Bon, je ne veux pas faire une énorme redite des propos d’Anthaus, Hellth, Odlgirl, Hiero, et maintenant, de BakApple – que je partagent très largement – du coup, je vais essayer de rester succincte et de ne pas être trop redondante.
Hm… j’ai envie de te contredire sur ce point. J’ai au moins deux occurrences en tête qui sont publiées sur le site (dont l’une ayant bénéficié d’une review, il y a presque dix ans). Après dans les deux cas, c’est très clairement fait sous l’angle de la dénonciation : les scènes sont horrifiantes, pas excitantes pour deux sous, en principe (mais bon, les principes, chacun en a des différents…).
N’est-ce pas ? Il y a des fics où c’est traité de manière à peu près équivalente à un bras cassé et où la victime est en pleine forme/égale à elle-même deux chapitres plus loin…
Quel terrible message à véhiculer.
Je préfère encore (pour rester dans la catégorie hurt/comfort – que j’affectionne
) quand ça part sur du pathos complet et qu’on discute (même si c’est mal fait et/ou peu crédible sur le plan psycho) en long, en large et en travers, les conséquences de l’événement traumatisant que quand on l’expédie et le traite comme quelque chose d’anecdotique : si l’agression sexuelle et/ou le viol n’avait aucun impact réel sur la victime et sur l’intrigue à quoi bon l’évoquer ? À plus forte raison pourquoi avoir décrit avec moult détails la scène si celle-ci n’avait aucune espèce d’importance ?
Je comprends très bien où tu veux en venir et je visualise tout à fait le genre de fics auxquelles tu fais référence…

Je perçois (dans le hurt/comfort, mais pas que) tout de même l’intérêt à aborder plutôt frontalement la question des agressions sexuelles… même par des auteurs, connaissant assez mal (voire pas du tout) les mécanismes psychos impliqués par un tel événement et qui en produisent des récits tendancieux, discutables… voire franchement dans les choux. Le fait que les représentations soient maladroites/à côté de la plaque ne signifie pas nécessairement que l’intention de base était mauvaise…
En psychologisant un poil (désolée
), je crois que chez certains auteurs – notamment chez de jeunes auteurs ? – il y a une forme de “traumatophilie” (bon, j’utilise le mot de manière impropre, mais…) derrière ce type de textes : une fascination pour les situations sordides, la souffrance, le traumatisme et la mise à l’épreuve “extrême” des personnages. À mon sens, ça se combine à une forme de recherche de catharsis : l’auteur fait subir à son personnage les pires choses imaginables, puis le fait survivre, lentement se reconstruire (si ce n’est pas fait complètement par dessus la jambe), et enfin obtenir une forme de dénouement positif/de happy end.
Dans ce cadre, ce n’est pas nécessairement une façon d’érotiser le viol (et/ou de satisfaire une certaine forme de voyeurisme) que de détailler l’agression par le menu ; ça peut être une manière de tenter de mettre en scène la capacité du personnage à traverser l’horreur la plus totale et à s’en sortir malgré tout. Une lumière au bout du tunnel ?
Aller, là , je vais psychologiser à outrance : il s’agirait plutôt, je pense, pour les auteurs de montrer les capacités de résilience (hmpf, je n’aime pas plus le terme que l’auteur du concept, mais bon…) de la victime. Quand il y a débauche de violence (pas que sexuelle d’ailleurs) et que le personnage survit au pire/en ressort grandit, il peut y avoir une sorte de bénéfice psycho pour les auteurs/lecteurs des histoires concernées… une forme de relativisation de leurs propres problèmes : si le héros random (ou plus généralement la Mary-Sue infortunée) se remet de toutes les infamies qu’on lui a fait subir et trouve une issue, ça donne peut-être un peu de baume au coeur à certains auteurs/lecteurs qui estiment vivre un chemin de croix IRL (même confrontés – on l’espère fort – à des choses bien moins dramatiques) et leur permet de prendre du recul sur leurs situations personnelles. La fiction permettrait alors à un certain niveau de déplacer et d’externaliser une souffrance pour la rendre, paradoxalement, plus supportable.
Bref, tout ça pour dire, que je me retiens de juger sévèrement les amateurs de mauvais hurt/comfort focalisés sur des agressions sexuelles… parce que je crois comprendre ce que certains peuvent en retirer 
Ceci étant dit, je suis évidemment d’accord que c’est un sujet très sensible (nécessité de prendre des précautions oratoires pour introduire un chapitre comportant une telle scène ou de mettre de gros trigger warning) et la difficulté principale quand on découvre une scène de viol ou d’agression sexuelle dérangeante (pas dérangeante par rapport à son sujet même, mais par rapport à la “mise en scène”) pourrait être de jauger des intentions de l’auteur à l’aune de ce qu’il produit :
Une scène d’agression sexuelle n’est pas neutre simplement parce que l’auteur affirme vouloir “dénoncer” les violences sexuelles. Il existe une différence considérable entre représenter la violence, l’utiliser comme ressort dramatique et s’y attarder longuement et/ou sous un angle bizarre.
Est-ce que la scène est vraiment malsaine parce que l’auteur ne sait pas ce qu’il fait/est maladroit ou au contraire fait-il exprès de décrire l’événement de cette façon pour heurter les lecteurs… ou dans un but encore moins avouable ?
Le problème se pose particulièrement lorsque la violence est banalisée, psychologiquement traitée de façon stupide ou anecdotique, répétée à outrance et décrite avec un luxe de précisions qui n’apporte rien à l’intrigue. À partir d’un certain stade, il devient légitime de remettre en cause le but énoncé.
À titre d’exemple (très subjectif), je garde un souvenir bien écœuré de L’Épée de vérité de Terry Goodkind : le texte multiplie les scènes de viols collectifs graphiques et, en parallèle, des descriptions extrêmement détaillées de pratiques BDSM non consensuelles. Certes, lesdites scènes sont présentées sous couvert d’illustrer la violence et la cruauté du lore, mais leur profusion et leur traitement tout ce qu’il y a de léger (la psychologie des personnages… misère !
) me donnent l’ombre d’un gros doute. J’ai, personnellement, beaucoup de mal à considérer qu’elles servent à dénoncer quoi que ce soit… au contraire, le but m’apparaît (peut-être à tort) tout autre.
Tout ça, c’est épineux : une scène peut être dérangeante sans être complaisante, très explicite sans être érotique, ou au contraire prétendre dénoncer une violence atroce tout en hurlant via sa mise en acte que ce qu’'elle entend condamner la fascine et relève de fantasmes peu avouables.
Ps :
Je suis évidemment d’accord pour dire qu’aucun sujet n’est tabou (en tout cas, ne devrait jamais provoquer un bannissement automatique) si tant est que la personne l’aborde de manière “correcte”/pose des questions de bonne foi et non pas pour troller. N’empêche, je crois l’avoir déjà dit sur le topic consacré aux ratings ciné, mais ça m’étonne qu’on puisse vraiment débattre du thème sur le forum : il me semble que le forum est supposé être rating G, sauf que le sujet en lui-même ne me paraît pas très compatible avec le rating G… mais bon, encore une fois, je dis ça sans aucune conviction : l’appréciation des ratings et moi 
Plus sérieusement : comment FFR définit concrètement les limites du rating G sur le forum ? Est-ce que c’est le contenu de la discussion qui doit être G, ou est-ce que certains thèmes adultes peuvent – comme ici – être discutés tant que les intervenants ne les traitent pas trop “explicitement” ?
Re-Ps : @warrock, merci pour ce sujet intéressant ! Tu sais que tu peux citer (et donc répondre) à plusieurs personnes au sein d’un même message ? 