Comment construire un personnage?

@drumthis nous a pointé, dans un autre fil de discussion, une collection remarquable :

Merci beaucoup Drumthis, cette collection semble une véritable mine !

Ces guides couvrent une large palette des difficultés s’imposant aux auteurs : décrire des paysages, approfondir des personnages, etc. Evidemment ils sont écrits en anglais, ce qui relativise l’intérêt de chaque volet. Par exemple, les sections présentant des gammes de vocabulaire descriptif ne seront probablement pas le premier choix de l’auteur francophone !

Je viens de lire le descriptif d’un volet consacré aux personnages - mais ce n’est pas le seul - : « Character Arc Progression Tool », qui présente des outils pour maîtriser l’analyse des personnages en pleine transformation psychologique. Je trouve ce travail fascinant cette modélisation de personnage, qui rappelle les fiches de personnages et scénarios de mes bons vieux Jeux de rôle :

  • Motivation externe : les objectifs du personnage au regard des autres, de la société, affichés ou non. Les leviers du scenarios qu’elle-ou il- actionne pour atteindre ses buts personnels.
  • Motivation interne : La pyramide de Maslow appliquée au personnages (besoins physiologiques, de sécurité, d’appartenance et d’amour, de reconnaissance, de réalisation)
  • Conflit externe : les éléments extérieurs qui s’opposent à la réalisation des motivations externes (rivalités, pesanteur sociale, contexte de crise, etc.)
  • Conflit intérieur : les difficultés personnelles qui entravent l’accomplissement de la motivation extérieure (doutes, dilemmes, tentations, défauts, etc.)
  • "Le mensonge": cette croyance à laquelle s’accroche le personnage, bien qu’elle soit erronée, excessive ou destructrice.
  • La blessure : ce qui a construit le personnage - ses réticences, ses tabous, ses peurs et incapacités, etc.
  • Resolution : pistes, circonstances ou étapes permettant au personnage de sortir du conflit, ce qu’il apprend et ce vers quoi il tend ensuite.

Du petit lait pour autrices appliquées à soigner les fêlures de leurs « bébés » !

Personnellement, j’utilise un cadre de conception plus rudimentaire, en décrivant chaque perso inventé via les quelques caractéristiques suivantes :

  • Points marquants du passé : ex. ce médecin a perdu son épouse et s’estime responsable de n’avoir su soigner sa maladie
  • Motivations, ambitions, peurs et inhibitions : Ex. incapable de dépasser sa culpabilité et de nouer des relations gratifiantes, par peur de faillir à nouveau. A sombré dans l’alcoolisme.
  • Etat d’esprit avant la crise : Ex. S’est trouvé des compagnons de beuveries qui lui donnent l’impression de n’être pas encore tombé au plus bas.
  • Réaction à la crise : Ex. Crise du coronavirus, il se trouve bloqué avec des patients à risque dont il doit s’occuper. Il retrouve une énergie et profite de sa rigueur d’organisation des mesures de confinement, pour couper avec l’alcool, inconsciemment d’abord, puis…
  • Conséquence ultérieure et résolution : Ex. Il rencontre une femme qui s’avère infectée. Ils se marient juste avant qu’elle ne meure. Malgré son chagrin, il est sûr d’avoir fait tout ce qu’il a pu.
  • Anecdote alternative/Relance : Ex. Il découvre plus tard que son alcool préféré aurait pu la sauver !

Dès lors que plusieurs personnages doivent traverser plusieurs chapitres et s’adapter à une situation changeante, cette rigueur un peu contraignante m’est devenue nécessaire.
Les incohérences que je laisse subsister du fait de la conception incomplète d’un personnage, se payent assez tard, et donc très cher, en fin de roman…

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Quelles limites ?
Il reste que ces analyses sont basées sur la psychologie humaine. Déesses et Dieux merci, nos auteurs ont inventé l’heroic fantasy :mage: et la science fiction :flight_departure: pour nous sortir de ce cadre strictement humain, trop contraignant ! Les nains, les elfes et les vulcains doivent tenter d’échapper à ce cadre. Non ?

Cette rigueur un peu mécanique n’est-elle pas un frein à la création baroque, aux traverses contre-académiques, ou tout simplement au plaisir d’écrire au fil de la plume ?
Votre avis ?

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Personnellement je ne trouve pas que le fait d’écrire un humain empêche réellement de faire quelques fantaisies, mais après peut-être que j’ai lu trop de mangas qui partent un peu en vrille xd On peut trouver des créations originales, hors du commun même parmi des personnages appartenant à l’espèce humaine. Là tout de suite j’ai pas d’exemple qui me vient en tête, malheureusement.
Après oui écrire un personnage d’une autre race offre d’autres possibilités, d’autres pistes à creuser intéressantes comme tout.

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Très intéressante discussion (et très intéressantes ressources, merci @drumthis et @ChiaraCadrich !!!)…

Il y a pour moi une nette différence entre les personnages de fanfiction et les personnages de roman « original ». Pour un personnage de fanfic, même si on a très envie d’en faire sa créature, il demeure assujetti à un fandom et possède donc des caractéristiques qu’on ne peut pas totalement mettre au feu. Ce qui m’intéresse dans une fanfic, ce sera souvent d’expliquer pourquoi tel personnage a tel comportement, en créant / inférant du canon des motivations et conflits (le plus souvent intérieurs), des blessures anciennes et des « mensonges » (très intéressante notion).

En revanche, pour un personnage « créé de toutes pièces », il faut non seulement créer le passé de ce personnage mais également tout ce qui en découle (son caractère, etc…), ce que je trouve extrêmement difficile. Je me fais des « fiches perso » comme pour un jeu de rôle (eh, on ne se refait pas) et je rajoute les détails au fur et à mesure. Le personnage va s’étoffer en fonction des circonstances et, parfois, radicalement changer de comportement et de caractère en fonction de l’histoire. Ainsi, sur la fiche d’un de mes personnages principaux, j’avais noté « extravertie et très sensible », mais il m’a semblé plus intéressant dans l’histoire de lui créer une « façade » plus neutre et froide qui dissimule (assez efficacement) les sentiments violents qu’elle peut ressentir.

Exactement. Surtout les elfes et les Vulcains (les nains m’ont toujours semblé très « humains », mais ce n’est pas le peuple que je connais le mieux en Terre du Milieu). J’adore l’idée que certains personnages ne répondent pas à certains critères psychologiques qui sont les nôtres et même ne peuvent être totalement compris par les humains. Notamment que les relations qu’ils tissent avec ces derniers comportent une part totalement inhumaine, justement. C’est le cas chez les elfes, à mon sens, et chez Spock (je ne vais pas généraliser en disant « les Vulcains » puisque je connais mal le reste de la franchise), et probablement pour certains super-héros ou autres personnages qui sortent de l’humanité. Je trouve ça fascinant. Pas les super-pouvoirs ou les trucs exceptionnels que peuvent faire ces personnages, mais juste le fait qu’on (les autres personnages mais également nous autres auteurs) ne pourra jamais les comprendre totalement…

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Je suis bien d’accord, rien n’oblige à respecter une méthode, ou d’y déroger, puisque l’auteur est à la barre !
Je suppose que toute méthode comporte un risque inhérent d’emprisonner dans son cadre. Mais j’imagine que même la fantaisie doit se plier… à une certaine cohérence.

Par exemple, pour un personnage hors-norme façon, mettons, un artiste peintre, il peut avoir une facette publique, artistique et extravagante, mais qui doit demeurer assez constamment extravagante et se renouveler dans ses piques de génie. La facette privée peut, elle, s’avérer d’un tout autre ordre - égoïsme, exigence, angoisse créatrice, etc. - mais dont les contrastes et les complémentarités avec la première facette sont calibrés… avec constance.

Mais admettons, donnons au personnage une certaine capacité de variantes, une humeur changeante. C’est plus drôle mais plus complexe à gérer : au final ce brave personnage peut se trouver enrichi de ce que les lecteurs confiants qualifieront de « profondeur », de « complexité », de « finesse »,… ou l’écarteront comme un muffin pas cuit. :falafel:

Reste la fantaisie inattendue, l’exception de comportement, le coup de sang inexplicable, le grain de sable unique dans la routine la mieux huilée. ça pourrait presque être le pitch d’un conte philosophique, non ? :clown_face:

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En quelque sorte, « déconstruire » le personnage dans son jus de fandom à l’aide de la méthode, puis de s’appuyer sur les trous ainsi repérés, pour les compléter de façon inventive mais cohérente ?

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C’est ça que je trouve fascinant chez les elfes : essayer d’illustrer ce que nous autres humains ne pourrons jamais complètement capter.
C’est un peu faire l’anthropologue que de traquer l’altérité inconcevable, dans une espèce imaginaire !

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Une fiche personnage n’est pas inutile en fanfiction !
Pourquoi parlerait-on de personnages OOC, sinon ?
Sauf si la modification est entièrement voulue et assumée, ce genre de récap structuré autour de « fondamentaux » n’est pas superflu.

… Quoique je m’en passe souvent, préférant comme d’autres « y aller au feeling » naviguer entre des souvenirs partiels et ne m’interroger sur la réaction plausible des personnages que… le moment venu. :smiley:

Seconde battue en brèche, il y a des camions entiers d’OC en fanfiction. Pour ceux qui ne sont pas des Mary Sue - stéréotypes ou des self-inserts, répondant à d’autres besoins – alors structurer cette petite anatomie biographique et psychologique a son intérêt.

Dommage que je ne le fasse toujours pas, :smiley: malgré ma propension à « vieillir » les personnages pour voir s’ils ont toujours quelque chose d’intéressant à raconter.

J’ai essayé de m’imaginer un non humain que je « connais » (mieux) comme le 9e Docteur. Sa fiche est remplissable.
D’où il vient (société) qui l’a influencé et contribué à le façonner comme on le voit (famille, mentor ?), quels sont ses traumas (biographie), qu’est ce qu’il sait faire (compétences), qu’est-ce qui le pousse à l’action / inaction, le met mal à l’aise, le rend heureux, et quel est ce mensonge auquel il croit dur comme fer et sans lequel il s’écroule…

Dans le cas d’un personnage « alien » qu’il soit humanoïde ou pas, ce qui intéresse plus le lecteur, c’est justement la part d’humanité qu’ils ont et qu’ils aiment, même si elle est petite et si elle parle des émotions. Enfin… pour un personnage plus positif auquel on devrait s’attacher.
Pour les méchants complets, il suffit de se dire – non pas qu’ils sont « inhumains » – mais sans émotions ou encore pire sans empathie.
Être un extraterrestre ne disqualifie pas. Il y a plein d’espèces sur Terre qui sont « inhumaines ». Pourquoi des aliens ne seraient-ils pas semblables sur ce point.

L’humain aime reconnaître une émotion, il en est tout perturbé ou ravi quand il la reconnaît chez des animaux. Imaginez des « gens pas d’ici » du tout…

Qu’on soit elfe, Vulcain, dieu… au fond, ça n’est pas si important pour un lecteur. Une seule chose l’est : jusqu’où autorise-t-il l’anthropomorphisme (émotionnel) ?
Et je ne parle même pas des cyborgs, répliquants, créature de Frankenstein… Même combat.

Deux choses fascinent, l’évolution ascendante ou descendante. En clair, si votre perso bascule du côté obscur, ou le contraire.
Pour montrer cela, il faut qu’il soit clair dans notre tête, avec ou sans fiche. :slight_smile:

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Je me demande si tu n’as pas raison… :thinking:
Mais allez, je vais faire le vieux cxx un peu taquin. :face_with_monocle: On sent là une vision de fille pratique approfondie du marketing media & communications, segmentant les besoins profonds du public ! La lectrice - car il y a désormais majorité de lectrices autant que majorité d’autrices - se projette toujours comme héroïne dans les bras du héros. :princess:

J’exagère ? :face_with_raised_eyebrow: Alors disons-le autrement : l’anthropomorphisme émotionnel dont parle @OldGirlNoraArlani, ramené à la lectrice, pousse celle-ci -la lectrice, hein, pas Oldie - à s’identifier aux protagonistes dans leur devenir, à anticiper leurs émotions par procuration. D’où la nécessité viscérale de savoir vers quel côté de la force penche le personnage… :imp: :innocent:

En fait tout revient toujours au « moi »…
Dans chaque personnage, l’auteur - pardon l’autrice - devrait donc mettre en valeur une facette de tous ces « moi » qui la lisent ? Oui, là j’en suis sûr, j’exagère…

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Euh… non. Mais tellement pas.

Je ne suis pas certaine de te suivre sur ton dernier message…

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Ça marche pas pour moi, hein ! Moi, moi truc c’est de projeter violemment l’antagoniste dans les bras du protagoniste… et plus si affinités ! :joy:

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Bah moi je me projette plutôt dans le héros – en tous cas le personnage masculin…

Sur plus de cinquante fics ça a dû m’arriver trois quatre fois d’écrire d’écrire délibérément avec un POV féminin…
Quand la fanfic est longue, j’alterne. Sinon, non. :slight_smile:

Ça n’explique pas comment construire un personnage, par contre.

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Hé bien c’était un test ! J’ai comptabilisé trois protestations pour le moment.

Le premier réflexe de construction de personnage reste de se projeter soi-même dans le fandom. D’où les légions de « Dixième marcheuse », soupirantes putatives aux côtés d’Aragorn et Legolas, et mères protectrices pour Frodon & confrères. Je ne parle pas du nain…

Le besoin, peut-être inconscient, est probablement plus de se trouver soi-même que de sonder les tréfonds humains dans l’alien. C’est aussi une façon de construire un personnage, non ?

Si je comprends bien @drumthis, le pairing serait une sorte d’expérience in vitro ?

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Ha ha ! :smile: C’est un peu plus sexy que ça dans le cinéma de mes méninges, BEAUCOUP plus loin de la distanciation scientifique et plus près du corps-à-corps !

On ne se refait pas, hein, j’aime les messieurs ( sur écran et papier, je précise, not IRL :joy:)

Pourquoi je sens que je mets le pied sur un terrain glissant, là ?

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Pour ceux qui ne sont pas là depuis longtemps, je prends la pelle et je déterre un sujet répondant (ou pas) sur ce qu’on leur trouve… Ils nous ressemblent ou ils ont ce qu’on aimerait avoir, ils sont ce qu’on aimerait être (à un certain niveau) ?..
:computer_mouse: Pourquoi sont-ils nos personnages favoris ?

Pour des aides pratiques, nous avons parlé de…
:computer_mouse: Site pour créer des univers et des personnages
Il y a des modèles de fiches.

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Hello

Tout en haut de la branche, on trouve de nombreux points exhaustifs à inventer pour construire un personnage.

Les lecteurs semblent préférer « des personnages solides », dixit l’article ci-dessous.
Mais qu’est-ce que serait un personnage solide ?

Eléments de réponse…

1.Il est caractérisé par des traits distinctifs

La « personne normale » n’existe pas. Un perso banal ne l’est que si on le connait très peu. Et il n’est guère intéressant.
Pas la peine d’en faire une Mary-Sue versant dans les extrêmes, il s’agit d’en fait quelqu’un de spécifique.
Nous sommes tous spécifiques, car nos vies, nos expériences… nous différencient.

Jouons un peu : prenez quelques plateformes de fanfiction et faites une recherche sur « normal » ou « banal » (si vous mettez « fille » ou « vie » devant, c’est encore mieux…)
.

2.Il a un objectif clair et puissant connu du lecteur

C’est important « connu du lecteur ». Si on ne sait pas ce qu’il veut et surtout de quoi il a besoin, pourquoi le suivre pour savoir comment il va s’y prendre ?..

On peut aussi distinguer ses motivations conscientes ET inconscientes (ce qu’il pense vouloir et ce dont il a besoin au fond, mais sans trop le voir).

Ici, c’est bien sûr un conseil pour construire un personnage principal ! Vos OS se contenteront de moins, mais il est toujours bon de savoir leur objectif. Va-t-il être compatible avec celui du héros, antagoniste, alliance temporaire ?..)
.

3.Un personnage cohérent ne se comporte pas de la même manière tout le temps

A situations différentes, comportements différents.
L’exemple le plus simple : au travail / en famille. Avec les gens en général (inconnus) / avec les amis…
.

4.Le personnage évolue et n’est pas taillé dans le marbre

Les personnages connaissent des « avant » et des « après ».
Où vous voyez-vous dans 5 ans ? Vous pouvez vous demander comment votre personnage était il y a plusieurs années et en quoi il a changé (ou comment il changera quand il sera sorti des aventures que vous avez prévues pour lui).


:arrow_right: Pour consulter l’article qui reprend ces points en les détaillant davantage, c’est par ici.

Bien évidemment, si vous avez d’autres techniques (structurées ? :smile: ), vous pouvez les confier à cette branche.

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Coucou!
Je sais que c’est peut-être un peu étrange, mais personnellement j’utilise l’astrologie pour construire mon personnage. Cela permet de lui donner des qualités, autant que des défauts. Aprés il n’est pas toujours facile d’imaginer certaines « actions » en fonction d’un trait de caractère. Mais j’aime bien cette pratique, ça m’aide bien. Surtout que je sais pas toujours quoi mettre comme traits de caractère.
A trés vite!
Tchii.

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A moi, ça ne paraît pas bizarre, je l’ai pratiquée pendant 20 ans. :smiley:

Pour des OC et quand ils sont nombreux, ça peut être utile.
La technique est beaucoup plus répandue dans les pays anglo-saxons où ils sont moins snobs (ici, c’est le pays de Descartes). :stuck_out_tongue:

Il n’y a même pas besoin de s’y connaître, des sites offrent des listings tout prêts (en éliminant toute référence déstabilisante propre à l’astro).

Rien qu’en se limitant à trois paramètres basiques, on dispose d’une base de données de 144 combinaisons de caractères modérément complexes (12 apparences, 12 personnalités, 12 types émotionnels).

Sachant qu’en effet, on peut décliner chaque description en version « qualité » ou « défaut », ça laisse de la marge…

Sois pas triste, un amateur d’astrologie met des années à y parvenir sans rester collé à ses manuels. :stuck_out_tongue:

Mais il existe des bases de données inaccessibles au grand public (qui s’en fiche de cette pseudo science !) et qui présentent en effet 12 types de « façon d’agir ».

Bizarrement, je n’utilise pas ces ficelles. :smiley:

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