Défendre la fanfiction dans notre monde actuel

Bonjour toutes et tous !

Ce topic naît d’une écoute du très intéressant podcast signé France Culture, :computer_mouse: À qui profite la littérature ?, qui interroge sur l’importance et la place de la littérature dans notre société moderne qui va toujours plus vite et nous place en recherche constante de performance au détriment du plaisir et de la détente.

C’est un fait : les Français lisent de moins en moins, en témoigne :computer_mouse: le baromètre du Centre National du Live en date du 8 avril 2025, avec une diminution progressive de la lecture sur papier et de la lecture tout court (63% des Français ont lu au moins 5 livres ces 12 derniers mois, alors qu’ils étaient 69% en 2023).
Le temps moyen passé devant un écran explose largement celui passé à lire (y compris les livres numériques), pour d’autres activités comme le travail, les réseaux sociaux, le streaming, les jeux vidéo… et j’en passe.

Or, comme le souligne l’invité du podcast sus-nommé, Antoine Compagnon, la lecture est primordiale pour façonner notre esprit, apprendre, découvrir, nous épanouir et nous émanciper. Il dit notamment :

Pour moi l’expérience primordiale de la lecture, c’est l’égarement. C’est prendre un livre, et être comme dans une forêt, comme dans une ville la nuit, de ne pas savoir où on va et, pendant un certain nombre de pages, vraiment de se demander où l’on est. Et puis peu à peu, de se retrouver, de se familiariser.

Nous vivons à une époque où tout va très vite. Les tendances se suivent, s’enchaînent et ne perdurent qu’un maigre temps ; nous sommes abreuvé.e.s d’informations aussi intéressantes qu’inutiles ; nous sommes en constante recherche d’interaction, de stimulation, quelles qu’elles soient.
Qu’il s’agisse de la vie professionnelle, de la vie privée ou de la vie virtuelle, nous – en tant qu’individus – sommes très souvent soumis aux problèmes de rentabilité. Qu’il s’agisse de notre temps, de nos compétences, de notre « utilité », tout doit être rentable. Il ne faut pas gaspiller son temps mais le répartir à bon escient pour en tirer le meilleur profit. Il ne faut pas s’embêter à apprendre de nouvelles choses (une langue, un instrument, une activité) si elle ne nous sert « à rien » dans notre vie professionnelle ou personnelle.
En plus de cela, cette conscience de la finité ou finitude du temps nous rend, pour certain.e.s, impatient.e.s. Lorsque nous n’avons pas les réponses que nous souhaitons dans la seconde qui suit notre question, nous nous tournons vers des outils toujours plus performant qui nous répondent en une fraction de seconde, qui cherchent à notre place. L’information n’a jamais été aussi accessible qu’à présent, et notre mémoire n’a jamais aussi peu retenu d’informations qu’aujourd’hui.

:right_arrow: La lecture en tant qu’activité de loisir n’est pas quantifiable. On ne peut pas mettre des nombres indiquant sa « rentabilité » car, mis à part l’aspect financier qui en découle (coûts d’impression, d’acheminement, de ventes, et autres droits d’auteurs), l’impact de la littérature sur les individus ne peut être mesurée avec des nombres ou des statistiques.

Et pourtant, malgré toutes ces injonctions et ces constats qui pourraient être alarmistes, nous nous retrouvons ici, tous autant que nous sommes, à partager nos écrits, à les lire, à en discuter, et à divaguer sur des sujets tournant plus ou moins autour de la littérature.

Ainsi se pose la question : est-il possible de défendre notre pratique de la fanfiction dans notre société en proie à cette recherche de vitesse et de rentabilité ?

À travers différents topics, nous avons plus ou moins déjà abordé des sujets similaires.
・ Nous avons évoqué un « besoin de rentabilité », qui pousse parfois à suivre les tendances pour avoir des lectures, des commentaires, voire une sorte de prestige en tant qu’auteur. Forcément, de tels retours tangibles sur nos textes boostent notre ego.
・ Pour d’autres, ce serait davantage un simple besoin d’écrire pour viser une
publication rapide et régulière, comme un chapitre par semaine, tels le roman-feuilleton qui paraît aujourd’hui encore dans certains journaux. Mais chez quelques-uns de ces adeptes, cela met une tension énorme sur les épaules et les esprits ; un simple grain de sable dans cet engrenage met en péril cet équilibre précaire dès lors que nous ne sommes pas ou plus en mesure d’écrire ce chapitre hebdomadaire, c’est la fin du monde.
・ Et enfin, certains sont davantage adeptes du « suivre sa propre voie », quitte à ne pas publier aussi souvent qu’ils l’aimeraient, voire être marginal dans son fandom en allant à contre-courant des tendances.

:open_book: Est-il possible pour nous, en tant que lecteurices et auteurices de fanfictions, de défendre la fanfiction et ses spécificités dans notre monde actuel où tout s’accélère ?
:open_book: Avez-vous déjà fait face à ces problématiques que rencontre actuellement la littérature plus « classique » dans le monde de la fanfiction et, si oui, quel(s) effet(s) ont-elles eu sur votre vision des choses ?

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Arrrrg. Compliqué !

Je vais choisir de répondre seulement au titre et aux questions finales parce que sur tout le milieu, je ne saurais vrien en dire à part « c’était pas comme ça quand j’ai commencé » (la lecture).

« Défendre la fanfiction »

  • suppose qu’elle est attaquée
  • suppose qu’elle est interdite

Or la fanfiction est au mieux ignorée et au pire dénigrée, mais… seulement hors de son microcosme, parce que sinon, les pratiquants (et consommateurs) aiment bien ça.
On n’a pas de statistique pour savoir combien de personnes seraient capables d’identifier la fanfiction comme un sous-genre de littérature, mais doit pas y en avoir des masses, déjà.
Et parmi ceux-là, quel pourcentage qui connaîtraient, iraient dire du mal. Le chiffre doit être moins que très faible.

Faut-il donc s’occuper de si peu ?

Non, mais il reste possible de la soutenir et de la nourrir. Elle ne s’adresse pas à tous, juste aux fans très fans, et qui aiment lire, et à un plus petit nombre qui aime écrire.

Si j’ai bien écouté le monsieur, toute lecture est bonne à prendre, même celles qui ne laisseront pas un souvenir impérissable, car le fait de lire est en soi une activité salvatrice pour les neurones.

Non. Je ne vends pas, donc pas de souci de ne pas toucher de droits sur les livres revendus à pas cher.

Je m’efforce de recommencer à lire des ouvrages édités et là, ça pourrait soutenir aussi des auteurs qui ne gagnent pas grand chose (très petit pourcentage sur le prix de vente).
800 livres à chaque rentrée littéraire…

Pour la performance ? La quantité ? La régularité ?
Non plus. Sinon je ferais comme les feuilletonistes d’antan, du remplissage pour occuper le terrain en sortant un chapitre court.

En fanfiction, on peut se mettre la pression tout seul mais on peut aussi se l’enlever, en décidant :

  • qu’un statut de hobby n’a pas à nous ruiner la santé,
  • que le lecteur n’est pas un client et donc qu’il n’est pas roi,
  • que si des co-fans préfèrent d’autres fandoms, d’autres support, ou scroller ou streamer, ou lire la semaine prochaine, ou ne pas nous lire, ce ne sont pas nos affaires. On ne va pas régenter leur vie ! :grinning_face_with_smiling_eyes:

Ma vision des choses est pessimiste pour la littérature. Le podcast le résume bien. Je crains pour les auteurs. Le milieu de l’édition n’est pas non plus tout rose, ça aussi, ça peut décourager.

Par contre, la fanfiction est libre et dans un flou juridique, cela me convient super bien. Cela me semble plus épanouissant de pouvoir écrire sans certaines contraintes qui brident la créativité. Ce n’est pas grave si on n’a pas d’idées pour la prochaine histoire. On a du temps.

Cadence, rendement, jugements, réussite ou échecs, je supporte déjà ça par ailleurs et difficilement, ce n’est pas pour en rajouter dans les loisirs…

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Héhé, tout à fait juste, Madame !
J’aime beaucoup ton intervention ! :blush:
Je pense qu’on peut défendre la fanfiction face à ses détracteurs ; les gens qui nous disent « roh mais tu pourrais écrire de l’original, avec tes capacités », comme si les histoires pseudo originales qu’on écrit sous forme de fanfiction n’avaient pas leur intérêt propre. :laughing: Mais en effet, mis à part si un projet de loi nationale ou internationale décrétait que tout fanart est illégal même s’il est partagé à titre gratuit, elle n’a pas besoin d’être défendue de la même façon que la littérature classique qui est victime de crises réelles (manque de lecture, coût des matières, coût d’achat de l’objet…).

Et là, je suis on ne peut plus d’accord avec toi !!

Je me demande si d’autres parmi nous ont un sentiment différent ! Par curiosité de la diversité des opinions ! :face_with_hand_over_mouth:

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Pour moi, leur stat est biaisée : moins de gens lisent sur papier… parce qu’ils se sont déplacés sur ao3 ! Même s’ils disent qu’ils comptent aussi les lectures en ligne, je ne suis pas sûre que ça inclue ce type de plateforme (les livres numériques ça a l’air d’être quelque chose « d’officiel » sur des sites dédiés loin des sites de fanfics) ou si les personnes interrogées le déclarent :upside_down_face:

Je veux dire, si on prend toutes les fics sur Ao3 , fanfiction.nt + les forums/sites avec leurs propres sous catégories de fanfiction puis ensuite qu’on compte le nombre de lectures… Le nombre doit juste être pharaonique !

L’histoire de rentabilité je ne sais pas trop… Je me dis que si je devais gagner ma vie en écrivant que ce soit au XVème siècle, en 1900 ou en 3500, j’aurais intérêt à vite écrire si je veux pouvoir m’acheter mon repas de midi, donc je ne pense pas que ce soit juste un problème de notre époque :laughing:

Ensuite, je ne sais pas s’il y a un ralentissement du nombre de lectures sur les dernières années sur les sites de fanfics :thinking:(de commentaires peut-être, mais lecture pure ça reste difficile à dire - même s’il y a le problèmes des bots.)

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Eloge de la non rentabilité et du droit à l’égarement ? On va revenir à celui de l’oisiveté… Eh bien, en tout cas, merci pour ce joli sujet ^^

Je commence par un brin de provoc’ en précisant que je participe à la discussion sans même avoir écouté le podcast auquel tu fais référence… parce que je n’en ai pas le temps. Ou, tout du moins, la volonté de prendre le temps.

Je trouve que c’est un thème passionnant, parce qu’il interroge notre rapport à la lecture, à l’écriture, mais, surtout, à ce qu’on fait de notre temps libre. Et pourquoi on le fait.

Pour ceux qui (comme moi, je crois) associent l’écriture et la lecture à une forme de respiration mentale, c’est une nécessité pour se retrouver un peu soi-même… même débordés par des obligations sociales et une vie active qui peut être très prenante. Ouais, plus facile à dire qu’à faire, hein :grimacing:

Je l’ai dit en arrivant sur le forum, mais pendant mes études (et bien après, avec l’entrée dans la vie professionnelle), je n’ai rien lu ni écrit pour le plaisir (enfin, peut-être trois livres à tout casser) pendant environ dix ans. Oui, c’est vraiment long quand on y pense… comment ai-je tenu ? :sweat_smile: Je ne lisais plus (hors bouquin de psycho, socio, etc…) parce que je ne prenais plus le temps, et surtout parce que je croyais devoir me consacrer à d’autres choses plus urgentes et « essentielles ». Quand tout s’accélère, que les journées sont remplies d’impondérables en tous genres, qu’on est trop pressé (voire compressé) par des obligations diverses… bah, ça devient très compliqué de se ménager des moments de détente. Lire et écrire, même si ce sont des activités qu’on aime sincèrement et qui nous permettent de nous évader, ça reste des loisirs plus exigeants que d’autres. Qui peuvent donc facilement passer à la trappe quand on a un emploi du temps chargé au point d’oublier que, même si ça prend du temps, ça nous fait du bien.

Après une journée de boulot dans les pattes, si on se sent intellectuellement sur les rotules (c’est mon cas, notamment les mercredis – haha – et les jeudis où je rentre très tard du travail), inutile de dire que lorsque la partie « détente » de la journée commence après 21h, trouver l’énergie pour faire quelque chose qui demande un cerveau à peu près allumé, c’est compliqué. Même essayer de taper un message un minimum constructif là, tout de suite, ça me demande un sacré effort, mine de rien xD

Tout ça pour dire que je comprends qu’on ne parvienne pas forcément à se ménager du temps pour lire ou écrire, même quand ce sont des choses qui nous importent vraiment. C’est encore plus compréhensible pour les tranches d’âge les plus sollicitées par d’autres impératifs : les actifs, les jeunes parents, etc. Lire demande une énergie qu’on n’a pas toujours en réserve. Alors, à la place, on peut être tenté d’opter pour des loisirs plus passifs, moins fatigants : des vidéos, des émissions, des séries « bruit de fond » qu’on regarde plus ou moins attentivement, tout en scrollant vaguement sur son portable. Ce genre d’activité qui permet de mettre le cerveau en pause, de laisser l’esprit dériver ; là où il faudrait un poil plus de volonté pour se lancer dans un bouquin… ou une fanfic :stuck_out_tongue:

Et derrière ça, il y a tout un débat de société sur la place et l’importance des activités non rentables. Je te rejoins BakApple (et sans doute la personne du podcast xD), je suis inquiète de voir le nombre de lecteurs baisser. Moins il y a de gens qui lisent, moins il y en aura pour – éventuellement – transmettre cette passion à leurs enfants. Et ça peut avoir des conséquences délétères, il me semble : pas sur la quantité de lecteurs (à priori ça on s’en ficherait), mais sur les implications exactes de la baisse de lecteurs/du désamour de la littérature. À mon sens c’est sur la formation de l’imaginaire que ça a un effet néfaste.

La lecture a un rôle très particulier dans la façon dont elle façonne l’esprit, notre manière d’envisager l’abstraction, de capter l’implicite. Et si les gens lisent de moins en moins, il y a un vrai risque que cela impacte sur leur capacité à raisonner et à manier des concepts complexes… Du coup, je suis franchement pessimiste sur le futur d’une société où les gens liraient de moins en moins, trop absorbés par de lucratif et l’obligatoire ; loupant des choses essentielles d’une autre manière. On risque vite de se retrouver par mégarde coincés dans Idiocracy (et c’est même pas un bon film :face_with_crossed_out_eyes: ). Je suis donc à fond pour un éloge de l’oisiveté. Surtout si cette oisiveté permet de s’ouvrir à l’extérieur d’une manière ou d’une autre, de faire gamberger (la lecture, l’art, la musique, les voyages, etc).

D’un autre côté, pour répondre à l’intitulé du sujet, je rejoins complètement Oldie : je ne pense pas que la fanfiction ait besoin d’être « défendue », en tout cas pas autant que la littérature en général. Le sort de cette dernière – et celui des personnes travaillant dans les métiers du livre – pourrait devenir plus précaire si la baisse du nombre de lecteurs se confirme/s’aggrave. Ils risqueraient de perdre leur gagne-pain, et mécaniquement, moins de livres seraient publiés, car moins de gens prendraient le risque d’en faire un job alimentaire (enfin, je dis ça mais, en vrai, je vois déjà pas bien qui se lance dans la littérature dans l’espoir de percer assez pour faire de l’argent ^^"). Pour la fanfiction, le problème se pose différemment. Par essence, ce n’est pas une activité rentable. On le fait par plaisir, sans en attendre autre chose que la satisfaction d’avoir produit un truc (et avec un peu de chance, quelques commentaires sympas et/ou constructifs en bonus).

:melting_face:

Kof… kof… Je m’étrangle. J’ai eu cette discussion récemment (avec des gens, puis avec moi-même :stuck_out_tongue: ), et j’en suis arrivée à une conclusion analogue : la pression qu’on se met à soi-même (quelles que soient les raisons) n’a pas beaucoup de sens. Finalement, ce qui compte quand on écrit une fanfiction, c’est d’y prendre plaisir. Si on se met une pression telle qu’on en vient à bloquer, c’est qu’on a perdu de vue l’objectif d’origine : écrire ce qu’on a envie d’écrire, comme on en a envie (en faisant des efforts pour que ce soit propre, bien sûr), dans un univers qu’on veut enrichir ou le triturer dans tous les sens. La pression – réelle ou imaginaire – liée aux attentes des éventuels lecteurs ? Elle est dans la tête de celui qui écrit et, en vrai, pour continuer sereinement, il faut juste essayer de s’en détacher. Et, étonnamment, juste en se le disant, ça va déjà un peu mieux :sweat_smile:

Edit : le détecteur de grossièretés prend méga. rde pour un gros mot… je suis perplexe :face_with_raised_eyebrow:

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Alors que je suis très pessimiste sur l’évolution de beaucoup de chose dans notre monde actuel, ce sujet n’éveille aucune inquiétude en moi.
La lecture évolue. Lit-on moins ou lit-on différemment ?
L’opposition entre lecture et écran me semble par exemple de moins en moins pertinente. On lit sur les écrans, et ce n’est pas nous, adeptes de fanfictions.fr, qui allons dire le contraire.
Une question qui se pose est : qu’est-ce que la lecture ?
Est-ce que les mails, les sms, les messages sur les réseaux sociaux, c’est de la lecture ?
Est-ce que lire les dialogues et le lore dans un jeu vidéo c’est de la lecture ?
Est-ce que lire et participer à un débat sur un forum c’est de la lecture ?
Est-ce que les fanfics, les histoires Wattpad, les webtoons, c’est de la lecture ?
Est-ce que les mangas et bandes-dessinées c’est de la lecture ? (La réponse semble évidente, pourtant certains diront que non, ou alors pas de la bonne lecture.)
Est-ce que la romance, la fantasy ou la science-fiction c’est de la lecture ? (Pour certains ce n’est même pas encore assez bien.)

Faut-il faire le tri entre les « bonnes » et les « mauvaises » lectures ? Ne faudrait-il pas encourager et valoriser toute forme de lecture, quelle qu’elle soit ?
Derrière les constats alarmistes, j’ai tendance à percevoir une certaine forme de hiérarchisation des lectures, de jugement de valeur sur ce qu’il faut lire ou ne pas lire, qui à mon avis font plus de mal que de bien.

Je cite un commentaire que j’avais lu sous la vidéo de Jeannot se livre, sur les jeunes et la lecture (les commentaires youtube, c’est de la lecture ?) :

Résumé

L’année dernière, avec mes élèves (je travaillais en Seine Saint Denis, et je trouve ça important de le préciser pour pulvériser les clichés, c’était une classe de 4e dont j’étais la professeure principale), nous avions une sortie scolaire prévue dans Paris. On prend donc le métro, et pendant la durée du transport, nous avions autorisé les élèves à utiliser leur téléphone. Je m’approche d’un groupe de filles qui lisent quelque chose sur l’un de leur smartphones, en groupe, avec des petites réactions de temps en temps (du genre « noooon il a fait ça, ça se fait paaaaas ! »). Je leur demande, au départ, ce qu’elles regardent, et voici l’échange qui a eu lieu :
Elève 1 : en fait on lit !
Moi : Vous lisez ? Mais c’est génial !
Elève 2 : Oui, enfin… Oui, on lit, mais vous savez madame, on lit pas des trucs que vous vous aimeriez lire et tout…
Moi : et vous lisez quoi alors ?
Elève 2 : bah, c’est pas vraiment des auteurs…
Moi : Comment ça ?
Elève 2 : bah, si, c’est des auteurs, parce qu’ils écrivent, mais vous voyez, c’est pas des livres quoi.
Moi : et c’est quoi alors ?
Elève 2 : en fait, on lit des chapitres qui apparaissent régulièrement sur un site.
L’élève m’autorise un petit coup d’oeil sur son téléphone : je remarque qu’elles sont donc en train de lire des récits romancés, pas illustrés, et je reconnais la plateforme. Je leur répond donc « oui, vous lisez sur Wattpad… Eh bah, pourquoi ce serait moins bien que ce que moi je lis ? », elles se sont mises à rire, gênées, en me disant que c’était « incroyable » que je connaisse cette plateforme. Et moi je leur ai dit que je trouvais ça génial qu’elles lisent, même si c’étaient des chapitres sur wattpad (probablement de fanfiction, mais je n’en suis même pas sûre).

Des lectrices en viennent à dénigrer leurs propres lectures, qu’elles lisent pourtant avec plaisir, sous le poids des attentes de la société. C’est triste je trouve.

A titre personnel, c’est ce qui a contribué à m’éloigner de la lecture. Parce que plutôt que de me demander ce que j’aimais lire, je me suis tournée vers des livres qui “font bien”, et qui au final m’ont fait me désintéresser de cette activité.
Depuis quelques temps je redécouvre le plaisir de lire des romans grâce à booktube (donc grâce aux écrans et aux réseaux sociaux).
Et c’est un jeu vidéo qui m’a poussée sur la voie de l’écriture de fanfiction et qui me fait comprendre avec un certain temps de retard, qu’en fait les cours de français, c’était intéressant. Comme quoi.

Et puis quand bien même les gens liraient moins, voire ne liraient plus du tout, est-ce vraiment si grave ?
La lecture est une activité bénéfique bien sûr, mais elle n’est pas la seule. Notre temps libre est limité, et s’il nous faut choisir entre lire ou aller faire un jogging, une balade en forêt, méditer, faire du yoga, du dessin, de la peinture, un puzzle, du tricot, une partie de jeu de société en famille, une sortie cinéma, une session de jeu vidéo… hé bien la lecture ne me semble pas être la priorité absolue. Toutes ces activités peuvent nous apporter des choses bénéfiques, ne serait-ce que de passer un bon moment.

Hum… Est-ce que je suis partie trop loin dans ma réponse ? :sweat_smile:

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Sans doute, mais il me semble que ce n’est pas ce qui inquietait l’invité du podcast.

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Pfiou, ça part un peu dans tous les sens ce podcast: éducation, neurosciences, économie. Et le Monsieur n’est expert d’aucun de ces sujets (l’éducation peut-être un peu plus que le reste). C’est peut-être moi, 7h du matin plus décalage horaire, j’étais pas dans les meilleures conditions, mais j’ai trouvé qu’il y avait pas mal de poncifs et que ça reste majoritairement en surface.

Je vais aborder les différents thèmes comme ils me viennent du coup.
L’aspect économique d’abord, avec le livre d’occasion qui est ciblé. Je trouve que c’est sévère, parce que ça a toujours existé, et que ce sont justement les plus gros lecteurs qui y ont le plus recours. La bibliothèque c’est du livre d’occasion. Des gens qui lisent 30 livres par an, empruntés à plus de 90% dans une bibliothèque, je vous en trouve. De même, un livre qu’on fait tourner dans sa famille et auprès de ses potes, c’est un achat pour peut-être 5-6 lecteurs. Et quand on lit un classique, on engraisse éventuellement un éditeur, mais l’auteur ne touche rien dans son confortable cercueil. Alors oui, peut-être que ça s’est industrialisé, ou du moins c’est comme cela qu’on le perçoit chez nous. Mais bon, si je regarde au Japon, les librairies d’occasion genre Book-Off sont énormes, elles l’étaient déjà avant Amazon et compagnie, avec des livres récents, y a toujours du monde dedans, et je n’ai pas l’impression que les auteurs japonais soient les plus à plaindre.
J’irais même jusqu’à émettre l’hypothèse que ventes et lectures sont décorrélées depuis longtemps. Plein de livres sont vendus pour être offerts comme cadeaux, parce qu’ils sont à la mode, ont gagné le bon prix, et vont juste servir à décorer une étagère de bibliothèque, quand ce n’est pas carrément caler un pied de table. Ailleurs, des livres sans intérêt sont écrits pour justifier le fait d’inviter leur auteur sur des plateaux télé, et bouffent du temps médiatique à des ouvrages qui mériteraient nettement plus de visibilité (sérieusement, qui en a quoi que ce soit à ■■■■■■ de ce que Louis Sarkozy pense de Napoléon ? :eyes:)
Donc oui, peu d’auteurs vivent de leur plume, et ce ne sont pas forcément ceux qui le mériteraient le plus qui y parviennent. Maintenant, d’un point de vue purement artistique, je ne pense pas que faire autre chose dans sa vie soit forcément mal, ça apporte aux auteurs des expériences uniques qui doivent leur permettre de nourrir leurs écrits. J’ai envie de le croire du moins ^^

En fanfiction, on a justement l’avantage de ne pas avoir à se poser ces questions puisque, par principe, on n’a pas le droit de se faire de l’argent dessus. Et avec le recul, c’est quelque chose que j’aime bien en fait, le côté loisir est vraiment assumé grâce à ça, et ça évite de se mettre la pression, de s’obliger à rentrer dans des moules, de transiger. On fait ça parce qu’on en a envie, et donc comme on en a envie. Ça a un côté assez libérateur. Parce que comme tu le soulignes si bien, il y a trop souvent se réflexe de l’utilité économique appliqué à tout ce qu’on fait ou presque:

Avec quand même une hiérarchie: l’apprentissage d’une langue, c’est le cas extrême. Beaucoup de gens ne conçoivent pas qu’on puisse se lancer dans quelque chose d’aussi dur et chronophage sans retour sur investissement quantifiable, juste par intérêt personnel (« mais pourquoi t’apprends le japonais, c’est plus utile de faire du chinois », ben non désolé, pas pour moi hein…). Ensuite, on y a pas mal le droit avec l’écriture. Quand je dis que j’écris comme hobby, ça interpelle souvent (même sans avoir à parler de fanfiction en particulier), et savoir si j’ai l’intention de publier un roman, c’est une question qui vient assez vite. Quand l’aspect fanfiction est précisé, là c’est souvent l’incompréhension la plus totale. La musique, passé 25 ans, on estime que t’as raté le coche, que tu ne fondras plus un groupe à succès, et que donc tu ne peux plus en faire que « pour le plaisir », et c’est accepté. Le dessin, j’ai l’impression que c’est beaucoup plus perçu comme un loisir « normal » pour lequel la recherche de rentabilité n’est pas un impératif. C’est pas spécialement logique, mais les gens ont l’air de penser comme ça :person_shrugging:

Maintenant, le fait que les jeunes lisent moins, en tout cas moins de littérature, c’est triste, surtout pour eux, et j’avoue que je n’ai pas de solution à proposer. Ils font moins de sport aussi, c’est triste, surtout pour le trou de la sécu.
Bon, j’avoue, j’ai pas encore eu le temps de creuser le baromètre. Il m’a l’air d’être basé sur du déclaratif et il faut donc voir comment les chiffres sont obtenus. Y a visiblement un trou chez les 35-49 ans, j’imagine que le temps passé le soir à lire des livres aux enfants n’est pas pris en compte, ni le nombre de livres lus dans le décompte. J’ai lu Bilbo le Hobbit à mon fils cette année, je suppose que si j’avais été sondé, je ne l’aurais pas compté, de même que je ne compte pas Cornebidouille, pourtant, il est plus épais et plus chronophage.
Le nombre de livres lus est un indicateur que je trouve particulièrement éclaté, on aura des chiffres totalement différents entre quelqu’un qui lit essentiellement des gros classiques épais, et quelqu’un qui lit essentiellement des manga. Pas possible d’en tirer des conclusions. Le temps accordé à la lecture me semble un peu plus pertinent, même si certains livres se lisent plus facilement, et donc plus vite que d’autres.
Et bien sûr, le temps passé à lire de la fanfiction n’est sans doute pas pris en compte.

Bon, désolé pour ce pavé assez décousu. Pour conclure, je dirais que la fanfiction n’est pas soumise aux pressions du monde de l’édition, ou en tout cas ne devrait pas l’être. On l’écrit pour le plaisir, on la lit pour le plaisir, on se connecte grâce à elle avec des gens qui ont des passions communes, et c’est chouette. Peut-être effectivement qu’il est bon de réussir à se débarrasser de ces réflexes de rentabilité qui peuvent poursuivre certaines personnes jusque dans l’écriture de fanfiction, on a déjà assez de pression au quotidien pour ne pas avoir à en rajouter dans nos loisirs. Prenez un peu de temps pour vous les gens.

13 « J'aime »

Mon écoute du podcast s’est arrêté à “à l’heure où les enfants et les adolescents lisent de moins en moins”. Une affirmation avec laquelle je suis en désaccord dès l’introduction, ça ne m’a pas motivée à poursuivre.
Je trouvais intéressant de remettre en question ce point, qui est sans doute moins alarmant qu’il n’y parait.
Cela dit, je ne doute pas qu’il puisse y avoir par ailleurs des sujets d’inquiétude sur le monde du livre.

8 « J'aime »

Peut-être que l’intention de @BakApple était plus de poser la question de la défense de la fanfiction qui donne le titre à la branche plutôt que de discuter du podcast lui-même ?
Auquel cas le fait que tu aies zappé l’émission radio n’a absolument aucune importance. :smiley:

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En effet, parce que le podcast ne concerne pas la fanfiction, et n’a fait qu’éveiller cette question dans ma petite tête !

Je pense que, dans l’imaginaire collectif et dans les statistiques, le terme « écrans » reflète davantage l’utilisation des écrans hors lecture. Comme je citais, jouer aux jeux vidéo, regarder un film… Je pense que la lecture par liseuse ou tablette n’est pas considérée comme du temps d’écran en tant que tel.
Mais en effet, il y a la question de « qu’est-ce que la lecture ? » qui se pose. Quand je lis des articles de recherche sur mon sujet de mémoire dans le but de faire avancer ma propre production, c’est de la lecture. Alors pourquoi ma lecture de wikis et autres sources pour l’écriture de ma fanfiction ne compterait pas en tant que telle ?
Je doute qu’on puisse trouver une définition universelle à ce qu’est la lecture. Mais je pense que, dans le cas des stats du CNL et du podcast, c’est davantage l’action de lire une histoire, fictive ou non, ou toute œuvre littéraire (poèmes), pour se laisser emporter et/ou s’instruire. On met sur le même plan des essais et des oeuvres de fiction, après tout… Mais le tout dans l’initiative personnelle, et non contrainte. Si je dois lire 100 pages de process pour le travail, c’est pas de la lecture ; ce genre d’idée.
Dans son essai Pouvoirs de la fiction, Vincent Jouve (Jouvé) englobe dans sa définition de la fiction et sa lecture tous les medium. Films, séries, romans, BD, et j’en passe. C’est un parti pris qu’il a fait pour son travail de réflexion.
De la même façon, je pense qu’il faut d’abord définir le cadre concret de ce qu’est la lecture (de travaux littéraires) avant de faire des études, statistiques et réflexions autour de la variation des habitudes de lecture… Mais c’est un autre débat ! :face_with_hand_over_mouth:

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Alors donc

Quand on entend dire « les Français lisent de moins en moins » (quelle tranche d’âge d’ailleurs ?) est-ce implicite dans cette affirmation qu’il s’agit de romans ?
Parce que si on enquille direct sur « les jeunes ne lisent plus » (sans y être obligés), on se doute bien que ce ne sont pas des analyses politiques ou des rapports du Giec…)

C’est un peu le problème.
On ne sait pas de quelle lecture on parle dans la stat.
Pourquoi ce regret ? En raison de la certitude que la lecture est une activité qui rend autonome sur le plan intellectuel.
Pourquoi c’est important d’être autonome ? Parce qu’on a besoin en tant qu’adulte de pouvoir prendre des décisions rationnelles et pas seulement de réagir émotionnellement au moment de prendre des décisions.

Pour moi il y a deux volets que je pressens dans le regret « bouh les Français ne lisent plus » :

  • ils n’apprennent pas correctement la langue et ne développent pas leur intellect
  • ils n’entretiennent pas leurs neurones et perdent l’habitude de réfléchir par eux-mêmes
  • bref ils vont devenir « bêtes » et manipulables

Donc le spectre qui s’agite serait celui-là : tous débiles à court terme.

J’ai tendance à vivre dans ma bulle et dire « rho non quand même » (je viens trop souvent ici sans doute) et puis je lis des commentaires sur les réseaux sociaux. les insultes, la haine, l’ignorance, la terre plate… :grinning_face_with_smiling_eyes:

Et est-ce que c’est un défaut de lecture de livres ou un abus de lecture de posts lapidaires ?

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La fanfiction, c’est de la lecture divertissement pour moi, elle devrait compter dans la lecture de fiction.
Si elle était réhabilitée comme oeuve de fiction sur support numérique, alors sûrement pourrait-on decouvrir qu’une certaine frange de la population française lit plus qu’on ne se le figure.
Et c’est beaucoup plus une lecture-plaisir que la bibliographie d’un mémoire de stage. :face_with_tongue:

Combien de fanfictions avez vous lues les six derniers mois ?
En nombre de mots si on convertit, à combien de volumes de romans papier cela correspond-il ?

Ça au moins ce serait concret même si l’échantillon d’un tel sondage serait trop mince…

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Je crois qu’il y a encore des Français qui lisent des journaux et des magazines car autrement, je n’aurais plus de travail depuis longtemps !
Où en tous cas je ne sais pas si c’est lu, ou seulement feuilleté, mais en tous cas c’est acheté :laughing: Je m’y emploie !!!

10 « J'aime »

Hum… En lisant toutes vos réponses (de manière plus ou moins attentive, déso :sweat_smile:), je me demande si le problème est pas tant qu’on lit moins ou « moins qualitatif » mais plutôt qu’on lit la même chose.

J’avais un prof qui disait : « je crains celui qui n’a lu qu’un seul livre. »

Et c’est pas faux en vrai ! Tu peux lire 1 roman + 1 thèse + 3 traités + 1 journal + 1 blog + 100 commentaires sur le fait que seul les chiens bruns méritent de vivre et qu’il faut exterminer tous les autres, même si c’est des trucs étiquetés super qualitatifs et qu’en théorie tu as beaucoup lu bah… Il y a quand même un petit problème.:sweat_smile:

J’aime bien internet, mais souvent je me rappelle qu’il y a un algorithme derrière, surtout quand j’ai l’impression que le monde entier est d’accord avec moi et ensuite je me dis WAIT ! Te fais pas avoir ! C’est juste qu’internet ne veut pas te montrer les trucs qui te déplaisent - ensuite je profite quand même de ce biais surtout pour les shippings :laughing:

Les librairies ça vaut ce que ça vaut, mais physiquement tu es obligé de passer devant pleins de rayons différents et pas forcément ceux qui t’intéressent, ou de remarquer le bac de livres à 2 euros dont ils veulent se débarrasser (et en grande rapiat tu te dis : faut que je jette un oeil des fois que…) Bref, 99% du temps tu vas passer devant sans remarquer, mais des fois une couverture ou un titre va attirer ton regard sans que tu saches trop pourquoi ou même que le sujet t’intéresse de base et… au final ça te plait.

Par contre, quand tu es sur ao3 tu peux mettre tes filtres et jamais tu ne verras la couleur des fics qui ne sont pas dans les clous que tu as défini (sauf si la personne a mis un mauvais tag) et donc c’est assez rare que tu trouves quelque chose vraiment par hasard et qui est en dehors de tes centres d’intérêts de base ou différent de ce que tu veux entendre. C’est encore plus vrai sur d’autres plateformes (Ao3 ça reste des archives donc les tags sont plus là pour t’aider à trier comme le système classique de classement IRL de ta bibliothèque) où là le but c’est vraiment de te garder le plus longtemps possible sans te frustrer : donc de te garder dans ta zone de confort en te disant : « oui, tu as raison. »

Ensuite, même si tu lis des choses variées et que je comprends que la notion de moins lire inquiète ou que ça donne l’impression qu’on va devenir moins intelligents… La lecture, je la tenais en haute estime avant, puis je me suis rendue compte d’un truc en arrivant au moment où je devais vraiment utiliser ces connaissances « acquises » : lire des livres c’est surtout utile pour les activités « canapés », celles où tu peux te poser, réfléchir, discuter. Allez, on lui donnera quand même l’avantage de t’aider dans le vivre ensemble en te donnant les différents points de vue des gens - et encore, il y a quand même ce cliché de la personne qui lit beaucoup mais qui n’a pas de skill social.
Mais, en situation aigüe , tu peux avoir lu tous les livres du monde ton cerveau aura 2 modes : soit black out complet, soit je t’envoie toutes les informations en même temps et à toi de trier en 10 secondes (et d’oublier l’essentiel dans la masse d’info)

Ou pour l’expliquer de manière plus visuelle sur toute l’ironie du fait que vous pouvez lire 200 pages sur les pathologies et la physiologie pulmonaires, et au final avoir la vie qui t’explique :

9 « J'aime »

Au-delà du podcast ou du temps de lecture qui diminuerait, la défense de la fanfiction m’interpelle surtout en la comparant aux autres fanproductions qui, elles, ne font pas l’objet d’autant de dérision ou d’interdiction.
Je m’explique : partout, on lit que la fanfiction est interdite, illégale, susceptible de faire l’objet de poursuites judiciaires… Surtout si elle rapporte des sous à son écrivain (ce qui est clairement immoral du fait que le lore n’appartient pas au fanécrivain, rappelons-le).
Mais, à côté de ça, les fanartists n’ont aucun problème pour se faire rétribuer et ne semblent même pas inquiétés par les auteurs d’origine (bien sûr, je parle ici principalement des fanmangas ou des fanarts de personnages de mangas).
Les propositions de commissions foisonnent sur les réseaux sociaux et ça ne semble anormal à personne de payer pour avoir un dessin d’un artiste dont on apprécie le style. Heureusement, certains artistes sont « honnêtes » et acceptent la réutilisation gratuite de leurs travaux (logique si ça leur est demandé, si ce n’est pas fait sans leur autorisation, car même si c’est leur travail, le personnage ou l’univers dans lequel il s’inscrit si c’est un OS, ne leur appartient pas). J’en connais deux-trois personnellement, mais j’ai eu affaire à d’autres qui m’ont menacé de poursuite si je réutilisais leurs persos dans le cadre d’une fanfiction (alors que je ne faisais que demander s’il m’était possible de m’inspirer d’un visuel pour écrire et de faire apparaître ce visuel dans mes livres, en les créditant bien sûr).
Je n’ai pas trop bien compris : comment serait-il possible de me poursuivre pour droits d’auteurs alors que leurs fanarts copient ou s’inscrivent dans un monde qui à la base ne leur appartient pas ?
Alors, défendre la fanfiction, c’est pour moi avant tout lui faire bénéficier du même niveau de tolérance que les fanarts (par exemple).
S’il y a production papier (fanroman, fanmanga, fanrecueil de nouvelles, fanzine…), il faut simplement que le coût de l’oeuvre ne corresponde qu’à celui de l’impression et des frais de port TTC. En tout cas, c’est ce qui est attendu pour un fanécrivain s’il décide de publier de manière à ce que ça reste tolérable (à défaut de légal). Donc pourquoi un fanartists aurait-il le droit de dessiner puis de se faire payer plusieurs copies de son dessin (à force, c’est forcément rentable, vous ne pensez pas ?) ? Pourquoi serait-ce plus acceptable pour un dessin que pour un texte ?
Donc, je suis heureux quand je vois des stands comme celui d’Alixe ou @mathvou1, dans les conventions comme une japan Expo ou bien d’autres rassemblement de fans et/ou de franchises. Ça remet un peu la fanfiction sur le devant de la scène, ça rattrape un peu le déséquilibre de tolérance entre les dessins et les textes.
Voili voilou, vous avez ma participation ! :winking_face_with_tongue:

9 « J'aime »

J’y… avais jamais pensé et ça m’a jamais choqué alors que ce que tu dis est 100% logique :joy:

Mais, le dessin reste quelque chose qui donne l’impression d’être un truc extraordinaire, bien plus qu’écrire et demandant beaucoup plus de travail (dans le fond moi-même je le pense alors que je sais bien toutes les heures que ça prend et quel casse-tête c’est d’écrire), donc même s’ils utilisent le travail de quelqu’un d’autre, j’ai quand même l’impression que les personnages qu’ils dessinent sont bien à eux et donc que c’est légitime qu’ils soient rémunérés.

Je pourrais pas expliquer pourquoi, c’est juste comme ça :upside_down_face:

5 « J'aime »

Ce sont deux arts différents et égaux, par ailleurs très complémentaires. Je n’imagine pas une seule seconde le dessin comme supérieur à l’écriture. C’est justement contre cette vision par trop répandue qu’il faut se battre si l’on veut défendre efficacement la fanfiction.
Ce n’est pas un sous-art. On y passe des heures, on se creuse la tête, on peaufine, on recherche les bons mots, on fait nos recherches pour respecter la cohérence, on crée aussi bien que les dessinateurs.
En quoi la maîtrise d’une langue serait-elle moins reconnue que la maîtrise d’un tracé ?
On entend parfois « tout le monde sait écrire, mais dessiner c’est pas donné à tous »… Alors, déjà c’est faux (je corrige suffisamment de copies pour le savoir lol :rofl:) et personnellement, je peux très bien dessiner un personnage bâton (on l’a tous fait ce fameux dessin « papa, maman, moi, le chien », ou bien une maison et un arc en ciel…). Alors pourquoi considérer que cela n’est pas dessiner là où on accepte le « tout le monde peut écrire car on l’apprend à l’école » ?
Écrire et dessiner sont deux arts qu’on apprend, qu’on perfectionne, qu’on peut maîtriser à différents niveaux, dont on développe tel ou tel style… Ils sont purement égaux.
Mais tant que même les écrivains penseront que les dessinateurs font plus d’efforts qu’eux, on ne sera pas sorti de l’auberge !
Un peu de confiance en nous bon sang !! Pas d’auto-dépréciation ! On est forts et légitimes !! :flexed_biceps:

10 « J'aime »

Je sais, je sais, c’est bien pour ça que je trouve tes arguments 1000 voir 10000 fois logiques et que je me dis en ce moment « c’est vrai que c’est pas normal, pourquoi eux ils pourraient se faire rémunérer en utilisant le personnage de quelqu’un d’autre et pas nous, ils sont pas exemptés des lois » :laughing:

Donc oui, maintenant que tu en parles je serais pas contre qu’on revoit les choses. Mais hors du cadre éthique, je pense que je peux quand même comprendre pourquoi on est moins reconnu : l’expression « une image vaut mieux que mille mots » existe et d’expérience… fonctionne plutôt bien :sweat_smile:

Bref, je ne veux pas sous estimer l’écriture et ça fait mal de le dire, mais le dessin est quelque chose de « supérieur » dans le sens où il arrive à transmettre un message de manière beaucoup plus efficace et universelle… Tsss, pourquoi l’écriture arrive pas avant la vue dans l’évolution, c’est de la triche ! :face_with_steam_from_nose: :joy:

6 « J'aime »

Perso je ne suis pas sur AO3, et je lis plus de livres papier que de fanfics (même si ça a tendance à bien s’équilibrer depuis que je suis ici). Mais je souscris totalement, et c’est la même chose avec Amazon ou la market place fnac, généralement tu sais ce que tu cherches quand tu commandes quelque chose dessus, alors qu’en librairie, tu favorises beaucoup plus la découverte.

C’est déjà pas mal non ? D’autant que ces activités canapé, ça inclut plein d’événements sociaux où faire preuve de culture et de curiosité peut être un vrai avantage (même économiquement, on y revient). Au-delà de ça, je trouve que ça peut aider même au-delà, en tant qu’introverti socialement et sentimentalement handicapé (désolé @Hellth de te piquer cette formulation ^^), mes lectures m’ont aidé à mieux comprendre comment fonctionnent des gens très différents de moi, et c’est vraiment utile.
Ça permet aussi de découvrir des sujets, des thématiques, qu’on aurait peut-être eu du mal à creuser avec une approche purement théorique, et qui peuvent s’avérer pourtant vraiment enrichissantes. Par exemple, beaucoup de mecs vont trouver les discours féministes ennuyeux voir agressifs, et ne pas chercher à creuser. Une œuvre artistique centrée sur un personnage féminin peut les aider à ressentir de l’empathie pour ce que vivent les femmes, et ensuite à se poser d’eux-mêmes des questions liées à ces sujets.

Chiche ? :smirking_face:
Curieux de les voir expliquer au juge qu’ils sont dans leur droit malgré le fait d’utiliser le travail d’autrui comme base ^^

Ah oui, en passant, bravo pour votre stand les filles :smiling_face:

Ouch… Ça me fait mal de lire ça. Y a des dessins extraordinaires et des dessins vraiment pas ouf comme il y a des fics extraordinaires et des fics vraiment pas ouf. Après, ce qui donne cette impression, c’est peut-être qu’une fanfic « validée » va être rebaptisée « spin-off » ou « univers étendu », voir « adaptation ». Là où le dessin restera baptisé dessin.
Et du coup, c’est peut-être là qu’il y a effectivement matière à défendre la fanfiction, la sortir de cette image de ship Drago-Hermione mal écrit par Satania666, 14 ans. C’est un peu réducteur, même s’il faut bien que cette brave Satania666 commence quelque part ^^

10 « J'aime »

Yes ! Evidemment ! D’ailleurs il y a des sujets sur lequel j’étais pas d’accord au début et finalement je trouve ça génial parce que j’ai vu ou lu des histoires qui me les ont fait aimés !

C’est juste que je ne veux pas oublier leurs limites, encore moins sous estimer les gens en les jugeant juste sur ça :laughing: Je compte plus le nombre de personnes que j’ai jugé (sans forcément m’en rendre compte) sur leurs compétences ou connaissances, et au final c’est qui qui est devenue l’idiote au moment critique ? C’est bibi !

En vrai j’aime les livres, j’aime la culture, mais elle peut aussi m’aveugler, me donner l’impression d’être forte en me faisant oublier que c’est juste un domaine et qu’en fait il y a beaucoup plus important à côté. Vraiment, je sais pas pour vous mais en tout cas sur moi, les « activités canapés » peuvent avoir de mauvais effets si je les surestime trop :sob:

Par contre, oui, faut pas abandonner les activités canapés, ni les considérer comme inutile… Enfin, tant qu’on est au calme :melting_face:

Ouch… Ça me fait mal de lire ça. Y a des dessins extraordinaires et des dessins vraiment pas ouf comme il y a des fics extraordinaires et des fics vraiment pas ouf.

Tant que ça ? Déso ! :joy: Par contre je parlais quand même à niveau dessin-écriture « équivalent » :sweat_smile:
Et je dois quand même avouer qu’il y a des fics que j’ai préféré à beaucoup de dessins :wink:

Allez, disons que les dessins sont bons pour « attirer » le public quand nous, nous sommes doués pour garder et maintenir son attention :smirking_face:

6 « J'aime »

Je ne sais pas si ça peut donner de l’eau à votre moulin mais, ça m’a fait sourire, je suis tombée il y a deux jours sur un article bien second degré (et réservé aux abonnés) du Monde Diplo’ qui renvoie un peu au débat sur le temps consacré à la lecture : J’ai passé 8280 heures à lire, quelle perte de temps !

:face_with_tongue:

Et sinon, juste vite fait à propos du rapport du CNL…

J’ai lu le rapport et, même si c’est basé sur du déclaratif, la méthode de recueil semble plutôt solide (cohorte représentative de 1500 jeunes ayant entre 7 et 19 ans) et fait clairement la distinction entre la lecture plaisir et celle obligatoire. Et, contrairement à ce que plusieurs interventions semblent postuler, la lecture sur écran est bien prise en compte et est considérée de la même façon que la lecture papier.

Donc, oui, sur la tendance générale, ça semble plutôt clair : les jeunes – et pas que – lisent moins, le temps de lecture baisse (indépendamment des supports)… 19 minutes en moyenne, c’est peu. Et, forcément, quand on met ces chiffres en parallèle avec ceux du temps d’écran, ça pique. En moyenne, un jeune passe 3h11 – pour autre chose que de la lecture, hein – devant les écrans par jour (et hors usage scolaire, aussi), et ce chiffre monte à 5h10 pour les 16–19 ans. Et même si on ne veut pas sombrer dans un discours du type « c’était mieux avant/c’est la faute aux écrans » ou lancer une corrélation directe entre les deux phénomènes (et mettre en opposition les deux pratiques), ça interroge et on peut reconnaître l’existence du déséquilibre.

Et non – contrairement à ce que j’ai l’impression de lire entre les lignes de plusieurs interventions – le rapport ne tombe pas dans une logique élitiste ou méprisante du type « les jeunes lisent mal ». Si vous voyez quelque chose de cet ordre dans la présentation des chiffres, je crains que ce ne soit vos propres biais perceptifs qui parlent :face_with_tongue: . Il ne hiérarchise pas les genres, ne classe pas entre « bonnes » et « mauvaises » lectures. Il constate juste l’évolution. Les mangas représentent 77 % des lectures loisir pour les garçons et la dark romance ( :face_with_peeking_eye:) a le vent en poupe chez les filles à partir de 15/16 ans…

Et alors ? Ce n’est pas nouveau que les lectures adolescentes reflètent des besoins d’identification, de projection, de transgression, etc. Et, en effet, faut pas prendre de haut des jeunes qui lisent “seulement” des manga et des œuvres Young Adult douteuses, quand d’autres ne lisent plus rien du tout. D’ailleurs, je te rejoins sur ça @LianSepia, inutile de vouloir faire un tri entre les “bonnes” et les “mauvaises” lectures : les gens lisent bien ce qu’ils veulent, on peut leur faire toutes les prescriptions du monde (sur de « vrais/bons livres ») que ça ne solutionnera pas le problème ; s’ils ne sont pas eux-mêmes motivés par le contenu, ça ne fonctionnera pas (voire ça braquera). L’essentiel, c’est que les jeunes s’approprient un espace de lecture, qu’ils y trouvent du plaisir. C’est déjà assez difficile comme ça de dégager du temps ou de l’énergie pour lire… alors si en plus on leur fait sentir qu’ils lisent « mal », c’est foutu d’avance. J’ai bien envie de ressortir les droits inaliénables du lecteur de Pennac ( :smiling_face_with_three_hearts: )…

Sinon, pour revenir à la fanfiction (et à sa défense :p), je pense qu’elle s’en sort étonnamment bien dans le paysage actuel, justement parce qu’elle colle aux pratiques modernes. Le rapport montre que les jeunes lisent majoritairement sur smartphone, et que les récits connectés à des univers existants (films, séries, jeux vidéo…) suscitent davantage l’intérêt. Typiquement, la fanfic pourrait avoir le vent en poupe si on se base Des formats courts ou épisodiques, une publication numérique, des personnages déjà connus qu’on explore autrement… C’est plutôt le combo gagnant, à priori.

Sauf que…

S’il y a de moins en moins de lecteurs, il y aura aussi moins d’auteurs. Parce que, oui, écrire suppose de lire, même un minimum (ça faisait longtemps que je n’avais pas autant lu « pour le plaisir » que depuis que je me suis remise à l’écriture… les deux pratiques me semblent très corrélées, tout du moins chez moi :grinning_face_with_smiling_eyes:). Et même si la fanfic a cette capacité à accueillir tous les styles, tous les niveaux, toutes les envies… il y a fort à parier que si les bases culturelles communes (un minimum de familiarité avec des constructions narratives, la richesse lexicale, une capacité à structurer des idées… ce que peuvent apporter les « classiques », poussiéreux ou non) ne sont plus là et se perdent, on le ressentira aussi dans la diversité/la qualité des productions futures. À voir à quel point il est possible de lutter contre cette évolution… et à chacun de déterminer s’il est ou non souhaitable de lutter.

Bref, même sans faire dans le catastrophisme, le recul global du temps de lecture et du nombre de lecteurs est réel, et ce n’est pas en cherchant à le nier – ou en postulant que « tout est lecture » – que ça enrayera le phénomène.

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