Le processus d'écriture : intrigue ou personnages

Salut à tous,

c’est en regardant hier une vidéo tâchant d’expliquer pourquoi la saison 8 de Game of Thrones a déçu que j’ai réalisé qu’elle répondait à un point dont bien évidemment on ne parle jamais entre fanfiqueurs alors qu’on est jusqu’au cou dedans : le processus d’écriture.

Je vois des remarques de membres qui disent qu’ils ne savent pas (comment) écrire, et c’est normal parce que ce n’est pas comme si on l’apprenait à l’école (oui cette remarque est délibérément provoc).

Partons du principe que nous ne parlons pas ici de l’art de la syntaxe (qui est plutôt celui de « savoir faire des phrases fluides ») :smile_cat: ni même de la maîtrise élémentaire de la langue…

Non. Partons du principe que l’on parle du processus qui consiste à savoir comment on fait pour écrire une histoire.

En préambule, si vous patouillez un peu dans la SF – et même si ce n’est pas votre cas – je ne saurais que trop vous recommander VIVEMENT la lecture du texte d’Yves Menard qui est dans l’aide du site : Comment ne pas écrire des histoires (oui ce titre de l’auteur est lui aussi un peu ironique, mais il fait sens une fois qu’on l’a lu en entier). Il vous explique les erreurs en termes de rédaction d’intrigue, les idées trop banales, personnages, les trucs qui tombent à plat, etc. Et constituera en soit déjà pour vous un avant et un après, une fois que vous l’aurez lu.

La vidéo que j’ai regardée parle des erreurs dans l’écriture de la 8e saison de GoT et j’espère que vous ne vous demandez pas ce qu’on veut dire par « écriture » vu que c’est une série TV où il n’y a que des images. :sweat_smile:
L’auteur de la vidéo analyse la déception de certains fans (dont je fais partie) par le changement dans le processus d’écriture de la série qui a basculé d’un pivot principal d’écriture à un autre : les personnages d’abord contre l’intrigue d’abord (mode d’écriture de George Martin / mode d’écriture des showrunners).

LES DEUX MOTEURS POUR ÉCRIRE UNE HISTOIRE

L’intrigue

En gros, on vous aura toujours dit que pour écrire un roman il faut faire un plan, et donc que vous avez dû réfléchir au préalable à des éléments d’intrigue qui vous plaisent et que vous aimeriez bien voir arriver. Votre problème ensuite est de trouver de quoi les relier plus ou moins plausiblement entre eux pour faire une histoire qui se tient.
Vous avez donc très vraisemblablement en tête une succession de scènes où ce qui compte c’est « ce qui va arriver » et comment vous voulez faire ces révélations d’aventures.
Les auteurs qui écrivent de cette façon sont en général extrêmement sensibles aux spoilers puisque tout leur effort porte sur « ce qui va arriver » et hésitent à le « dire » à leur lecteur (alors que normalement ils sont là pour ça).
Dans ce type de rédaction, les personnages sont secondaires et subordonnés à l’intrigue, ils doivent se plier pour rentrer dans ce qu’on a prévu pour eux.

Les personnages

L’autre énorme pivot pour écrire des histoires, ce sont les personnages et leur caractérisation. Il y a un vieil adage qui dit : donnez moi un caractère et vous aurez un destin. Dans ce type d’écriture, produite plus au fil de l’eau, l’auteur est inspiré par le vécu ou la psychologie des personnages qu’il a passé un certain temps à mettre en place et à rendre cohérents et plausibles. Il est intéressé par la façon dont le personnage va réagir aux situations. Et ce ne sont plus des aventures qui arrivent aux personnages mais des personnages qui arrivent aux aventures (j’espère que je ne suis pas trop subtile).

George Martin écrit ainsi : dans ses livres les personnages sont cohérents et « suivent leur propre ligne » qui dépend de leur vécu, de leur passé, de leur caractère et chaque élément de leur futur trouve son explication dans leurs actes antérieurs. Or depuis la saison 6-7, on ne suit plus ses bouquins du tout…
Le défaut de cette méthode d’écriture centrée sur les personnages est que si on ne veille pas à fournir néanmoins une intrigue suffisante, l’histoire peut s’enliser dans des marécages bourbeux dont elle sort difficilement et la fin n’arrive jamais (ahem…).
L’intrigue d’abord apporte de la nervosité et un fil directeur.
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Chaque auteur a donc naturellement une prédilection pour un type d’écriture centrée, soit autour d’une intrigue (quitte à ce qu’elle soit totalement inadaptée aux personnages et qu’ils aient l’air de marionnettes OOC dedans) soit autour des personnages qu’on veut voir continuer à vivre. Idéalement les fans veulent que les personnages soient fidèles et leurs « nouvelles aventures » resteront cohérentes si leur personnalité de base est respectée.

Ex dans GoT : C’est Peter Dinklage (Tyrion Lannister) qui a fait la remarque qui m’est venue en premier : pourquoi flanquer dans une crypte pleine de cadavres, les femmes et les enfants les plus fragiles à protéger, alors que l’ennemi qu’ils ont à combattre est capable de relever les morts d’un geste ? Une crypte c’est plein de morts !!! Est-ce que c’est pas complètement crétin ? Et comment un personnage intelligent peut-il proposer cela et ne pas en tirer les conséquences évidentes ?
Et bien, il le peut dans une histoire drivée par un scénario et dont l’ambition est de faire de l’image à grand spectacle. Et tant pis s’il a l’air ■■■-■■■.

Parenthèse. Vous remarquerez que plus votre personnage préféré est intelligent, plus vous le limiterez fatalement à votre propre intelligence (plutôt que la sienne). Privilégiez donc les scénarios minutieusement prévus pour limiter la casse…

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Donc dans vos fics, l’idéal est bien sûr d’avoir des idées de scénario ou de scènes (ou des idées pour les amener, les traiter, voire des idées de dialogues que vous tenez absolument à caser parce que ça claque), mais demandez-vous toujours si ça ne va pas un peu détruire la fidélité du personnage en lui faisant faire des trucs totalement non plausibles (qui peuvent énerver salement les fans), voici votre challenge d’auteur. :smile:

Série ou film : pas le même combat ?

Notez aussi qu’il y a ce genre de problème uniquement quand on se trouve en présence d’une série TV, ou BD, ou une série littéraire donc avec des personnages récurrents.

Comparez avec un film de cinéma (qui ne serait ni une préquelle, ni un remake, ni une adaptation…) il est remarquablement banal de trouver des productions qui misent tout sur une succession d’images fortes qui anesthésient pudiquement la « simplicité » du scénar et tâchent de faire oublier que les persos sont fades et déjà vus.
Mais en même temps, quand on a deux heures, on ne peut pas « faire des miracles » (c’est ce que se disent tous ceux qui rendent leur copie en ce moment, pas vrai ? :stuck_out_tongue_closed_eyes:)

Les fans de séries « au long cours » qui ont massivement investi la psychologie des personnages, qui ont vu des épisodes entiers consacrés juste au développement d’un élément de leur passé, sont souvent frustrés de devoir revenir à une « conception plus cinématographique » qui insiste sur le fait qu’on « n’a pas le temps » pour les persos (terme consacré : c’est trop « rushé ») et qu’on n’a que celui de faire des effets spéciaux de la mort, qui sont beaux… mais qui sont creux.

Et vous quel est votre process d’écriture préféré ?


La vidéo sur GoT s8 qui m’a inspiré ce post.

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Et vous quel est votre process d’écriture préféré ?

A mon avis, ma réponse n’étonnera pas grand-monde : les personnages ! Passer du temps avec eux est mon plus grand plaisir dans l’écriture d’ailleurs.

En tout cas merci pour ce billet très pertinent !

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C’est vrai que ça, c’est très ballot !!

Le scénariste qui a proposé cette scène doit avoir eu, au moment de son écriture, une panne de cerveau monstrueuse !! Ou alors, il est plus c** qu’un manche à balai sans balai …

Par contre, l’inverse est vrai aussi, et peut avoir des conséquences encore plus agaçantes pour un fan : un personnage connu pour sa bêtise devient soudain un véritable génie parce qu’inconsciemment, vous ne voulez pas qu’il soit un crétin fini (à moins de lui avoir fait “boire une potion d’intelligence” pour expliquer la transformation de l’idiot de service en clone d’Einstein et de le faire redevenir bête à la fin de votre histoire).

Sur un OS, faire agir un personnage canon en mode OOC peut m’arriver … sur des “détails”.
Sur une fic longue, j’évite de le faire, sauf si je tiens absolument à développer le background d’un personnage, souvent le méchant, en réfléchissant au “pourquoi il est devenu ce qu’il est alors qu’à l’origine, il était “normal et gentil” et aurait, éventuellement, pu devenir ami avec le protagoniste”.

J’ai comme une impression que tu parles de toi et de moi en parlant de fans “qui ont vu des épisodes entiers consacrés juste au développement” du passé d’un des personnages et qui sont “souvent frustrés de devoir revenir à une ‘conception plus cinématographique’ qui insiste sur le fait qu’on ‘n’a pas le temps’ pour les persos”…


Personnellement j’ai remarqué que mon processus d’écriture dépend souvent de la longueur de ma fic

  • Pour écrire un OS, j’ai souvent tendance à réfléchir en priorité en termes de personnages.

  • Pour écrire une fic “longue” (plus de 10 chapitres), au contraire, j’ai souvent tendance à m’appesantir sur l’intrigue avec tous ses développements (sauf quand une histoire me poppe “toute crue” dans le cerveau). Ensuite, je vais réfléchir à quels types de personnages vont m’être nécessaires pour “résoudre” l’histoire (un ange noir chrono-kinésiste ? un survivant (hum) de crash d’avion ? un “monstre” gentil orange et son cousin tout vert ? un petit robot rouge amateur de “petits clous” ? une orpheline blonde longtemps à la recherche de son “Prince des Collines” ? …). Quitte à transformer ma fic en un crossover improbable, avec des univers officiellement incompatibles comme Candy (dont l’histoire se déroule en majorité sur les 20 premières années du 20ème siècle aux USA et en Europe) et Ulysse 31, (qui se passe au 31ème siècle, dans l’espace).
    Ne pas imaginer Alistair en train de vouloir déboulonner Nono ! … Oups, trop tard !! :sweat_smile: :rofl:

  • Pour une fic de longueur moyenne (3 à 9 chapitres), là où je suis le plus à l’aise dans mon écriture, c’est souvent un mélange d’intrigue et de personnages.
    Par exemple, pour ma fic SPN L’ange en éclats, l’idée de départ a été "Mais qu’est-il arrivé à Castiel entre les épisodes 7.17 et 7.21 ?" Cette question m’imposait :

    • la présence de 2 personnages de la série : Castiel et Meg, puisque à la fin du 7.17, Meg reste pour veiller sur Castiel et qu’elle est encore présente à ses côtés au début du 7.21,
    • la quasi absence des frères Winchester dans ma fic (ils sont “présents” dans un prochain chapitre …).
    • Une limite temporelle entre le début et la fin de mon histoire (ma fic ne peut pas durer plus de temps que celui correspondant aux épisodes 7.18, 7.19 et 7.20 réunis) pour que les personnages du canon puissent retrouver leur vie telle qu’elle est au début de l’épisode 7.21 de SPN.

Mais, vu que Castiel et Meg ne sont pas “coincés sur une île déserte”, il me fallait aussi d’autres personnages : mon OC et les personnages secondaires.

J’ai toujours des OC parmi mes personnages, mais si un OC est un personnage principal, il sera souvent lié à un des personnages canons (d’une façon ou d’une autre), voire à plusieurs, de manière à l’ancrer dans la réalité de l’univers décrit : Melissa a un point commun avec les Winchester (spoiler pour ceux qui n’ont pas lu la fic), et connaît Castiel (le “comment” étant indirectement lié au spoiler “point commun avec les Winchester”).
Comme je ne crée jamais plus d’un “OC principal” par fandom, mes autres OC du fandom ne seront pas spécialement développés (pour eux, ça se résume souvent à “nom, prénom, âge, profession et rôle dans l’histoire”).

Quand j’ai choisi et créé mes personnages et mes OC, je m’intéresse à l’intrigue de mon histoire et je commence mon plan de fic, “pitché” par chapitre. C’est ce qui va me servir de “seconde bible” (la “première” étant celle de la série/du livre/du film) pour écrire mon histoire sans perdre le fil et sans trop trahir le canon (personnages canons inclus).

Pour L’ange en éclats, ça donne quelque chose comme ça :

  • Chapitre 1 : 2 paragraphes en mode “rappel des épisodes précédents de SPN” +
    Le lendemain de son arrivée, Castiel participe à un groupe de parole. Persos présents au groupe : Castiel, Meg, 1 médecin, 1 infirmier et 8 patients dont Linda, Mary et Melissa. Autres persos du chapitre : 1 patient (silencieux) et 1 aide-soignant.

  • Chapitre 2 : Il se passe ça et ça [spoilers !]. Liste des persos du chapitre 2

  • Chapitre 3 : Il se passe ça et ça [spoilers !]. Liste des persos du chapitre 3

  • Chapitre 4 : Il se passe ça et ça [spoilers !]. Liste des persos du chapitre 4

  • etc.

Je note aussi, parfois, quelques éléments supplémentaires comme des répliques ou des situations (souvent cocasses) à placer dans la fic, en indiquant éventuellement le chapitre.

Donc, en résumé, même si je m’intéresse énormément à ce que “mes” personnages ont vécu et à ce qu’ils vont vivre dans mes fics, j’aime aussi travailler mes intrigues et les rendre suffisamment complexes pour donner une raison/une possibilité d’évoluer aux personnages tout en évitant de les rendre trop différents de ce qu’ils sont sensés être à la fin de ma fic, quand mon histoire doit raccrocher les wagons avec le canon. Si je ne peux pas le faire, alors je commence l’histoire dans un univers alternatif déjà différencié du canon en rendant cela clair dès le début.

… En tout cas, désolée pour le pavé ! :face_with_hand_over_mouth:

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Oh il est certain que j’ai des préférences en tant qu’auteur / lectrice et spectatrice.

Mais sur ce qui peut influencer le processus d’écriture des fanfiqueurs, je ne serais pas surprise non plus de découvrir que, de même que les amateurs de séries trouvent ‘‘naturel’’ de faire avancer leur narration via du dialogue et peu de descriptions :innocent:, de même les amateurs de jeux vidéos pourraient bien se laisser influencer par le mode de jeu qui tiendrait peut-être les rennes d’un type de narration d’intrigue (relié à un type d’actions possibles)…

Je ne suis pas assez impliquée dans les jeux pour avoir une meilleure opinion là dessus. :slight_smile:

Par contre, lorsque j’ai fait des recherches pour écrire l’article sur le pitch, j’ai bien vu que deux méthodes étaient proposées (pour deux types d’audience ?) : celle qui décrit l’intrigue et celle qui part du personnage… (Cf le passage sur The Imitation Game).

Il m’est du reste arrivé d’abandonner une fic de 15 chapitres que je trouvais ‘‘insauvable’’ pour scénario trop complexe. C’était faux.
En réalité quand il a justement été question à la prelecture de réécrire le tout completement d’un point de vue purement action / intrigue – ce qui simplifiait en effet mais en reniant tous mes objectifs et motivation d’écriture (le développement de personnages et leurs réactions, choix, décisions), j’ai bloqué deux fois pire et abandonné comme un vrai soulagement.

Donc oui, je crois qu’il est important pour un auteur de comprendre et bien connaître quels sont les procédés d’écriture, et ceux avec lesquels il est en affinité, ce qui lui permet d’écrire quelque chose de satifaisant pour lui. :smiley:

Je vois tous les mois des messages d’auteur sur le site, qui réécrivent leurs histoires (ou veulent le faire). Il n’y a donc pas que les coms de lecteurs en jeu.
Pouvoir identifier clairement soi-même un problème structurel dans une fic, c’est quand même un atout !

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L’intrigue. J’ai des histoires à raconter.
(même si à mon avis, ce n’est pas le mot juste pour dire “ce n’est jamais le personnage qui m’intéresse”)

  1. c’est pour ça que j’écris des fanfics : parce que ça me donne des personnages clé en main que je n’ai ni à construire, ni à décrire.
  2. c’est pour ça que je n’ai jamais vraiment réussi à lire des fanfics (et que j’ai arrêté) : parce que dans 99% des cas, elles essaient de se vendre par le biais de leurs personnages. Et que malgré tous mes efforts, ça ne m’intéresse pas.
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Super intéressant comme sujet, merci de me l’avoir partagé @OldGirlNoraArlani! Donc oui clairement, c’est la psychologie des personnages qui m’intéresse, les évènements de leurs vies et leurs conséquences sur leur construction ainsi que ce qu’il se passe quand ces personnages se rencontrent entre eux. Pour mon récit en cours je travaille sur 3 lignes : la construction de chacun de mes personnages et les conséquences pour l’un et l’autre de leur rencontre. J’ai en toile de fond l’idée de voir les conséquences de leur rencontre sur leur monde par la suite mais je ne sais pas encore comment ça va s’exprimer…

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Je pense être de ceux qui écrivent par l’intrigue. Y a cas voir mes deux derniers OS.
Highlander au moment juste après l’avoir présenté sur le forum je me suis dit « Flûte j’ai pas développé les sentiments ni rien, y a que de l’action. » Ca n’a pas loupé dans les commentaires :smile:
C’est ma faute j’ai tendance à la précipitation.
C’elle avec gumball aussi est très action mais ça va y a du sentiment qui traine par ci par là.
Ma fic sur Zelda est peut être un bon mixe entre intrigue et personnage, à voir avec @BakApple si elle est d’accord ou non.
Mais le principe de la fanfic pousse à l’intrigue puisque les personnages sont déjà établies. Faire du personnage c’est un chemin d’écriture je pense plus complexe.

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Si tu crée des OC, et que tu veux les rendre vraisemblables, par exemple si ce sont les protagonistes de ton histoire, il faut aussi bien réfléchir à eux et à leur développement. Si l’intrigue est géniale, mais que le personnage principal OC est un peu délaissé dans son développement, je doute que ça plaise beaucoup… Mais je peux me tromper !

Sans vouloir te mentir, ça fait un bail que je l’ai lue, je ne saurai trop te dire si c’est le cas ou non… :sweat_smile: Mais je me souviens qu’il y avait un vrai travail de développement assez cool ! :slight_smile:

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Je fais partie de la team « personnages », pour ma part, que ce soit en fanfiction ou dans mes récits originaux. Ce qui m’intéresse dans la fanfiction, c’est avant tout d’exposer le personnage à une situation donnée et, en partant de ce qu’on sait de lui dans l’oeuvre originale, de broder sur la façon dont il y réagirait. Bon, j’aime aussi et surtout les tordre dans tous les sens, en m’arrêtant juste au moment où je vais les casser, mais ça, c’est parce que je suis méchante :stuck_out_tongue:

Je crois que le meilleur moyen de me désintéresser tout de suite d’une oeuvre, c’est en me la pitchant uniquement par l’intrigue. Ah, y a des batailles, une quête épique, plein d’action et de rebondissements cocasses ? Nickel, c’est tout ce que je déteste. Je crois que c’est pour ça que j’ai du mal avec énormément de la littérature de genre qui sort en ce moment. On mise tout sur une intrigue à base de plot twists et de cliffhanger pour pousser à acheter le tome suivant, on vend les bouquins comme on vend une série TV. Et j’ai l’impression que c’est preque acté que « Fantasy » ou « Science-fiction » veut dire dans la tête des gens « un récit avant tout poussé par une intrigue complexe et puis les personnages, bon, on les développe parce qu’il faut mais clairement, faut pas chercher trop loin non plus ». Alors qu’en vrai, il y a moyen de créer des récits de genre basés sur les personnages. J’en tiens pour preuve mon roman de SF préféré : Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes. L’intrigue tient sur la tranche d’une feuille de PQ, mais c’est sans conteste le meilleur roman de SF que j’aie lu.

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Bon ben ce que j’ai commencé à écrire en fantasy est susceptible de te plaire alors parce que le cœur ce sont clairement les personnages…

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Et pour en rester à la question initiale :

  • est-ce que tu penses que Keyes a commencé par créer Charlie, son caractère et son entourage, puis s’est dit « bon maintenant qu’est-ce que je peux lui balancer sur le coin du museau, oh tiens si je le mettais comme cobaye d’une expérimentation pour devenir plus intelligent » ? (processus de création par les personnages)
  • ou bien qu’il a commencé par se demander ce qui se passerait si on disposait d’un procédé pour rendre plus intelligent « on pourrait d’abord l’expérimenter sur des souris puis sur des humains, et il y aurait des ennuis, bien sûr », puis il a créé Charlie ? (processus de création par l’intrigue)

J’ai tendance à pencher pour la deuxième option.
Avec les remarques suivantes :

  • ce n’est pas parce que tu crées par l’intrigue que ton intrigue va forcément être épique et alambiquée ;
  • ce n’est pas parce que le résultat perçu par les lecteurs est basé sur les personnages que l’auteur a forcément créé le texte via les personnages (et à l’objection « c’est bien beau mais on ne sait pas comment Keyes a créé Algernon », tu peux toujours demander à @OldGirlNoraArlani de te parler de mes textes - ce à quoi je pourrai répondre qu’il doit en réalité s’agir des textes de quelqu’un d’autre, parce que ce n’est clairement pas ce que j’écris)
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Je dirais que je ne vois pas vraiment le rapport. Evidemment qu’on ne créé pas un personnage comme ça, dans le rien et sans savoir ce qu’on va en faire. L’intrigue doit servir le personnage et vice-versa. La différence réside dans le résultat qu’on attend. Je ne suis pas dans la tête de Keyes (même si j’aimerais bien, vu le talent du bonhomme) mais au vu du résultat final, ça ressemble beaucoup plus à la première solution pour moi. Pas tout à fait de la façon dont tu l’as décrit mais plus dans une idée : « Bon, je veux écrire une histoire où un personnage « limité » va devenir plus intelligent et en souffrir » et ensuite, il a brodé l’histoire autour. C’est comme ça que je travaille, personnellement. Je pars d’une envie de parler d’un personnage qui traverse ci ou ça et ensuite, j’essaie de broder un contexte autour qui sert le propos et qui donne au personnage les épreuves dont il a besoin.

Ecrire en partant d’un personnage, contrairement à ce que tu décris, ce n’est pas comme faire une fiche perso sur un jdr et se dire « bon, qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire maintenant ? ». C’est avoir une idée claire du conflit principal d’un personnage et ensuite de créer tout le contexte autour (dont l’entourage). C’est partir de la fameuse « chambre noire » (l’élément du personnage qui résume toute son essence, tout son conflit mais qui n’est jamais mentionné explicitement dans le texte en lui-même) et contruire la maison tout autour ensuite pour qu’on devine cette chambre noire. Ca n’a rien à voir avec : « Bon, voilà, j’ai mon personnage, c’est Jean-Edouard Pichon, il a trente-quatre ans, il est astygmate et il aime bien les carottes rapées, qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter sur lui ? »

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Je ne pense pas avoir dit quelque part que l’approche « par les personnages » impliquait de créer « dans le rien », mais effectivement ce que tu appelles « chambre noire » je l’ai nommé « caractère ».
C’est clair que si tu crées une coquille vide ça ne va pas mener bien loin, carottes râpées ou non. Ou que si tu n’as pas de « conflit principal » ou de « thématique principale » (ou de colonne vertébrale, ou quel que soit le nom que l’on peut donner au machin qui sous-tend le texte), ça n’ira pas très loin non plus.
Mais bref.
Non, le point d’intérêt dans tout ça, c’est de noter la différence d’approche entre le

… et le « j’ai le conflit principal et le contexte, et ensuite je crée le personnage ».

Puis de constater que le résultat est le même.

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Je vois ce que tu veux dire. Mais pour moi, « créer par l’intrigue », c’est :

  • Bon, on dit qu’il y aurait un meurtre et puis en fait, le coupable, c’est Bidule, qui l’a fait avec le chandelier dans la salle à manger parce que Machin lui avait piqué sa copine. Et du coup les inspecteurs, dont un qui aurait un problème de bouteille, vont faire ci et ça pour trouver le coupable. Et dans le lot, l’alcoolisme de Inspecteur Truc lui permettrait de trouver tel indice parce qu’il partirait boire en cachette, etc

Tandis que « créer par les personnages », ça ressemblerait plus à :

  • Bon, j’aimerais écrire une histoire qui parle d’un personnage avec un problème d’addiction. Il faudrait le placer dans un contexte où ça le mettrait en difficulté. Tiens, on a qu’à dire une enquête pour meurtre, ce serait un enquêteur. Et à un moment du récit, il arrive à trouver un indice clé, ce qui le pousse à croire que son problème n’en est pas tant que ça finalement, etc.

Dans le premier exemple, on part d’abord de l’envie d’écrire sur une situation. On invente les tenants et les aboutissants en premier. Les personnages servent l’intrigue et leurs caractéristiques sont interchangeables. Par exemple, au lieu d’un enquêteur alcoolique, on peut remplacer par un inspecteur têtu qui n’écoute jamais rien et qui trouve quand même les solutions malgré ça. Tandis que dans le deuxième exemple, c’est la situation qui est interchangeable. On aurait pu finalement dire que c’était Trucmuche le coupable, avec la corde dans la buandrie que ça ne changeait rien au projet de départ.

Comme tu dis, si on demande à deux auteurs d’écrire sur ces deux bases, on va sans doute se retrouver avec des scénarios qui, sur le papier, reviennent au même : il y a eu un meurtre et le personnage de l’inspecteur doit le résoudre. Cela dit, dans les faits, comme l’auteur aura plus mis l’accent dans sa construction du récit sur un aspect ou un autre (personnage ou intrigue, donc) les deux récits n’auront sans doute pas les mêmes enjeux au final, l’un étant « Mais qui est donc le tueur ? » et l’autre « Comment va évoluer l’inspecteur au cours de cette enquête ? ». Ce sont de petites différences, je te l’accorde, mais qui justement peuvent faire toute la différence quand on voit le résultat final.

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Ah bah non !!! Pas petites !
Et je ne crois pas que ça revienne vraiment au même !
Prenons le cas d’une série avec un enquêteur appelé Sherlock.
Seul le premier épisode / tome pourrait faire passer l’intrigue en premier, pour nous permettre de le découvrir à l’action.

Mais après, c’est l’enquêteur que l’on suit et qui nous importe, et les enquêtes ne sont que le faire-valoir de sa sagacité. On s’en ■■■■ un peu à la limite, en tant que lecteur. Sauf que dans le cas de cet oiseau-là, l’auteur s’en fiche moins, parce que plus les enquêtes seront faciles, moins son perso aura l’air intelligent…

Pour faire passer l’intrigue avant, dans une série et sans le fil conducteur, c’est une émission à thème. « Les grands mystères de l’univers » présentés par Jean-Noale Poisson. Et jamais résolus justement parce que Sherlock n’était pas dispo.
Collons-le sur la construction des pyramides ! La disparition de l’Atlantide ! Les survols d’extra-terrestres ! (Ah non, il devrait mentir sur son origine…). Vous allez voir que ça serait réglé une bonne fois !
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Il doit sans doute exister des intrigues et des scénarios qui valent pour eux-mêmes et où finalement peu importe qui en sont les protagonistes.

Par exemple le naufrage du Titanic. Là, l’intrigue ou l’événement est ce qu’on retient.
Ou l’explosion du Vésuve à Pompéi.
On peut mettre n’importe quel OC là dedans (et bien des réalisateurs de téléfilms ne s’en sont pas privés) : au final, on ne retient pas les personnages, ils ne sont pas importants ou tout au moins secondaires.

Si tu veux renverser la vapeur pour éviter le flop, et passer du documentaire oué bof à la romance tragique que personne n’a oubliée, faut placer le curseur ailleurs, mettre les persos devant et faire reculer le paquebot et l’iceberg en second rôles.
Parce que c’est dur pour un spectateur de s’identifier ou de se projeter dans un iceberg, il faut être honnête. :smiley:

Pour le Titanic, il y a un avant JC et un après JC. :grin: Toutes celles qui écrivent des romances historiques l’ont bien compris.
Au niveau du Vésuve, on attend toujours, mais ça viendra.

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Accord dans les grandes lignes, avec les précisions suivantes :

  • l’enjeu principal de construction de l’option 1 n’est pas « résoudre le meurtre », mais « comment résoudre le meurtre ». C’est avec le « comment » que tu vas élaborer tout le squelette de l’intrigue et que cette histoire-là ne sera pas une autre histoire.
    Donc « comment résoudre le meurtre -> par l’addiction » (et non pas « par obstination », « par négligence » ou « par amour »)
    En parallèle pour l’option 2, la base de construction n’est pas « et à la fin je gère mon alcoolisme », mais « comment résoudre l’addiction -> par le meurtre » (et non pas « par le patin à glace » ou « par un voyage temporel »).

  • la perception des enjeux par le lecteur ne dépend pas du mode de construction.

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Oui, je vois ce que tu veux dire. De toute maière, le personnage ne peut exister sans l’intrigue et vice-versa. On va toujours construire les deux en parallèle pour que tout tienne bien la route et soit cohérent. La différence principale réside dans le fait de savoir si ce sont plus les personnages qui servent l’intrigue ou l’intrigue qui sert les personnages. Là, une fois encore, dans la plupart des histoires (des bonnes histoires), c’est un peu les deux, mais c’est rarement du 50/50, il y en a forcément un qui va un peu prendre le pas sur l’autre (et tant mieux).

Là on ne sera pas d’accord, je pense, c’est sur cette question de perception. A mon sens, si, ton mode de construction va forcément faire pencher la perception du lecteur d’un côté ou de l’autre, parce que commencer par imaginer une intrigue ou commencer par imaginer un personnage, ça ne donne pas du tout le même résultat final, parce que l’auteur en choisissant telle ou telle manière de fonctionner, va mettre l’accent sur l’un ou sur l’autre, même subtilement. En lisant un récit avec un oeil « neutre » et en cherchant avant tout à analyser le texte, je trouve que l’intention et la méthode de création de l’auteur peut se deviner dans la plupart des cas (bon, mes profs de litté me hurleraient que l’intention de l’auteur, on s’en cogne, mais comme ils ne sont pas là pour lire mes bêtises, on va dire qu’on a rien vu :p)

Après, dans les faits, c’est toujours une question délicate, la perception des lecteurs, parce que les lecteurs aiment bien voir midi à leur porte et sont rarement des lecteurs analytiques (ce n’est d’ailleurs pas le but). Si le lecteur recherche avant tout une intrigue, il va se concentrer dessus avant tout et passer complètement à côté de l’aspect « étude de caractère » et inversement. J’en suis un peu coupable moi-même à vrai dire, je me focalise tellement sur les personnages (et surtout les relations inter-personnages) dans les oeuvres que je passe souvent complètement à côté de l’intrigue. C’est là où je trouve que la fanfiction trouve son vrai potentiel, parce qu’on a déjà toute une intrigue déjà sous la main, et qu’on peut du coup se permettre de creuser à fond les personnages, particulièrement dans une direction que l’intrigue de base ne permettait pas.

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Oui en effet, on n’est pas d’accord. Parce que je sais quand même comment je construis ce que j’écris, et que je vois bien comment c’est perçu.
La surinterprétation c’est extrêmement déstabilisant, soit dit en passant.

Mais bon, de toute façon pour moi le vrai potentiel de la fanfiction, c’est en premier lieu de pouvoir construire des intrigues et des décors (même si à présent je construis aussi les personnages, parce qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même).

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la perception des enjeux par le lecteur ne dépend pas du mode de construction.

je sais quand même comment je construis ce que j’écris, et que je vois bien comment c’est perçu.
La surinterprétation c’est extrêmement déstabilisant, soit dit en passant.

Moi, je veux bien être arrangeante et ne plus exprimer mon appréciation subjective de lectrice pro-personnage sur des textes que tu n’as pas écrits comme je les lis.

A tout prendre, je préférerais faire plaisir à un auteur qui serait bien content de lire que cela me plait – Je fais le pari présomptueux… qu’il y en aurait – :smiley: plutôt que de générer de l’embarras.

Allez promis, je signe à la LPO, plus un mot sur le pélican !

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J’ai pas mal le même problème, je l’admets. Je focalise avant tout ma narration sur les personnages et les lecteurs vont venir parfois (souvent) faire des remarques sur l’intrigue, ce qui est souvent assez frustrant. Je crois que c’est un peu comme l’éternel débat entre les cheveux bouclés et les cheveux lisses : ceux qui ont l’un voudraient l’autre et vice-versa :joy:

(Au passage, si les lecteurs qui surinterprêtent tout te destabilisent, je me ferais une joie de te les récupérer, ce sont mes préférés, ceux-là :p)

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