En soi sur le style y’a pas vraiment de règles, si t’as envie d’écrire comme tu parles tu peux, comme s’il te prend l’envie d’utiliser des tournures franchement moyenâgeuses ça peut se faire aussi. L’une de mes deux amies éditées, par exemple, use beaucoup de la négation sans « ne » ainsi que, de mémoire, un vocabulaire qui hésite pas à taper dans le familier, ce qui fait une narration assez marquée, mais avec de somptueuses descriptions qui flirtent avec la métaphore. Le contraste est incroyable et j’adore sa plume (d’ailleurs j’ai toujours son second tome à aller chercher, moi…) ![]()
Pour le coup, c’est quelque chose que j’ose pas nécessairement faire mais que j’ai déjà vu en poésie en cours de français, des poèmes dont la structure formait des silhouettes (animales et instrumentales, de mémoire
). Pour moi, toucher à la mise en page, faut vraiment que ce soit important pour ton histoire si tu veux toucher à ça…
Oui ! Exemple tout simple, le cliffhanger en fin de chapitre : si c’est bien fait, tu sens que tu arrives à un point crucial du récit, t’as envie de continuer la lecture, tu te précipites page suivante pour savoir ce qu’il va se passer. Tu sens dans les mots, dans les phrases que l’auteur t’a amené là où il le voulait, à te dire « oh, il se passe ça, est-ce qu’il va arriver ça ensuite ? ». Tu te dis « ok, cette partie est finie, j’ai toutes les infos qu’il me faut, go attaquer la suite avec toutes les clés laissés par l’auteur pour la comprendre et, peut-être, envisager le dénouement de cette péripétie ».
Une fin de chapitre ratée, en tant que lecteur, tu arrives devant la dernière phrase et tu te dis « Oui, et ? Il manque un bout là, non ? Qu’est-ce qu’il se passe, ensuite ? J’ai l’impression d’avoir manqué une info… ». ça te sort du récit, parce que tu ne sais pas trop ce qu’il vient de se passer, et, surtout, il manque quelque chose, un détail, une accroche qui va retenir ton attention, et qui fait que la tension se brise d’un coup alors qu’elle est censée atteindre son paroxysme.
Idem avec une saga de livres : je reprends l’exemple de la maison de la nuit, une série de livres que j’ai découverte ado et que j’ai beaucoup apprécié dans un premier temps, avant d’en être totalement écoeurée au bout de quoi, six ou sept tomes ? J’explique : L’histoire, grosso modo, suit une jeune fille qui découvre un matin qu’elle a une marque sur le front et est un vampire (si quelqu’un ici lit le truc hésitez pas à me corriger, les souvenirs sont très lointains). Elle va donc dans une école pour vampires, la Maison de la Nuit, où elle apprend grosso modo qu’ils sont les enfants de la déesse Nyx et que certains d’entre eux meurent à cause de leurs pouvoirs (pourquoi exactement je sais plus mais y’a un truc comme ça). Premier tome, ça allait : elle découvre ses pouvoirs et son lien avec la déesse, y’a un truc qui se produit, elle s’en sort grandie et victorieuse avec ses amis, happy end. Second tome je crois que ça allait encore aussi, même si une nouvelle intrigue parallèle pointe le bout de son nez. Troisième tome, troisième intrigue parallèle. Idem quatrième tome, cinquième tome…
Le problème de la série, donc : trop de sous-intrigues jamais résolues en parallèle, sur des milliers de pages (chaque tome comptait entre 400 et 600 pages, de mémoire). Sur un, deux tomes avec une ou deux intrigues principales qui servent de fil rouge, ça va et c’est logique. Sur six ou sept tomes, avec une nouvelle intrigue parallèle presque aussi importante que la première à chaque tome, sans aucune résolution entre-temps de ces intrigues qui viennent donc s’additionner les unes aux autres, ça finit par faire trop.
Contre-exemple total d’une autre série de cinq tomes que j’ai adoré (hé non, pas Vampyria ! Y’a pas assez de tomes encore
), c’est Héros de l’Olympe : les cinq tomes suivent une unique quête (une prophétie qui doit se réaliser et prédit grosso modo la fin du monde), découpée en sous-intrigues à raison d’une par tome. Le découpage est clair, chaque sous-intrigue est développée au sein d’un unique tome avant d’être refermée sans venir rajouter du bazar au bazar, et les ultra-sous-intrigues potentielles restent en toile de fond et trouvent finalement des résolutions elles aussi assez vite, sans nécessairement venir interférer avec la compréhension de l’histoire principale et sans ajouter 2500000 personnages secondaires qui deviennent essentiels à l’intrigue.
C’est la même chose avec la série l’Epouvanteur (paix à l’âme de Joseph Delaney
) : 13 tomes. Les deux trois premiers peuvent se lire sans la suite, c’est le début, une fois qu’on a fini chacun des livres on peut se dire « bon, ça y est, c’est fini, c’était cool au revoir ». Parvenus quelques tomes plus loin, la vraie quête se dessine et on découvre un véritable fil rouge qui va rester jusqu’au bout… et même au-delà. Les tomes, toutefois, ouvrent une quête « secondaire » qui s’inscrit dans la grande quête principale et qui est résolue rapidement. Une ou deux intrigues parallèles apparaissent, mais sont assez vite éclaircies sans venir troubler réellement l’intrigue principale.
Pour résumer, le découpage tant de ton texte que de ton intrigue est hyper-important si tu veux garder tes lecteurs : trop d’infos qui s’accumulent, mal dispatchées, et une tension mal gérée, ça te fait perdre des lecteurs.
Ouais alors, pas forcément hein
Comme on disait, chaque auteur a sa patte, certains comme moi usent et abusent des métaphores, d’autres ont des textes ultra-épurés, ça va dépendre essentiellement de l’ambiance que tu veux donner et du genre littéraire de ton histoire ! Je vois mal par exemple un roman policier utiliser pléthore de métaphores ultra-imagées, là où la rigueur d’un enquêteur terre-à-terre serait plutôt synonyme d’un style très épuré, presque factuel. A l’inverse, un roman d’epic fantasy, qui invite donc à l’imagination, peut se parer de mille ornements pour émerveiller le lecteur et l’aider à se projeter dans ce monde qu’il ne peut que discerner à travers les mots.
En horreur, les deux peuvent se mêler : des descriptions gores terriblement factuelles, comme des tableaux artistiques de scènes macabres révélant une beauté morbide. Tout dépend du sentiment que tu veux amener, je pense ![]()
Et d’ailleurs je me prends pour exemple tout bête, mais mon style d’écriture, très métaphorique, donc, n’était pas DU TOUT adapté ni à la rédaction de mes mémoires de M1 et M2, ni à celle d’articles scientifiques. Malgré mon aisance à l’écrit, donc (qu’on m’a toujours soulignée d’ailleurs), j’ai dû réapprendre à écrire autrement dans le cadre de mes études.
CQFD, même si ta remarque me flatte, non, fais pas pareil si ça te correspond pas ![]()
Tu as peut-être du mal là-dessus, mais tu dois avoir d’autres points forts, j’en suis sûre ![]()
Yep, on est d’accord ! (et je plussoie bien plus que j’approuve, ici comme IRL
) Effectivement, le registre de langue et le vocabulaire peut bien guider le lecteur. Mais pareil, ça va dépendre de ton histoire, de tes personnages, de ton point de vue…
En bref, l’important dans une histoire, ça doit être la logique, présente à tous les niveaux du coup ![]()