Contribution de @Alresha
Derrière les carreaux de la fenêtre, la lune, aux trois quarts dévorée par l’ombre de la Terre, flottait dans le ciel, comme suspendue entre deux nuages.
Les trois adolescents, assis autour de la cheminée, regardaient avec intérêt, perplexité ou méfiance la mixture qui bouillonnait dans le petit chaudron suspendu au-dessus du feu. Un grimoire ouvert sur les genoux, Hermione agita à trois reprises sa baguette au-dessus du liquide incandescent qui prit immédiatement une teinte bleuâtre, piquetée de paillettes d’or.
– Heureusement que quelqu’un a pris la peine de prendre de l’avance dans le programme et de lire le deuxième tome de « Magique pratique du monde » de Cheddar Sang’Hor, fit remarquer la jeune fille sur un ton pincé.
A côté d’elle, Ron ne put réprimer une grimace.
– Tu es certaine que… ça va fonctionner ? murmura-t-il. On ne peut pas dire que l’odeur soit très… enfin, tu vois ce que je veux dire…
La réponse fut glaciale.
– Je suis certaine que tu préférerais boire un bon jus de citrouille, mais malheureusement, l’odeur du foie de dragon est en effet moins appétissante. Bien évidemment, je peux aussi faire disparaître cette potion qui ne m’a demandé que trois jours de préparation et te laisser te débrouiller tout seul !
– Hermione, tempéra Harry, il ne voulait pas dire ça. Je ne sais pas ce qu’on ferait sans toi.
– Des bêtises, conclut la jeune sorcière, non sans un regard inquiet au rouquin qui venait de se prendre la tête entre les mains en marmonnant des mots incohérents.
Depuis leur retour fracassant au Terrier, Hermione et Harry avaient fait de leur mieux pour dissimuler les crises de plus en plus fréquentes de leur ami, que la créature nommée Gollum, dont Fred et George leur avait parlé, ne semblait pas vouloir lâcher. Métaphoriquement, bien évidemment. « Je l’entends dans ma tête », se plaignait le cadet des Weasley de plus en plus fréquemment. Hermione avait sacrifié le peu de foie de dragon qu’ils avaient réussi à acheter sur le Chemin de Traverse (il y avait de cela une éternité, lui semblait-il) pour élaborer un remède aussi complexe que dangereux à réaliser.
Mais lorsque l’on a réussi à brasser correctement du Polynectar dans les toilettes de Mimi Geignarde, concocter une potion de réassociation de la personnalité est un véritable jeu d’enfant.
Les deux adolescents ne s’embarrassèrent pas de scrupules ni de raffinements inutiles : un bon petit Petrificus Totalus suivi d’un léger Orem aperio suffit pour figer Ron, bouche grande ouverte, et permettre à ses amis de lui faire ingurgiter la totalité du remède.
– Ne refaites jamais ça ! s’écria le jeune homme dès qu’il fut libre de ses mouvements.
Harry haussa les épaules sans répondre. Toute cette histoire lui avait laissé un goût amer dans la bouche. Il aurait mille fois préféré goûter au foie de dragon, même cru et sans assaisonnement, plutôt que d’apprendre que les Mangemorts avaient parfaitement ciblé son point faible : sa hantise de l’abandon et l’amitié qui le liait à Ron et Hermione. Il se doutait que ses ennemis ne s’arrêteraient pas en si bon chemin et, faute de pouvoir l’atteindre à Poudlard, chercheraient à l’affaiblir par tous les moyens possibles.
– Comment tu te sens ? demanda-t-il, secouant ses idées noires.
Le rouquin était devenu verdâtre.
– Mon cerveau va bien, mais mon estomac…
Hermione s’apprêtait à lui lancer une nouvelle remarque cinglante, lorsque la porte s’ouvrit à la volée.
– Eh ! s’indigna Ron. C’est ma chambre !
Les jumeaux ne relevèrent même pas et s’assirent à côté des trois adolescents après avoir pris soin de refermer la porte, et même de lancer sur le bois un solide Assurdiato.
– Contents de voir que tu vas mieux, se contenta de dire Fred.
– On a un problème, enchaîna George, le regard grave.
Hermione, Harry et Ron se regardèrent.
– Un problème du genre « Tante Muriel veut vous forcer à faire le ménage chez elle à la brosse à dents parce que vous lui avez lancé un sort de confusion » ou un problème du genre « un psychopathe cherche à détruire le monde sorcier » ? ironisa leur frère, son mal au cœur oublié.
– Je parierais plutôt pour un problème du genre « on a bricolé un truc et ça a mal tourné », je me trompe ? demanda Harry, qui reconnaissait le regard coupable des jumeaux pour l’avoir lui-même lancé vers diverses personnes un certain nombre de fois.
– C’est juste que…
– … c’était tellement tentant…
– … alors on a voulu essayer…
– … et on a été un peu trop efficaces…
– Vous allez cracher le morceau, oui ? s’énerva Hermione.
Bras croisés sur la poitrine, elle n’était pas sans rappeler Mme Weasley dans ses mauvais jours, ce qui fit immédiatement réagir Fred et George :
– On a trouvé qu’un livre qui permettait de passer dans un autre univers, c’était…
– … disons pratique.
– Ne me dites pas que vous avez fait ce que je pense que vous avez fait ? s’étrangla la jeune fille.
Harry et Ron, un peu plus lents, finirent par comprendre ce que signifiaient ces mots.
– Vous avez créé un livre magique.
Ce n’était pas une question, mais une affirmation. Parfois, Harry était sidéré par l’alliance imprévisible de génie et de stupidité qui présidait aux moindres gestes des jumeaux Weasley.
– … Vous avez trouvé absolument fascinant le livre qui a à moitié ensorcelé Ron et manqué nous tuer tous, et vous vous êtes dit que la meilleure idée du monde, ce serait d’étudier les sortilèges qui permettent le passage d’un univers à l’autre, pour que d’autres psychopathes débarquent ici et essayent de nous assassiner ? compléta Harry.
L’air de plus en plus coupable des jumeaux lui fit comprendre qu’il avait parfaitement deviné ce qu’avaient concocté leurs esprits tordus.
– On a essayé une variante, protesta George.
– Oui, on trouve qu’il y a un peu trop de livres par ici, ajouta Fred avec un regard appuyé vers Hermione.
Harry empêcha son amie de se lancer dans la diatribe habituelle Les livres sont nos meilleurs amis, et posa la question suivante en espérant qu’il se trompait :
– Dites-moi que la fascination de votre père pour la technologie moldue n’a pas déteint sur vous et que vous n’avez pas essayé de…
Il s’interrompit, atterré. Ses interlocuteurs avaient baissé la tête comme des gamins de trois ans pris en flagrant délit la main dans le bocal de bonbons.
– C’est un peu de ta faute, Harry, se défendit Fred.
– Oui, tu te souviens de ce… ce film que tu nous as montré l’an dernier ?
Merlin, faites que je rêve, se dit le jeune homme. Faites que je n’aie pas entendu ces mots. Faites qu’ils n’aient pas vraiment fait ça.
– Oui, je me souviens, soupira-t-il.
Bien sûr qu’ils l’avaient vraiment fait. Ces deux-là étaient aussi brillants qu’irresponsables. Et qu’était-ce qu’un écran de télévision, après tout, sinon un passage comme un autre, au même titre que les pages d’un livre ? Ce qui comptait, à la fin, c’était l’ouverture sur la plus formidable dimension qui soit – l’imaginaire.
– Harry… de quoi parlent-ils ? demanda Hermione, visiblement inquiète.
Harry hocha la tête, résigné, et se tourna vers la jeune fille.
– Prête à affronter Dark Vador ?
FIN