[Recueil de poésie] "Poèmes antiques et modernes" et "les Destinées" - Présentation

Présentation

L’auteur

Alfred de Vigny (1797-1863), poète, romancier, écrivain et dramaturge français du XIXe siècle, est surtout connu pour ses traductions des pièces de Shakespeare en les inscrivant dans le drame romantique (mélange des genres comique tragique, faisant se côtoyer le sublime et le grotesque), ses propres pièces Chatterton (1835) et La Maréchale d’Ancre (1831), et participe également à l’essor du roman historique français.

Il écrit en parallèle de sa carrière militaire, et commença par publier des poèmes dès 1822. Ami et rival de Victor Hugo, son œuvre se caractérise par une forme de pessimisme et une vision désenchantée de la société : il remet en question la Providence chrétienne et dépeint un Dieu muet face à sa créature.

Ses deux recueils de poèmes : Les Poèmes Antiques et Modernes (1837 à 1841) et Les Destinées (1864, posthume)

Son écriture est polyvalente : touche à tout, sa poésie est alors empreinte de théâtre, de fragments, de chants, aux rythmes diversifiés, mais privilégiera une forme à la fois épique et dramatique de par les thèmes choisis, comme la réécriture d’épisodes bibliques fondateurs, mais aussi d’événements historiques qui traversent les siècles, de l’Antiquité à l’époque moderne, jusqu’à évoquer des événements récents qui lui sont contemporains ; mais également de par la forme de sa poésie à l’allure narrative, proche de l’épopée, et très imagée.

Son premier recueil s’est construit en plusieurs éditions successives pour obtenir la forme qui lui est connue lors de sa dernière publication en 1841 : divisé en trois livres (Mystique, Antique et Moderne), la poésie de Vigny y thématise le moment de crise spirituelle dans laquelle elle voit le jour. Le recueil oppose le passé, ce « temps / Où le Médiateur sauvait [l]es habitants » de la terre, et le présent frappé par le désenchantement, le dernier poème se refermant sur une perte de croyance : « - Et Dieu ? – Tel est le siècle, ils n’y pensèrent pas. ». Vigny y montre alors un échange impossible entre l’Homme et Dieu, ce dernier se contentant d’être une présence absente ou une absence présente, le poète s’en détourne par des mises en accusations parfois violentes même si elles ne passent pas par la première personne. Vigny s’attaque particulièrement à la notion de Providence, c’est-à-dire à la sagesse par laquelle Dieu est censé conduire et ordonner toutes choses. Ce premier recueil va jusqu’à mettre en scène une indifférence, voire une malveillance de Dieu : il ne semble récompenser ni la vertu ni la pureté de ses créatures, les personnages mis en scène sont même punis pour la charité dont ils ont fait preuve.

Mais ce retrait divin, Vigny en montre un aspect positif, dans la mesure où c’est dans le délaissement et l’abandon que l’homme décide de lui-même. Vigny tente alors d’illustrer la grandeur de l’Homme sans Dieu, et c’est ce qui marquera son deuxième et dernier recueil de poésie Les Destinées, publié peu après sa mort. Face au silence de Dieu, le poète déplace son amour vers ses semblables. Ses poèmes louent ainsi une nouvelle charité, désintéressée, qui n’est orientée vers aucun espoir de rétribution post-mortem.

Toutefois, une divinité positive existe, celle de l’Esprit pur : au Dieu sourd, Vigny oppose le « Dieu des idées », dont le poète, penseur laborieux, est le porteur de sa parole, celui qui peut la révéler au monde. D’une certaine façon, il est un nouveau Moïse, léguant au peuple non plus les tables de la loi, mais le Livre. Toutefois, l’avènement de cet Esprit pur, quoique souhaité, n’est pas encore actualisé.

La poésie de Vigny peut se résumer ainsi : si le silence de Dieu est vécu par le poète dans la douleur et les récriminations, il est aussi l’objet d’une libération de l’Homme, qui le conduit à une intériorisation de la transcendance. Vigny refonde un nouveau sacré, laïcisé. Demeure néanmoins toujours à l’horizon un doute, que seule l’Espérance peut tempérer.

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