Je vais peut-être prendre ce sujet à contrepied, je ne suis pas sûre, j’espère que mon message/opinion sera compréhensible.
J’écris depuis que je suis enfant. C’est une seconde nature à ce stade. Mais pourquoi j’écris ? Qu’est-ce que ça m’apporte ?
Pour donner un exemple très concret à cela, et qui m’a par ailleurs amenée à m’inscrire sur ce site :
Je sors d’un burn-out professionnel. Aucun de mes loisirs ne m’apportait plus le moindre soulagement, ne parlons même pas de satisfaction, et encore moins d’énergie créative. J’ai commencé par me soigner (duh…) et cela m’a pris des mois et des mois. Ensuite, j’ai pu reprendre des activités que je décrirais comme passives : lecture, visionnage de films, d’animé, de préférence des revisionnages, à vrai dire, car l’énergie mentale requise était encore trop importante pour moi. Le champ des possibles s’est étendu petit à petit, j’ai pu tolérer la nouveauté avec une concentration qui redevenait enfin normale, puis mes activités sont devenues un peu plus actives, comme par exemple avec le jeu vidéo (actif “doux”) puis, enfin, l’écriture (actif moins doux pour le cerveau, ahah).
Je sens la différence. Je ne suis pas sûre que de comment l’expliquer, accrochez-vous si vous me lisez… ^^’ Je sens mon niveau de capacités mentales, et mon degré de bien-être associé, remonter au fur et à mesure que je me consacre à ces activités. Surtout les plus créatives. Au départ, ne mentons pas, il a fallu que je me force. Que je me pose devant mon carnet vierge, avec un stylo et le silence total, et que je pose des idées sur la feuille. Après, rebelote pour faire de cette bullet list un récit qui soit lisible… Et maintenant que deux mois se sont écoulés, je sens les idées “fleurir” peu à peu dans ma tête. Ça vient tout seul, et savoir que c’est le cas me procure une forme de bien-être que j’associe intrinsèquement à la créativité (de mon expérience personnelle en tout cas).
Ainsi, personnellement, si je peux comprendre un usage utilitaire de l’IA (en tant qu’utilisatrice de Linux, parfois, on gagne du temps à poser ses questions à un robot), je pense qu’il est dommageable de se priver de ce que la créativité nous apporte en tant qu’être humain. Évidemment, il y a aussi toutes les considérations écologiques et éthiques en plus, mais je dois avouer que c’est le sujet qui m’attriste et m’inquiète le plus. Je doute que sans avoir passé tant d’années à écrire, je serais encore là pour en parler. La paresse fait partie intégrante de la nature humaine, donc je rejoins les messages ci-dessus : quid des nouvelles générations, qui n’auront jamais connu le monde sans IA génératives ? Auront-elles la possibilité et l’espace de créer du “moche”, du “nul”, comme nous avons eu le loisir de le faire ? Ou bien seront-elles poussées vers des idées qui leur donneront des résultats tangibles, mais les priveront de ce processus créatif ainsi que de l’apprentissage qui en découle ?
De mon côté, je ne suis clairement pas assez calée sur le sujet ni en mesure de pouvoir influer sur le cours des événements. Je me contenterai, à ma petite échelle, de laisser en ligne mes écrits tout moches et tout nuls de quand j’avais dix ans, quand bien même je grimace à l’idée de seulement en relire une ligne. Savoir que je ne suis pas la seule à le faire me permet de garder un peu espoir.