que ça montre bien en quoi cela peut être un puissant moyen pour accrocher le lecteur.

  • L’accroissement des enjeux : un truc qui peut bien fonctionner et qu’Hollywood ne se prive pas d’employer. Ça aboutit souvent à des scénarios du style « sauver le monde », mais il est clair que ça aide à intéresser le public. Cette technique a pour corolaire de pousser vers le spectaculaire.

  • L’augmentation de la difficulté : Également lié à l’accroissement des enjeux, sans être tout à fait la même chose. Une intrigue initialement « plate », peut devenir plus palpitante si on augmente la difficulté pour le héros, par exemple en lui conférant un handicap, permanent ou temporaire.

  • La répétition d’obstacles : les Américains parlent parfois du « try-fail cycle » (essais-erreurs). Après, faut pas abuser du principe, mais c’est un ressort scénaristique très fréquent dans les films d’action.
    Par exemple, Rocky se mange une dérouillée par le vilain Russe, il est complètement dominé, round après round, jusqu’au moment où il trouve la faille et vient à bout de son adversaire.

  • La roulette russe : une variante du « try-fail cycle ». Ça passe une fois, ça passe une seconde, mais à un moment, paf, ce qui devait arriver arriva.

  • Les choix impossibles : Autre possibilité pour augmenter la difficulté du héros, ce sont les dilemmes. Je ne peux pas m’empêcher de penser à une référence biblique pour le coup. Le sacrifice d’Isaac par Abraham est un grand moment de dramaturgie, indépendamment d’un message moral et religieux.


Si vous en avez d’autres pour mettre vos lecteurs sur le grill, rajoutez-les à la suite !

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