Vieux mot (tard) que j'aimais

Ca fait un moment que je l’ai trouvé, mais je l’avais pas encore posté…

Je suis sûre qu’on a ici de nombreux librocubicularistes : des personnes qui lisent au lit :blush:

(source ici)

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Bonjour à tous,

Je voudrais partager avec vous un mot que j’ai découvert au fil de mes lectures.

Oneirocritique, nom féminin, « la connaissance de la maladie par les songes ».

Par exemple : les propos du Médecin Turc Bonvalet Desbrosses à Mademoiselle Dornet.
« Notre médecine turque a deux parties essentielles que la vôtre n’a pas : l’Oneirocritique et la Chiromantie ; l’oneirocritique ou la connaissance de la maladie par les songes, la Chiromantie ou la connaissance de sa fin par les traits de la main. »

Voici la référence ; Denis Diderot, « Mystification », publication originale de 1769, dans Quatre Contes, édition critique avec notes et lexique par Jacques Proust, Genève, Librairie Droz, 1964, p. 13 et 14.

Salutations amicales,

1950m

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Euh, ce n’est pas plutôt « chiromancie » ?

Les mancies sont les arts divinatoires. Ou l’on devine dans les lignes de la main, les feuilles de thé, les entrailles d’animaux, les positions des planètes, tout ça…

Après chez les Turcs, je ne sais pas comment ça s’écrit mais chez les Français, je suis sûre de moi.

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Bonjour,

Je vous assure que l’orthographie de Chiromantie… Moi aussi j’ai douté, mais c’est peut-être une ancienne orthographie française (Diderot a quand même un français de 1760 ;-)), ce qui me joue parfois bien des tours :wink:

Salutations amicales,

1950m

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Moi aussi, j’aurais d’emblée écrit « chiromancie ». Mais comme Oldie a soulevé la question, j’ai trouvé ça :
dictionnaire de l’académie française, première édition
Alors on va dire que les deux versions sont correctes :wink:, l’une ancienne, l’autre récente.

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Dans la série des découvertes :
Obole
Je me penchais sur la signification de dragme (ou drachme), au hasard d’une recherche pour une fic, et j’ai trouvé ça :
Dragme ANTIQ. Monnaie d’argent en usage notamment en Grèce valant six oboles et un centième de mine, et qui se définissait par son poids d’argent. Drachme phénicienne (env. 3,54 g d’argent); drachme attique (4,36 g).
Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales
D’où l’origine du mot Obole = petite offrande en argent, de peu de valeur.
La drachme était la monnaie en cours en Grèce jusqu’en 1980
Y’a pas à dire, on a perdu des trucs avec l’euro…

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L’obole est aussi ce qui servait pour payer le passage à Charon, le nocher de l’Enfer, pour arriver dans l’Hadès. Raison pour laquelle les Anciens Grecs, laissaient toujours cette petite pièce auprès de leurs morts.

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Oh ! Je ne savais pas ! Merci, j’aime apprendre des choses :grinning_face:, ce topic est l’endroit idéal !

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Vous allez déguster !

Vous avez déjà pris une beigne en dégustant un beignet ?

Rien de surprenant : ces deux mots sont des jumeaux parfaits en argot francophone. D’un côté, la pâtisserie frite qui gonfle et dore joliment ; de l’autre, le coup de poing qui vous fait une bosse de même acabit.

Et ce n’est qu’un exemple d’une curieuse affinité entre nourriture et violence qui fait du français une langue où l’on peut à la fois manger et cogner… avec le même vocabulaire !

Le hit-parade des coups comestibles

Le mot En cuisine En baston Exemple d’usage
Beigne Beignet frit, doré et sucré Coup de poing qui enfle « Et pis, mon p’tit loup, bois pas trop,
Tu sais que t’es teigne
Et qu’quand t’as un p’tit coup de sirop
Tu me fous la beigne. »
(Aristide Bruant, Dans la rue, 1907)
Tarte Pâtisserie fruitée bien plate Gifle magistrale « Jamais trop tarte pour bien faire. » (Pierre Desproges, proverbe idiot)
Dariole Petit feuilleté crémeux Coup, en argot du XIXe « Allonge-lui une dariole à ce blanc-bec, qu’il se taise ! » (Vidocq, Mémoires, 1828)
Talmouse Feuilleté au fromage triangulaire Gifle, populaire « Recevoir une talmouse en pleine figure. » (Cholières, Apresdînée, 1587)
Pain Classique de boulangerie Poing massif « Le père Touchard […] brandissait un pain tout entier jusqu’au milieu de la table. » (Maupassant, Le Pain maudit, 1882)
Marron Glacé ou confit, en réalité une châtaigne Coup sournois « Je lui ai flanqué un marron ! » (Goscinny/Uderzo,
Astérix, Le Combat des chefs, 1964)
Patate Pomme de terre Direct du poing « T’es con ou quoi ? Je vais t’mettre une patate ! » (Kassovitz, La Haine, 1995)
Châtaigne Fruit d’automne ou confiserie Coup vif « Filer une châtaigne, c’est la saison des castagnes ! » (Delvau, argot fin XIXe)

Ces perles argotiques, souvent picardes ou normandes, datent du Moyen Âge pour certaines (talmouse dès 1393) et pullulent jusqu’au XXe siècle.

Pourquoi le français cogne-t-il avec ses pâtisseries ?

Je vous assure : j’ai cherché. Mais je n’ai rien trouvé de convainquant. Les linguistes paraissent être passés à côté de ce sujet. Peut-être le boulanger a-t-il développé des talents de pugiliste pour défendre son appétissant étal ? Et détaillé sa façon de cogner, “en boule” avec le poing rond comme des boules de pâte, ou “à plat” en distribuant des taloches ?

La rondeur fatale. On pourrait y voir un mimétisme entre pâte levée et hématome. Le beignet qui gonfle, le marron sphérique, la bosse qui suit le choc en prenant une teinte dorée…

L’origine picarde. Dans le Nord, on adore les feuilletés (darioles, talmouses) et l’argot brutal. « Dariole » passe de « petit gâteau rond » à « petit poing rond », avec un détour possible par « fesse » (ronde elle aussi !). C’est l’argot des marchés et des foires qui fusionne cuisine et castagne… gauloise.

Plaisir et douleur. Manger apaise, cogner libère. Roland Barthes (Pour une psychosociologie de l’alimentation contemporaine, 1961), parlait de cette « psychosociologie » où corps et nourriture s’entremêlent. D’où « se prendre une tarte » : un plaisir (sucré) qui vire au choc ?

D’autres hypothèses ?

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Dans le temps, la France était un pays de gastronomes… querelleurs. :rofl: Je ne vois que ça comme origine pour allier ces deux passions.

Vais-je me prendre une avoinée si je souligne que la « patate » est également bien enracinée dans le terreau monétaire et financier ?

D’aucuns seraient peut-être contents de prendre une patate sur le coin du portefeuille ?
Innocente que je suis, je croyais que la patate valait 10 000 anciens francs mais non. On a dû m’arnaquer c’était 1 million…
.
Ça remonte un peu, mais posséder des terres plus ou moins agricoles, c’était la richesse, une corne d’abondance, une manne. L’argot entérine le blé, l’oseille…

L’avoinée vient de ce que l’on battait l’avoine (et d’autres céréales) pour « séparer le bon grain de l’ivraie » (d’autres plantes indésirables – d’où la moissonneuse-batteuse…).

Merci Chiara pour ce petit précis de violence alimentaire, j’avoue que je ne les connaissais pas tous.

Le sujet de la nourriture pour désigner bien autre chose semble « fructueux ». Après un marron, on risque d’avoir le nez en patate pour avoir voulu sauver ses miches… :laughing:

Le vieil argot a cela de bien qu’il est bourré de métaphores et comparaisons fleuries.

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Peut-être est-ce pour signifier que les douceurs de boulangerie sont une “claque” tellement elles sont bonnes ? :stuck_out_tongue:

Et puis, toute personne s’amusant à pétrir de la pâte à pain ou à brioche à la main sait que ça demande une bonne dose de violence intrinsèque :face_with_hand_over_mouth:

Plus sérieusement, ça ne m’avait jamais frappée, mais maintenant que tu le fais remarquer, je me rappelle que quand j’étais enfant il existait une boulangerie près de chez moi qui s’appelait “la torgnole” (Déf du CNRTL : Pop. fam. Gifle, coup violent appliqué avec la main, en général sur la figure.)… maintenant, ça désigne aussi une bière d’Arras.

Je ne sais pas non plus d’où vient le vocabulaire commun entre gourmets et ceux qui aiment gourmer (Déf CNRTL. Vieilli, fam. Battre à coups de poing.)… l’hypothèse des gastronomes querelleurs d’Oldgirl est plausible :smirking_face:

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l’Aria, un mot qui chante en faisant des manières

À première vue, aria a des airs d’ailleurs — et pour cause : le mot nous vient de l’italien, où il signifie simplement « air ». Mais en français, il a pris deux chemins bien distincts, comme deux variations sur un même thème.

  • Le premier sens, féminin, est le plus noble : en musique, une aria est un air soliste, souvent dans l’opéra. Un chant dont les temps, principalement les premiers de chaque mesure, sont bien marqués et dont les mouvements sont justes et égaux. C’est le moment où la voix se déploie, où le temps suspend son vol pour laisser place à l’émotion. Dans la même famille mélodique, on croise arioso (entre récitatif et air chanté) ou encore ariette, petite aria délicate et légère. Ici, tout est affaire de souffle, de ligne, d’élan.

  • Le second sens, masculin lui, change de ton. « Faire des arias », c’est affecter des manières, se donner de l’importance, multiplier les poses inutiles. Bref, beaucoup de bruit pour peu de musique. Il peut désigner un amas de choses entassées et encombrantes, et donc au figuré, un galimatias sans ordre ni logique, ou un obstacle imprévu, un tracas, un embarras. De l’ancien français « harion », dérivé de « harier », harceler, qui a probablement donné le « harass » anglois. On pourrait être tenté de rapprocher ces arias-là du célèbre « Haro sur le baudet ! ». Mais la parenté est illusoire : haro vient d’un tout autre monde, celui des clameurs médiévales. Comme quoi, en langue française aussi, certaines ressemblances sont de simples effets de scène.

Source : CNRTL

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ooooh merci Chiara pour cette belle découverte, j’aime beaucoup ce mot !

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Ah, entre l’aria et le haro, la clameur est plus élégante ! :horse_face: (<- le baudet)
J’avoue bien volontiers que je ne connaissais pas du tout le deuxième sens.

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Une balade, avec deux ailes

Je vous vois venir : entre balade et ballade, il y a certainement maldonne.
Surtout si un olibrius les exhibe côte à côte dans un titre…
A voir : creusons un peu.

  • La ballade, avec deux l, est la plus ancienne des deux formes. Elle descend de l’ancien provençal ballada, dérivé de ballar, « danser », qui a aussi donné bal, ballet, et même l’expression « les bras ballants ». La ballade, littéraire cette fois, est d’abord une chanson à danser, puis un poème à forme fixe, qui porte encore le rythme, la cadence, la ronde médiévale. Comme chez Villon (2 l !!) dans La Ballade des pendus.

  • La balade, avec un seul l, plus récente, descend du verbe balader, qui signifiait au XVe siècle… « chanter des ballades » . Or, ces baladins — troubadours, jongleurs, vagabonds — allaient de ville en ville. Le verbe a donc glissé vers « errer, flâner », puis « se promener ». De là, au XIXᵉ siècle, naît le nom balade, la promenade familière, tranquille, parfois sans but.

L’origine commune de ces deux mots, longtemps confondus, parfois même orthographiés de la même manière, justifie mal l’écart orthographique, pourtant désormais établi et officiel…

Sources : ici, et

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