Il y a quelque temps, sur la branche “La fanfiction, votre entourage sociale et vous”, @ivcalou a fait une remarque que j’ai trouvée vraiment très très très intéressante (oui, je sais, je réagis trois semaines après… le temps que ça monte au cerveau et que les connexions neuronales se fassent…
) :
J’irais même jusqu’à dire que, ayant étudié l’histoire littéraire de manière approfondie, toute œuvre s’est construite sur la base de celles déjà produites. Au moyen âge, on réécrivait sans cesse des épisodes déjà écrits, approfondis ou vus sous un autre angle, et ce sur la base de légendes orales. Hé oui, ils faisaient de la fanfiction avant l’heure, et c’était totalement accepté !
Toute œuvre que j’ai étudiée dans le cadre de mon travail reprenait les codes, certaines intrigues ou des pans entiers d’autres œuvres antérieures.
Mais oui, mais c’est tellement vrai !!! La fanfic, ça existe depuis TOUJOURS ! Alors pourquoi ce mépris, ce dédain vis-à-vis de cette extraordinaire forme de récit que nous aimons tous ici, sans toujours réussir à en accepter la légitimité ?
Je vous propose de faire ici une petite liste, un petit récapitulatif, une petite compilation des “fanfics-qui-ont-été-écrites-et-publiées-avant-que-les-fanfics-n’écrivent”. Ca donnera peut-être des idées de lecture, et ça nous confortera, j’espère, dans l’idée que nos fanfics sont de VRAIS récits, tout aussi légitimes, intéressants et bien écrits que beaucoup de romans “originaux” publiés chaque jour. Si de grands auteurs l’ont fait, pourquoi pas nous, hein ?
Et je commence donc avec Alexandre Dumas. Allez, révélation : Les Trois Mousquetaires, ben… c’est une fanfic ! Eh OUI ! J’explique : un beau jour, en quête d’inspiration, Dumas se balade dans les rayons de la bibliothèque royale, et il tombe sur un bouquin intitulé Les mémoires de M. D’Artagnan, d’un certain Gatien de Courtilz de Sandras, publié en 1700. Curieux, il l’emprunte, il le lit… et il se dit que c’est vraiment une bien chouette histoire. On peut y rencontrer trois mousquetaires nommés Athos, Porthos et Aramis, ainsi qu’une belle et mystérieuse espionne surnommés “Milady”. Ca ne vous rappelle rien ? ![]()
En fait, le fameux Courtilz a croisé le vrai d’Artagnan (mort en 1673) : il a été lui-même mousquetaire, et a bien connu le gouverneur de la Bastille (pour cause : il y a été emprisonné pendant plusieurs années), qui lui-même était compagnon de d’Artagnan. Ni une ni deux, il utilise ses connaissances sur la vie du Gascon pour écrire un roman en trois volumes où se mêlent la vérité et la fiction. Ce livre est publié, sous le titre Mémoires de M. D’Artagnan, mais il n’obtient que peu de succès. Dumas le trouve, le lit, et s’en inspire pour écrire la trilogie des Mousquetaires. Quand je dis “s’en inspire”… disons qu’il le réécrit complètement, prenant les personnages pour les remodeler à sa guise, aidé en cela par Auguste Maquet, son collaborateur (ce dernier a écrit avec lui ses romans les plus célèbres). On retrouve donc Athos, Porthos et Aramis, mais leur rôle est beaucoup plus développé que dans le livre d’origine… qui n’a plus grand-chose à voir avec la réalité !
Dans la préface des Trois Mousquetaires, Dumas raconte comment il est tombé sur le livre de Courtilz et comment les noms Athos, Porthos et Aramis ont excité sa curiosité. Puis il prétend avoir fait d’autres recherches, et être tombé sur les “Mémoires de M. le Comte de La Fère” (pour celles et ceux qui ne le savent pas, il s’agit du véritable nom d’Athos), dans lesquelles il a retrouvé ces noms. Il s’est alors empressé de faire publier ce manuscrit, en le renommant Les trois mousquetaires… (Vous trouverez cette préface ici si ça vous intéresse.) Bien sûr, ces fameux “Mémoires” n’ont jamais existé et tout le roman est sorti de l’imagination de Dumas et de Maquet, mais il s’agit ni plus ni moins d’une fanfiction, d’une déviation de l’œuvre première de Courtilz. ![]()
Si vous avez d’autres exemples, n’hésitez pas !
