[Le Seigneur des Anneaux] Le Rôdeur en Terre du Milieu

Bienvenue dans cette série de posts consacrés au Rôdeur, cet archétype littéraire inventé par le Pr. Tolkien, et mis en scène à travers le personnage d’Aragorn !

Pour explorer ensemble cet aspect fascinant de la Terre du Milieu, je vais croiser les textes du Seigneur des Anneaux et diverses interprétations : la trilogie cinématographique, bien sûr, mais aussi des développements proposés par des rôlistes et mes propres divagations.

Table des matières de la série :

  1. Aragorn, archétype du rôdeur (ce post)

  2. Aragorn, un personnage de haute lignée

  3. Aragorn, amoureux et thaumaturge

  4. Naissance et histoire des Rôdeurs

  5. Les gardiens invisibles : sacrifice et transmission

  6. Les relations complexes entre Gondor et les Rôdeurs du nord

Le personnage d’Aragorn dans le Seigneur des Anneaux

Aragorn apparaît d’abord sous le nom de « Grands-Pas » (« Strider ») dans l’auberge du Poney Fringant à Bree.

« Soudain, Frodon remarqua qu’un homme basané à l’air étranger, qui était assis dans l’ombre près du mur, écoutait aussi avec attention la conversation des Hobbits. II avait devant lui une grande chope, et il fumait une pipe à long tuyau, curieusement sculptée. Ses jambes, étendues, montraient de hautes bottes de cuir souple, de bonne façon, mais usées et boueuses. Un manteau de lourd drap vert foncé, sali par le voyage, l’enveloppait de près et, en dépit de la chaleur de la salle, son capuchon rabaissé sur ses yeux laissait voir par-dessous un regard luisant et scrutateur, tandis qu’il observait les Hobbits. »
— La Communauté de l’Anneau, Livre I, chapitre 9

Aragorn est un homme de haute taille, aux traits nobles mais marqués par les intempéries et les années de vie rude. Ses vêtements de voyageur sont usés, mais il porte discrètement sur sa tunique une étoile d’argent - insigne des Dúnedain du Nord.

Aragorn, archétype du Rôdeur

Les villageois de Bree voient Aragorn comme un vagabond, un de ces Rôdeurs étranges qui traînent dans les terres sauvages. Le mystère qui entoure ce groupe les rend suspects, sinon inquiétants, pour le commun des mortels :

« Lui ? Répondit l’aubergiste à voix basse, avec un clignement de l’œil et sans tourner la tête. Je ne sais pas exactement. C’est un de ces types qui vagabondent : les Rôdeurs, qu’on les appelle. Il parle rarement, même s’il sait raconter une excellente histoire quand il lui en prend la fantaisie. II disparaît pendant un mois, ou un an, et puis resurgit. II a fait pas mal d’allées et venues, le printemps dernier, mais je ne l’ai pas vu par ici ces derniers temps. Comment il s’appelle, je ne l’ai jamais entendu dire : mais on le connaît par ici sous le nom de Grands Pas. II va bon train sur ses grandes guibolles, bien qu’il n’ait jamais dit à personne pourquoi il était tellement pressé. Mais il n’y a pas à expliquer l’Est ou l’Ouest, comme on dit à Bree, entendant par-là les Rôdeurs et les Gens de la Comté, sauf votre respect. »

— La Communauté de l’Anneau, Livre I, chapitre 9

Voilà qui révèle l’incompréhension complète des populations locales à propos des Rôdeurs. Pourtant, ce groupe de guerriers des forêts et des landes s’est donné un rôle : protéger les habitants d’Eriador. Ce ne fut qu’après leur départ pour la guerre que les villageois réalisèrent le rôle de gardiens qu’assumaient les rôdeurs :

« Nous ne sommes pas habitués à pareils troubles, vous comprenez, et les Rôdeurs sont tous partis, à ce qu’on m’a dit. Je crois que nous n’avions pas bien compris jusqu’à présent tout ce qu’ils faisaient pour nous. Car il y a eu pire que les voleurs dans les environs. Les loups hurlaient autour de la clôture, l’hiver dernier. Et il y a des formes sombres dans les bois, d’horribles choses qui vous glacent le sang rien que d’y penser. Ça nous a beaucoup perturbés, si vous me comprenez ? »
— Le Retour du Roi, Livre 6, chapitre 7

Les origines littéraires possibles du rôdeur

  • Les Fianna irlandais, avant de servir de modèles à une organisation révolutionnaire républicaine irlandaise au 19ème siècle, étaient de jeunes nobles de la société celtique, entraînés aux armes mais sans terre, qui se regroupaient en bandes claniques. Ils vivaient dans les bois mais devaient subir de difficiles épreuves pour être admis dans les rangs, de nature martiale et culturelle.
  • L’archer habile, un peu brigand, s’est cristallisé en Angleterre dans la figure de Robin des Bois.
  • Les « coureurs des bois » qui parcouraient la Nouvelle France et la Nouvelle Angleterre pour le commerce des peaux, se sont ensuite constitués en milices permettant d’assurer une présence militaire très mobile sur des territoires sauvages, étendues et peu peuplés, dont Fenimore Cooper fournit des modèles parmi les populations autochtones dans le Dernier des Mohicans.

Du reste, le motif du Gardien revient dans le légendaire tolkiennien, par exemple sous la forme du gardien-totem dérivant d’une double nature, à la fois humaine et animale : Beorn.

Le chasseur des bois solitaire inventé par Tolkien a fait école, figurant en bonne place de tous les systèmes de jeux de rôle médiéval-fantastique, à commencer par Donjons & Dragons. Diverses hybridations se sont développées, par exemple le Sorcelleur.

Les protecteurs de l’ancien Arnor

Les Dúnedain du nord, cousins de la noblesse du Gondor, se sont organisés en bande armée – les Rôdeurs – pour patrouiller sur les chemins du pays sauvage et protéger les îlots d’habitation qui persistent encore en Eriador, tels que La Comté ou Bree :

Nota Bene : Eriador est le nom de toute la région comprise entre les Montagnes Bleues (à l’ouest) et les Monts de Brumes (à l’est). C’est une notion géographique. Tandis que Arnor, et son morcellement ultérieur en Arthedain, Cardolan et Rhudaur, sont des notions politiques, des noms de royaumes. Quant à Eregion, c’est une région (Sindarin “Pays du houx”), qui fut aussi un royaume du maître-forgeron elfe Celebrimbor au 2nd âge.)

Mais comment peut-il subsister une noblesse dans un royaume disparu, presque entièrement dépeuplé ? Pourquoi se sont-ils donné une telle mission ? Nous développerons cela dans un post prochain.

En attendant, voici une chronique illustrant le labeur des rôdeurs, gardiens des ruines de l’ancien Arnor.

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Prochain Post : Aragorn, un personnage de haute lignée

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Mais quelle merveilleuse idée !!! (Oui, j’aime toujours autant Aragorn.) Super analyse du Rôdeur - j’avais un peu oublié que lesdits Rôdeurs étaient les “protecteurs” des hommes libres de la Terre du Milieu et qu’à la fin du SdA les villageois s’en rendaient compte. Il faudrait vraiment que je le relise !

Très intéressant, les Fianna (je ne connaissais pas du tout), qui pourraient aussi avoir inspiré le personnage du Sorceleur, comme tu le fais remarquer un peu plus loin. Je n’avais jamais fait le rapprochement.

Je serai ravie de le lire ! Merci pour ce premier post passionnant !

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Aragorn, un Dúnadan de haute lignée

L’appendice A du Seigneur des Anneaux révèle l’ histoire complète, mais vous trouverez maints détails ici.

Il nait en 2931 du Troisième Âge, au sein de la communauté des Dúnedain, les cousins septentrionaux de la noblesse de Gondor.

A cette époque, le Seigneur des Ténèbres, qui pensait avoir éradiqué la lignée d’Elendil dans le Nord, apprend qu’un descendant d’Isildur survit encore dans les terres sauvages d’Eriador. La Tour Sombre lance ses chasseurs orcs et wargs pour dénicher la tanière des descendants d’Isildur et les exterminer. C’est ainsi que disparaissent prématurément Arador, le grand-père d’Aragorn, puis Arathorn son père aux mains des séides de Mordor, alors que l’enfant n’a que 2 ans. La survie de la lignée royale en jeu, sa mère Gilraen se réfugie auprès d’Elrond dans le havre d’Imladris.

Il était déjà arrivé que les aïeux d’Aragorn soient formés à Fondcombe, en souvenir de leur distante parenté : le lointain ancêtre des maisons royales d’Arnor, des princes d’Andunië et des rois de Númenor n’était autre qu’Elros, le frère d’Elrond semi-elfe.

Le maître de Fondcombe en vient à devenir le père adoptif d’Aragorn, qui est élevé sous un nom d’emprunt (« Estel », Sindarin pour « l’espoir ») pour des raisons de sécurité. Alors que la plupart des jeunes Dúnedain grandissent dans des refuges cachés avec une éducation faite par leurs aînés, Aragorn bénéficie de l’enseignement direct d’Elrond Peredhel, l’un des sages de la Terre du Milieu. Il a accès à l’inestimable bibliothèque de Fondcombe, aux récits des Elfes, à une formation philosophique, culturelle, diplomatique et artistique incomparable, grâce à une palette de précepteurs triés sur le volet.

Outre la « Langue Commune » (l’anglais), il parle le Sindarin (la langue des elfes), le Quenya (celle des Hauts-Elfes comme Galadriel), ainsi que la langue des hommes de Rohan. Il devient un guerrier complet autant qu’un sage.​ Cette éducation d’exception façonne un Rôdeur d’une érudition inhabituelle pour son peuple, même si les Dúnedain, dans leurs refuges, cultivent les arts d’autrefois, autant par fierté que pour préparer l’improbable restauration du royaume d’Arnor.

Adolescent, Estel suit également l’enseignement fraternel des fils d’Elrond, Elladan et Elrohir : escrime, athlétisme, équitation, tactique militaire… Cette fiction évoque un épisode de cette formation.

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Pour ses vingt ans, Elrond lui révèle sa véritable identité et lui remet les objets de sa lignée : l’anneau de Barahir et les fragments de Narsil, l’épée d’Isildur qui s’était brisée en abattant Sauron.​

« Il est Aragorn fils d’Arathorn […] et il descend par maintes générations du sang d’Isildur, fils d’Elendil de Númenor. » — Gandalf, La Communauté de l’Anneau, Livre II, chapitre 2

Commence alors une vie d’errance, entre TA 2957 et 2980. Il devient l’ami de Gandalf, qui le guide dans ses premières aventures. Aragorn sert dans les armées du Rohan sous le roi Thengel, puis dans celles du Gondor sous le nom de Thorongil (« Aigle des Étoiles »), devenant le capitaine préféré d’Ecthelion II.

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C’est ainsi qu’il rencontre Denethor, alors fils de l’intendant du Gondor, dans une scène apocryphe décrite dans cette fic (Thorongil Ep1 à 3). Il mène même un raid audacieux contre Umbar en 2980. Mais personne au Sud ne connaît sa véritable identité : « à l’heure de la victoire, il disparait de la vie et de la connaissance des hommes ».

Il explore le lointain Harad et les plaines de Rhûn, apprenant à connaître les peuples de ces terres lointaines et tâchant d’y raviver la résistance contre la Tour Sombre. Voici une aventure de mon cru, « Les larmes de la Déesse », vécue par Aragorn dans les déserts du Sud de la Terre du Milieu.

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Aragorn maîtrise des compétences exceptionnelles acquises durant des décennies d’entraînement : combat, pistage, survie en terre sauvage, connaissance des plantes médicinales… Il est donc le plus expérimenté et compétent des rôdeurs. En ce sens, on peut dire de lui qu’il est « le roi des rôdeurs ». Gandalf le décrit comme « le plus grand voyageur et chasseur de cet âge du monde ».

Endurci par des années d’épreuves en pays lointain, il revient finalement en Eriador, et prend la tête des Dúnedain du nord, en tant que dernier descendant direct d’Isildur. A l’époque de la guerre de l’Anneau, il affiche enfin ce titre au grand jour.

Tout au long du récit, le personnage prend de l’assurance, se renforçant dans sa décision d’aller au Gondor pour contribuer à l’affrontement final et revendiquer la royauté.

« (…) tandis que les embarcations avançaient et que les falaises se rapprochaient, Aragorn leva les yeux. Il était assis à l’avant du bateau de tête, et il semblait regarder avidement vers l’avant. Frodo, en l’observant, vit que par quelque pouvoir qui n’était pas le sien, Aragorn avait été transformé. Il ne portait plus le manteau taché de voyage ; il était vêtu de blanc et de vert, et une étoile d’argent brillait sur sa poitrine. Il semblait un seigneur sage par les ans, et pourtant vigoureux. » — La communauté de l’Anneau, Livre II, chapitre 9

Ou encore plus explicitement : « Aragorn rejeta sa cape en arrière. Le bouclier elfique étincela comme il le saisissait, et la luisante lame d’Anduril brilla comme une flamme quand il la tira du fourreau. « Elendil ! » Cria-t-il. Je suis Aragorn fils d’Arathorn, et je me nomme Elessar, la Pierre Elfique, Dunadan, héritier d’Isildur, fils d’Elendil de Gondor. Voici l’Épée qui fut Brisée et qui a été reforgée! Voulez-vous m’aider ou me contrecarrer ? Choisissez vite !

Gimli et Legolas regardèrent leur compagnon avec stupéfaction, car jamais encore ils ne l’avaient vu dans cet état. Il semblait avoir grandi en stature tandis que les Cavaliers diminuaient ; et dans son visage vivant ils saisirent fugitivement quelque chose de la puissance et de la majesté des rois de pierre.». — Les Deux Tours, Livre III, chapitre 2

Si cet aspect du personnage vous intéresse, je vous propose la lecture de ceci : Aragorn, le roi de l’ouest. Les racines médiévales du roi du Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien - Presses universitaires de Rennes

Prochain Post : Aragorn, le thaumaturge amoureux

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Amour et Thaumaturgie

L’amour d’Arwen et le choix impossible

A Fondcombe, quelques jours après avoir appris sa haute ascendance, Aragorn rencontra une jeune fille dont il tomba amoureux. Mais il se trouve qu’il s’agissait de la propre fille d’Elrond. Gentiment repoussé par Arwen Undómiel qui le trouvait bien jeune, il se tourna vers son père adoptif, qui, en tant que tuteur, lui répondit ceci :

– « Tu n’auras point d’épouse ni ne lieras à toi par la foi aucune femme, jusqu’à ce que ton temps vienne et que tu en sois trouvé digne. (…) Quant à Arwen la Belle, Dame d’Imladris et de Lorien, Étoile du Soir de son peuple, elle est de plus haut lignage que toi et elle a déjà vécu si longtemps en ce monde que tu n’es qu’une pousse de l’année auprès d’un jeune bouleau de maints étés. Elle est trop au-dessus de toi. Et cela pourrait fort bien être sa pensée, je crois… »

On imagine la réaction atterrée du jeune homme, après l’arrêt du Seigneur Elrond, sage parmi les Elfes et les Hommes. Soucieux d’occuper son pupille et hanté par de sombres présages, le Seigneur d’Imladris convoqua Aragorn dans la salle du feu et lui signifia que le temps du labeur et des épreuves était venu pour lui :

– « Ecoute-moi, Aragorn, fils d’Arathorn, Seigneur des Dúnedain ! Un grand destin t’attend: soit de t’élever plus haut que tous tes pères depuis l’époque d’Elendil, soit de tomber dans les ténèbres avec tout le restant de ta race. Mon fils, les années viennent où l’espoir s’estompe et au-delà, rien n’est très clair. De nombreuses années d’épreuve t’attendent. »

Le Seigneur des Anneaux, Appendice 1, Fragments de l’histoire d’Aragorn et Arwen

Sans aucun soutien d’Elrond et guère de sa propre mère, Aragorn, de dépit, partit alors à l’aventure pour faire ses preuves. ​Le combat d’Aragorn contre le Seigneur des Ténèbres se double donc d’un enjeu personnel et d’un dilemme profond, compte tenu de l’immortalité de sa bien-aimée.

Ce n’est qu’en T.A 2980, au retour d’un voyage particulièrement éprouvant, qu’Aragorn, s’étant réfugié en Lorien, y rencontra à nouveau Arwen, qui, seulement alors, semble-t-il, tomba amoureuse de lui.

Ted Nasmith : Arwen et Aragorn à Cerin Amroth

C’est sans doute pour l’amour d’Arwen que Aragorn se montra si résilient et courageux, et qu’il fit preuve, en particulier, d’une résistance aux attraits corrupteurs de l’Anneau unique. En témoigne cette scène inédite de mon cru.

L’amour d’Arwen, princesse elfique “Etoile du soir de son peuple”, pour un mortel, est un dilemme fondamental pour l’écrivain catholique Tolkien.

  • En effet, il a conçu les Elfes comme des êtres immortels, ne quittant jamais les “cercles du monde” (la terre), même si leur âme s’y réincarne après que leur corps a pu être détruit par violence ou accident.
  • A l’inverse, les âmes humaines ont un autre destin : après la mort d’un humain, son âme se rend en un lieu spécifique, inconnu des Elfes.

Ainsi les âmes d’Aragorn et Arwen n’ont-elles aucune chance d’être réunies après la mort d’Aragorn. C’est pourquoi Arwen choisit-elle finalement de devenir humaine, par une grâce spéciale des “dieux”, à l’instar de sa lointaine ancêtre Luthièn (voir Le Silmarillion). On peut imaginer que cette grâce, rarissime, ne fut accordée qu’en récompense de la vaillance et de la constance du couple dans l’épreuve, même aux heures les plus sombres.

Alan Lee - Beren and Luthien

Les pouvoirs thaumaturgiques du Roi légitime

Bien que le héros s’attache avant tout à mériter son trône, une forme de pré-destination accompagne son ascension tout au long du récit :

  • Il montre des pouvoirs de guérison que la croyance populaire attribue au Roi, comme l’annonce la servante Ioreth : « Les mains d’un roi sont des mains de guérisseur, et c’est ainsi que le roi véritable sera reconnu. » — Dicton du Gondor, Le Retour du Roi, Livre V, chapitre 8. Un peu comme le Roi de France était supposé pouvoir guérir des « écrouelles ».
  • Aragorn connait les plantes médicinales et parvient à retarder le pouvoir d’une lame maudite de Morgûl ayant blessé Frodon et menaçant de le transformer en spectre : « Aragorn s’agenouilla auprès de Frodon et lui examina avec soin le visage et les épaules.
    — Il dort, dit-il. La blessure ne s’aggrave pas pour l’instant, mais le venin fait son œuvre. […]
    Se relevant, il appela Sam et lui dit d’amener tous les sacs et couvertures qu’il pourrait rassembler. Puis il ouvrit son propre sac.
    — J’ai un peu d’herbe Athelas, dit-il. Elle a de grandes vertus, mais au-dessus d’une blessure telle que celle-ci ses pouvoirs de guérison pourraient être minces. Pourtant, je vais en essayer. Mais maintenant, il a plus que tout besoin de repos et de chaleur. Gardez-le au chaud, Sam, et chauffez-lui les mains et les pieds. »
    […] Aragorn broya une poignée de feuilles et les jeta dans de l’eau bouillante ; il baigna l’épaule de Frodon. Le parfum qui monta de la vapeur était rafraîchissant, et ceux qui n’étaient pas blessés se sentirent l’esprit clair et dispos. L’herbe avait aussi quelque pouvoir de guérison des blessures, car Frodon sentit la douleur et aussi la sensation de froid mortel diminuer dans son côté ; mais la vie ne revint pas dans son bras, et il ne put lever ni utiliser sa main.

Aragorn exerçant son pouvoir dans les Maisons de Guérisons : il utilise l’Athelas, la “Feuille de Roi”.

  • C’est ainsi qu’Aragorn retarde l’issue fatale pour Frodon, et plus tard, soigne Eowyn et Faramir.
  • En tant que descendant lointain de hautes lignées elfiques, Aragorn bénéficie d’une longévité exceptionnelle : il quitte la Terre du Milieu à l’âge de 210 ans, le jour exact de son anniversaire, de sa propre volonté.
  • En outre, Aragorn dispose d’une forme de supériorité dans le maniement des Palantir, les pierres de vision de Númenor. Il combat d’esprit à esprit contre Sauron et contraint une pierre à lui obéir. Denethor, qui n’est que l’Intendant de Gondor, c’est-à-dire un Seigneur ayant reçu mandat explicite du Souverain, a également ce pouvoir, mais, à l’évidence, moins de sagesse et de pouvoir mental que le roi lui-même. Voici une fiction qui l’illustre. Quant à Aragorn, il n’hésite pas à affronter le Seigneur des Ténèbres en personne :
    – « J’ai regardé dans la Pierre d’Orthanc, mes amis. […] Il respira profondément. Ce fut une lutte amère, et la lassitude tarde à se dissiper. Je ne lui ai adressé aucune parole, et à la fin j’ai plié la Pierre à ma propre volonté. Cela seul, il le trouvera difficile à supporter. Et il m’a vu. Oui, Maître Gimli, il m’a vu, mais sous un autre aspect que celui sous lequel vous me voyez ici. Si cela doit l’aider, alors j’ai mal agi. Mais je ne le pense pas. Savoir que je vivais et marchais sur la terre fut un coup pour son cœur, je pense ; car il ne le savait pas jusqu’à présent. Les yeux dans Orthanc n’ont pas vu à travers l’armure de Théoden ; mais Sauron n’a pas oublié Isildur et l’épée d’Elendil. Voici qu’à l’heure même de ses grands desseins l’héritier d’Isildur et l’Épée sont révélés ; car je lui ai montré la lame reforgée. Il n’est pas encore si puissant qu’il soit au-dessus de la peur ; non, le doute le ronge toujours.
    – Mais il exerce néanmoins une grande domination, dit Gimli, et maintenant il frappera plus rapidement.
    – Le coup hâtif manque souvent son but, dit Aragorn. Nous devons presser notre Ennemi, et ne plus attendre qu’il fasse le premier mouvement. Voyez, mes amis, quand j’eus maîtrisé la Pierre, j’appris maintes choses. J’ai vu venir un grave péril inattendu sur le Gondor depuis le Sud, qui détournera une grande force de la défense de Minas Tirith. » — Le Retour du Roi, Livre V, Chapitre 2

Quelques sources intéressantes autour du personnage :

À suivre : Post 4 - « La naissance des Rôdeurs »

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Merci pour ces nouvelles informations, que j’avais partiellement oubliées (c’est là que je vois qu’il me faudrait relire Tolkien…). L’histoire d’Aragorn et Arwen m’avait bouleversée lorsque j’étais jeune (et pourtant, j’étais déjà aussi peu fan de romance que maintenant), mais je l’ai découverte avant de connaître celle de Beren et Luthien. J’avais beaucoup de mal à me représenter la manière dont Arwen “devenait” humaine (j’avoue que j’ai toujours un peu de mal, d’ailleurs). Je trouve très intéressante la remarque sur le dilemme religieux lié aux âmes d’Aragorn et Arwen (et je trouve leur histoire d’autant plus belle).

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Naissance et histoire des Rôdeurs

L’antiquité des Dúnedain…

  • Au Premier Âge du monde, quelques clans humains soutinrent la révolte des Hauts-Elfes contre le Seigneur des Ténèbres. Voir le Silmarillion.
  • Au Second Âge, les Valar (les Dieux) récompensèrent ces humains en leur faisant don d’une grande île, Númenor.
  • Les Númenoréens devinrent progressivement de grands navigateurs et vinrent porter secours aux Elfes, dans leur combat contre le 2nd seigneur des ténèbres, Sauron.
  • De plus en plus puissants et maîtres dans tous les arts et techniques, ils fondèrent maints comptoirs sur les rives de la Terre du Milieu.

  • Enfin, devant l’avancée de Sauron, ils déployèrent leur puissance militaire et le vainquirent. Sauron fut emmené prisonnier à Númenor, mais ce maître de la duperie parvint à entrer au conseil du Roi, à éloigner les Númenoréens des Elfes, enfin à les pousser à la révolte armée face aux Dieux. Ces derniers, au moment où les Númenoréens prirent pied sur les Terres Immortelles, engloutirent l’île et son armada. La série « Les Anneaux de Pouvoir » couvre cette période, avec des écarts majeurs par rapport au canon de Tolkien.
  • Mais les quelques Númenoréens fidèles aux Elfes et aux Dieux purent s’enfuir et rejoindre la Terre du Milieu, y fondant les Royaumes d’Arnor et de Gondor.

« Poème de tradition » cité par Gandalf à l’attention de Pippin.

  • Ainsi furent créés les « Royaumes en Exil », dirigés par une noblesse issue de Númenor. Elendil était leur Haut Roi, secondé par ses fils Isildur (en Arnor) et Anarion (en Gondor).
  • Au début du Troisième Âge, Arnor, Gondor et les Elfes firent la guerre au Mordor, où Sauron était revenu, et finirent par le vaincre.

Les Dùnedain d’Arnor

  • Le royaume d’Arnor fut dès l’origine, beaucoup moins peuplé et puissant que celui de Gondor. En outre, l’armée d’Arnor, affaiblie après son assaut contre Sauron, fut assaillie et anéantie par des orcs lors de son retour. C’est là, aux Champs aux Iris, qu’Isildur perdit la vie… et l’Anneau Unique.
  • Son plus jeune fils, demeuré en sécurité chez Maître Elrond, sauva néanmoins la dynastie du nord, qui allait perdurer des siècles.
  • Arnor fut ensuite assaillie par un royaume apparu à sa frontière nord : Angmar, dirigé par le Roi-Sorcier, en réalité le chef des Nazgûls. En proie à des luttes intestines et à la fureur de son adversaire, Arnor se morcela.

  • Quelques siècles plus tard, il ne resta plus qu’un petit territoire dirigé par un descendant d’Isildur, le reste sombrant dans l’anarchie.
  • Les troupes d’Arthedain, pour compenser leur infériorité numérique, développèrent alors des tactiques de guérilla et de combat en rase campagne pour contrôler les grands espaces qui les séparaient de leur ennemi. Cette fiction imagine un prince d’Arthedain aux prises avec les créatures d’Angmar.
  • C’est à cette époque que les Hobbits firent irruption dans l’histoire des Hommes : leurs clans ayant traversé les Monts de Brume, demandèrent asile au roi d’Arthedain et obtinrent de lui La Comté en fief inaliénable.
  • Mais voici qu’un jour, Malbeth, un conseiller de la couronne appointé pour consulter les Palantiri du Nord, prononça une prophétie à l’attention du couple royal, dont allait naître l’héritier : « Vous l’appellerez Arvedui, car il sera le dernier en Arthedain. Mais un choix sera proposé aux Dúnedain, et s’ils prennent le moins prometteur en apparence, alors votre fils changera son nom et il deviendra souverain d’un vaste royaume. Sinon, de grands maux adviendront et bien des vies d’hommes s’écouleront avant que ne se relèvent les Dúnedain et qu’ils ne retrouvent leur unité d’antan ! »

  • Vous imaginez que cette prophétie jeta un froid. Mais les Palantiri ne mentent pas : le bébé fut effectivement appelé Arvedui (« Le dernier des Grands », en Sindarin) et finit par succéder à son père alors qu’Angmar préparait l’hallali.

  • Une fois sur le trône, Arvedui conçut un plan pour tirer parti de cet augure qui lui collait à la peau : il contacta les Dúnedain du Gondor et conclut un mariage avec une princesse du sud, nommée Firiel. Ainsi naquit leur fils Aranarth, héritier d’Isildur dans le nord et d’Anarion dans le sud, qui pouvait donc prétendre à la suzeraineté sur les deux royaumes.

  • Un malheur frappa alors le Gondor : une armée d’invasion vainquit l’armée royale, éliminant le roi et ses fils en une seule bataille ! La situation de Gondor fut rétablie par le général Eärnil, cousin éloigné de la lignée royale, qui anéantit l’ennemi après une marche forcée, lors d’une audacieuse attaque nocturne.

  • Comme Malbeth le voyant l’avait prédit, les Dúnedain de Gondor durent prendre une décision… et ils choisirent la sécurité, couronnant le général vainqueur sous le nom de Eärnil II.

  • Durant son règne, Eärnil II de Gondor, en plus d’être un excellent général, se montra également un souverain sage. Il envoya des messages à Arvedui, annonçant son couronnement selon les lois et besoins du Royaume du Sud, « mais je n’oublie pas la royauté d’Arnor, ni ne nie notre parenté, ni ne souhaite que les royaumes d’Elendil demeurent en froid. J’enverrai une armée à votre secours quand vous en aurez besoin, autant que je le pourrai. »

  • En effet, à l’automne 1973 du Troisième Âge, Arthedain, en grande difficulté, signala que le Roi-Sorcier préparait son assaut final. Eärnil envoya son fils Eärnur au nord par la mer, aussi rapidement qu’il le put, et avec la plus grande force possible.

  • Eärnur arriva trop tard pour sauver l’Arthedain, bien qu’il réussît malgré tout, avec l’aide des Elfes de Fondcombe et des Hâvres Gris, à détruire définitivement le Royaume d’Angmar.

Les Rôdeurs du Nord

  • Après cette guerre, les populations de l’ancien Arnor se trouvaient trop clairsemées et les Dúnedain trop affaiblis pour reconstituer un royaume. Arvedui avait dû fuir pendant l’assaut et s’était noyé dans la Baie de Forochel.

  • Aranarth, le fils d’Arvedui, survécut à la défaite. Le dernier descendant d’Isildur résolut donc, comme l’avait annoncé la prophétie de Malbeth, d’entrer en clandestinité. Il organisa les Dunedain survivants en bandes armées, équipées et entraînées pour le combat dans le pays sauvage et pour les raids sur les campements orcs. Se fiant à la prophétie, ils firent serment de protéger Eriador, jusqu’à l’avènement, très lointain et hypothétique, d’un chef capable de restaurer la royauté.
  • Il subsistait quelques établissements prospères, notamment dans La Comté, le Pays de Bree ou la vallée du Gwathlo, que les Dùnedain se mirent à surveiller et protéger, en secret.
  • Ainsi, conformément à la prophétie, de grands maux advinrent et bien des vies d’hommes s’écoulèrent, chaque chef des Dùnedain du nord endossant le vœu mystique d’Aranarth. Un très ancien poème était associé à cet engagement :

Quelques liens

L’origine des Rôdeurs : Dúnedain - Wikipedia

Une interprétation en anglais

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Ah moi je dis que ce n’est pas du temps de perdu, ce que tu nous fais là !

J’ai du mal avec les noms que je ne trouve pas assez différenciés pour les pays et les gens (j’ai la même plainte à déposer pour les lignées targaryennes), mais bon…
On se retrouve avec du Anarion…
et du Eriador, que tu as mentionné avant, d’après ce que je vois, que j’avais oublié, et je ne sais même pas où c’est. Ni ce que c’est. Un pays ? Une région, pas une capitale où un truc dans le genre ? :sweat_smile:

En parlant d’Eregion, j’ai retenu que c’était à droite et envahi par Sauron, autant que l’esprit du malheureux Celebrimbor (merci la série, mais j’espère que c’est bien dans le roman).

Tu devrais en faire un petit guide du Routard (ou du Rôdeur) de la Terre du Milieu. :grinning_face_with_smiling_eyes:

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J’ai ajouté cette note à la carte du 1er post :

  • Eriador est le nom de toute la région comprise entre les Montagnes Bleues (à l’ouest) et les Monts de Brumes (à l’est). C’est une notion géographique.
  • Arnor, ainsi que sa décomposition ultérieure en Arthedain, Cardolan et Rhudaur, sont des notions politiques, des noms de royaumes.
  • La Comté est une province d’Arthedain, mais survivra de façon indépendante à sa disparition.
  • Quant à Eregion, c’est un nom de région (Sindarin “Pays du houx”), qui fut aussi celui du royaume du maître-forgeron elfe Celebrimbor au 2nd âge.
  • Eriador englobe le périmètre de tous ces royaumes !
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J’avais oublié tellement de choses du Silmarillion… … … et des autres écrits de Tolkien que j’ai lus il y a un certain temps et un temps certain. Bien sûr, je me souvenais de Numenor, mais je ne crois pas avoir vu la première carte que tu nous présentes. (J’adore les cartes, alors grand merci pour celle-ci.) Ce nouveau sujet clarifie beaucoup de choses dans mon esprit, le rôle des Numénoréens dans la guerre contre Sauron et la manière dont il les a retournés (j’ai vraiment oublié beaucoup, beaucoup de choses…). Cela permet de faire le lien entre les différents Ages, chose qui me semblait très difficile : je voyais une sorte de juxtaposition d’événements, sans parvenir à établir de lien entre eux.

… Dans quel récit cette histoire est-elle racontée ? Je n’ai ai vraiment aucun souvenir, et je pense que ça m’aurait marquée ! (En revanche, Eärnil et Arvedui me parlent - mais, là encore, je suis incapable de retrouver la source de cette histoire… Il est temps que je me remette à Tolkien ! :sweat_smile:)

J’aime beaucoup cette idée !!!

Vraiment merci pour ce sujet qui me passionne et me donne envie de me replonger dans cet univers !

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La “bible” ce sont les annexes du SdA. Voici ce qu’on peut en tirer sur l’histoire des hobbits :

  • Initialement, les hobbits semblent une branche distincte des humains, vivant en secret, de pêche et de cueillette, autour du fleuve Anduin, à l’est des Monts de Brume, notamment autour des Champs aux Iris.
  • TA 1000 à 1150 : Migration vers l’ouest, vraisemblablement en raison de l’apparition du Nécromancien à Dol Guldûr.
    • Les Piedvelus (Harfoot) traversent par les cols du nord
    • Les Forts (Stoors) traversent le col du Rubicorne et se déplacent vers l’Angle (entre 2 rivières, dans le Rhudaur méridional), ou vers le Pays de Dun.
    • Les Pâles (Fallohides) entrent en Eriador, se réfugiant dans les forêts.
  • TA 1150 à 1300 : Les orcs se multiplient dans les Montagnes Brumeuses et attaquent les Nains. Les Nazgûls réapparaissent. Leur chef fondent Angmar, au nord. Les Periannath (Sindarin pour « les semi-hommes », les hobbits) migrent vers l’ouest et le sud, à cause des guerres, de la peur d’Angmar et parce que la terre et le climat de l’Eriador oriental se détérioraient et devenaient hostiles.
    • Les Piedvelus autour de Bree
    • Les Forts se répandent au bord de diverses rivières d’Eriador. Certains retournent en Terre Sauvage.
    • Les Pâles se mélangent aux autres groupes, assumant souvent un esprit plus aventureux et de commandement.
  • TA 1409 : Cardolan est vaincu.
  • TA 1601 : De nombreux Periannath quittent Bree et se voient attribuer des terres au-delà du Baranduin par Argeleb II, après une ambassade des deux frêres Marcho et Blanco
  • TA 1630 : Ils sont rejoints par des Forts venant du Pays de Dun.
  • TA 1974 : Arthedain est submergé. Les habitants de la Comté survivent, bien que la guerre déferle sur eux et que la plupart d’entre eux se réfugient dans la clandestinité. Pour venir en aide au roi, ils envoyent quelques archers qui ne reviennent pas ; et d’autres partent également au combat lors duquel Angmar est vaincu.
  • Dans la paix qui suit, les habitants de la Comté se gouvernent eux-mêmes et prospèrent.
    • Ils choisissent un Thain pour remplacer le Roi, et en sont satisfaits ; bien que pendant longtemps beaucoup espèrent encore le retour du Roi. Mais finalement cet espoir est oublié, et reste seulement dans le dicton « Jusqu’au retour du Roi », utilisé pour un bien qui ne peut être accompli, ou pour un mal qui ne peut être réparé.
    • Le premier thain de la Comté est un certain Bucca du Maresque, dont les Vieilbouc revendiquent la descendance. Il devient Thain en 379 de la Datation de la Comté (TA 1979).
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Les gardiens invisibles : sacrifice et transmission

« En ces temps-là, nuls autres hommes n’avaient établi de demeures aussi loin dans l’ouest, ni à moins de cent lieues de la Comté. Mais dans les terres sauvages d’au-delà de Bree, il y avait de mystérieux errants. Les gens de Bree les appelaient les Rôdeurs, et ils ne connaissaient rien de leur origine. Ils étaient plus grands et plus bruns que les hommes de Bree ; on leur prêtait d’étranges pouvoirs de la vue et de l’ouïe, et on prétendait qu’ils connaissaient le langage des bêtes et des oiseaux. Ils vagabondaient à leur gré dans le sud et à l’est, aussi loin même que les Monts Brumeux, mais ils étaient à présent peu nombreux, et on les voyait rarement. Quand ils apparaissaient, ils apportaient des nouvelles des régions lointaines et racontaient d’étranges histoires oubliées, que l’on écoutait avec empressement, mais les gens de Bree ne se liaient pas d’amitié avec eux. » SdA, La communauté de l’anneau, L1, Ch 9

L’héritage de Numenor

Un héritage religieux

Seuls parmi les peuples humains, les Númenoréens ont bénéficié de l’enseignement des Hauts Elfes. Ces derniers leur ont transmis l’histoire de la création et de l’ordre de l’univers. Les peuples de la Terre du Milieu considèrent les Valar comme des personnifications des puissances de l’univers.

Ainsi, chaque peuple révère son propre panthéon, inspiré des forces primordiales gouvernées par les Valar (Manwë, maître des cieux ; Ulmo, maître des Eaux ; Mandos maître des âmes, etc.), les Valier (Varda reine des étoiles ; Yavanna maîtresse des plantes, etc.) et même Morgoth, seigneur des ténèbres.

Les Númenoréens, au contraire, connaissent les Valar et leurs subalternes angéliques (Saroumane, Gandalf, Radagast… Sauron) pour des créatures issues du principe générateur universel, appelé Illúvatar, de son autre nom « Eru », sindarin pour « l’Unique ».

Le Roi de Númenor présidait aux célébrations combinant prières, louanges et actions de grâce au sommet du Meneltarma, mont sacré de l’île. Après sa submersion, les rois d’Arnor et Gondor endossèrent ce rôle de médiateur, perpétuant la relation particulière des Dúnedain avec le créateur.

C’est ainsi, après la victoire, que Gandalf conduit Aragorn « au pied sud du mont Mindolluin, et là, ils trouvèrent un sentier fait dans un temps lointain et que peu de gens osaient à présent fouler. Car il montait à une haute lande sous les neiges qui couvraient les pics, couronnant le précipice qui dominait la Cité. »

Les Dúnedain portent l’héritage des Hauts Elfes, qui s’oppose aux croyances impies colportées par les « Númenoréens noirs », roitelets des colonies orphelines de la Númenor tombée sous le joug de Sauron.

Un devoir mystique

Depuis la submersion (« Akallabêth »), les Dúnedain sont élevés dans la conscience d’une mission sacrée, celle de faire perdurer les vertus de leurs origines, l’alliance avec Illuvatar et les devoirs associés à une condition humaine juste.

Après la disparition d’Arnor puis d’Arthedain, les rôdeurs du nord font bloc autour de leur chef, dépositaire de cette charge.

Ils embrassent la prophétie annonçant un long et secret labeur, acceptant une vie dévouée au service d’un renouveau si lointain et incertain qu’aucun d’eux ne l’imagine de son vivant.

Halbarad, par Quinton Hoover

D’une certaine façon, les lambeaux de ce peuple adoptent une charte tacite, aussi contraignante qu’un sacerdoce en Pays Sauvage, que l’on pourrait comparer à la « règle » que se donnaient les moine-chevaliers au moyen âge : à la fois spirituelle, disciplinaire et militaire. Une confrérie des rôdeurs du nord est instituée, à vocation militaire et mystique, à ceci près que leur mission est exclusivement consacrée à la défense des populations d’Eriador et à la perpétuation des traditions nées au Premier Âge.

Un entraînement rigoureux, de survie en terre sauvage, de pistage, de combat à distance et au corps-à-corps est dispensé aux recrues, encadrées et accompagnées par leurs aînés. Voici une nouvelle qui illustre cet entraînement moral et militaire.

Sauvegarder l’héritier d’Isildur

L’un des objectifs du Roi-Sorcier était d’éradiquer la lignée d’Isildur dans le Nord. Lorsque le royaume d’Angmar est vaincu par les envoyés de Gondor, les Elfes et les rescapés d’Arthedain, le chef des Nazgûls pense avoir rempli sa mission.

Pendant 15 générations, l’héritier d’Isildur est donc élevé en secret, au besoin sous la protection de Maître Elrond, à Imladris.

Le premier devoir tactique des rôdeurs est de préserver la vie de l’héritier.

Assurer la génération prochaine

Le sacerdoce accepté par les Dúnedain doit perdurer. Ils organisent des refuges secrets, où les rôdeurs peuvent se reposer, se faire soigner. Mais tous, hommes et femmes, ont également pour devoir de fonder une famille et d’assurer le renouvellement des générations ! Les refuges sont donc particulièrement isolés, non seulement pour assurer leur sécurité, mais aussi pour réduire le risque que se contractent des mariages en-dehors du groupe, et que se délite la foi jurée.

On s’assure que les jeunes gens des deux sexes puissent passer suffisamment de temps ensemble dans ces havres, en préparation d’unions futures…

Arathorn rechercha en mariage Gilraen la Belle, fille de Dirhael, lui-même descendant d’Aranarth. Dirhael était opposé à cette union, car Gilraen était jeune et n’avait pas encore atteint l’âge auquel les femmes des Dûnedain avaient accoutumé de se marier. «De plus, disait-il, Arathorn est un homme rigide dans sa pleine maturité, et il sera chef plus tôt qu’on ne s’y attend, je pressens toutefois dans mon cœur qu’il aura la vie brève» Mais Ivorwen, sa femme, qui avait aussi le don de prévision, répondit: «La hâte n’en est que plus nécessaire! Les jours s’assombrissent avant l’orage, et de grands événements vont venir. Si ces deux se marient maintenant, l’espoir peut naître pour notre peuple, mais s’ils attendent, il est possible qu’il ne vienne pas au cours de cet âge» - SdA, Appendices “Fragment de l’histoire d’Aragorn et d’Arwen”

Préserver les arts et la culture

Au cœur des havres, les Dúnedain font vivre la riche culture Númenoréenne. L’ancienne élite se sent obligée de maintenir une exigence d’excellence dans tous les domaines, qu’il s’agisse des savoirs, des techniques ou des arts. On cultive le souvenir de la gloire et de la beauté de jadis, qui ravive la force d’âme de chaque membre de la confrérie, encourage sa foi dans la prophétie et l’entraîne à maintenir vivante cette richesse.

Voici une nouvelle qui illustre ce devoir de transmission : les guerriers des landes sont aussi maîtres en langue ancienne, en architecture ou en musique, car cette richesse est à la fois le germe du royaume à renaître et la fierté de leur sacerdoce.

Lectures diverses

Prochain post : les relations avec Gondor

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